L’inflation s’invite à Wall Street

Le réveil de l’inflation et son impact sur les taux d’intérêt reviennent hanter Wall Street.
Photo: Richard Drew Associated Press Le réveil de l’inflation et son impact sur les taux d’intérêt reviennent hanter Wall Street.

Protectionnisme et guerre commerciale sont relégués au second rang dans la liste des peurs des boursicoteurs. Le réveil de l’inflation et son impact sur les taux d’intérêt reviennent hanter Wall Street.

Déjà vendredi, les yeux étaient rivés sur la montée du taux sur les bons du Trésor américain à échéance de dix ans. Les tensions persistaient lundi, poussant ce taux baromètre près du seuil symbolique des 3 %, atteint la dernière fois il y a quatre ans. Il a touché lundi un sommet en séance de 2,99 % pour redescendre à 2,97 % en fin de séance, mais demeurait en hausse par rapport à son cours de clôture de 2,96 % vendredi.

La remontée des cours pétroliers ces dernières semaines à leur plus haut depuis décembre 2014 attise ce relent d’inflation. Mais il y a plus. Les sanctions commerciales américaines et la pression qu’elles exercent sur les cours des matières premières apportent leur contribution. Le cours du pétrole approche des 75 $US à Londres, dépasse les 68 $US à New York. Pour sa part l’aluminium est en augmentation de 25 % depuis le début du mois. « Avec les pressions sur le pétrole, mais aussi sur les prix de l’acier et de l’aluminium, le sujet de l’inflation semble faire son retour après avoir été évincé par la thématique de la guerre commerciale », souligne un analyste chez DZ Bank dans un texte de l’agence Reuters.

L’onde de choc se répercute sur le marché obligataire. Aux États-Unis, avec un taux sur les bons du Trésor américains à dix ans frôlant les 3 %. En Europe, avec un taux sur le Bund allemand de même échéance à 0,629 %, à son plus haut en six semaines. Résultat : ils sont toujours plus nombreux parmi les investisseurs à tabler sur une hausse du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed) en juin, et à anticiper une augmentation du loyer de l’argent plus rapide que prévu.

Une pression accrue

« La hausse des taux d’intérêt a éclipsé les autres nouvelles de la journée », a réagi Peter Cardillo de Spartan Capital. La Fed a évoqué deux hausses de taux supplémentaires cette année. L’avancée du taux à 10 ans « laisse entendre que la banque centrale américaine pourrait être plus énergique que prévu sur ses hausses de taux. Cela imposerait une pression accrue sur le taux d’emprunt des entreprises et les prix à la consommation », a détaillé Tom Cahill de Ventura Wealth Management.

En conséquence, les actions pourraient continuer à souffrir de cet état de fait, malgré la bonne tenue des résultats des entreprises. « À partir de 3 % ou 3,25 %, il sera difficile de soutenir la hausse des cours, même avec des résultats d’entreprises favorables », a dit M. Cardillo.

Cet arbitrage actions-obligations est palpable. Bank of America Merrill Lynch a mesuré cette hésitation des investisseurs en comparant les flux de capitaux sur les fonds d’investissement. Ces mouvements ont été de même ampleur sur les fonds d’actions et obligataires la semaine dernière. Certains fonds d’actions accusaient des sorties nettes pour la première fois depuis le début de l’année. Obligations spéculatives et gouvernementales attirent davantage et les arbitrages indiquent un degré d’aversion au risque accru, souligne l’institution.

Avec l’Agence France-Presse