L’économie circulaire augmenterait la croissance

Il y aurait une forte demande d’ingénieurs capables de concevoir des voitures facilement démontables, rapporte l'étude.
Photo: Oliver Hoffmann / Getty Images / Agence France-Presse Il y aurait une forte demande d’ingénieurs capables de concevoir des voitures facilement démontables, rapporte l'étude.

La transition vers une économie circulaire ne réduirait pas seulement la pollution et l’utilisation des ressources naturelles, mais pourrait aussi stimuler la croissance économique et la création d’emplois, rapporte une étude, et à l’exception peut-être du Canada.

Les experts sont portés à conclure qu’une économie mondiale qui parviendrait systématiquement à réutiliser et à recycler les biens qu’elle produit réduirait non seulement jusqu’à 80 % son extraction de ressources naturelles, mais pourrait croître encore plus qu’elle le ferait autrement, rapporte une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (en anglais) dévoilée cette semaine et faisant la recension de nombreuses études sur l’économie circulaire.

La façon courante de définir l’économie circulaire est de l’opposer au fonctionnement général de l’économie actuelle, qualifiée de linéaire. Cette dernière commence par l’extraction des ressources naturelles qui entrent dans la fabrication de biens, qui serviront jusqu’à la fin de leur vie utile, qu’on jette dans un dépotoir et qu’on remplace par d’autres biens qui passeront par le même cycle linéaire. L’économie circulaire commence de la même façon, mais retourne à la fin au point de départ, c’est-à-dire qu’au lieu de voir les biens terminer leur parcours au dépotoir, ils sont réutilisés, ou leurs composants sont recyclés afin d’entrer dans la fabrication de nouveaux biens, sans qu’on ait à repasser par l’étape de l’extraction de nouvelles ressources naturelles.

Comme l’économie circulaire est encore largement à l’étape du concept, les auteurs de l’étude de l’OCDE ont procédé à l’analyse de 24 simulations économiques réalisées par d’autres chercheurs récemment sur le sujet. Dans la majorité des cas, on y prédit, à terme, une diminution d’au moins 10 % de l’extraction des ressources naturelles, mais qui pourrait aller, selon les études, jusqu’à 30 %, 50 % et même 80 %. Une telle réduction serait une bonne nouvelle en ce qui concerne la réduction de la pollution et le risque d’épuisement des réserves de ressources naturelles non renouvelables.

Seulement 2 études sur 24 concluent que cette transition freinerait (un peu) la croissance économique. La plupart estiment plutôt que l’impact économique serait négligeable, alors qu’un certain nombre arrive à la conclusion qu’elle stimulerait l’activité économique et la création d’emploi avec l’ajout de 5 %, 10 % et même 15 % de croissance supplémentaire du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2020 à 2050. Cet ajout à la croissance découlerait notamment du gain économique de la fin de tout ce gaspillage de matières premières.

Moins bon pour le Canada

Tous ne seraient pas touchés également par ces impacts économiques, note-t-on. Il y aurait soudainement une forte demande d’ingénieurs capables de concevoir des voitures facilement démontables, d’ouvriers pour les futures usines de désassemblage et de réassemblage de réfrigérateurs, ainsi que d’employés dans les entreprises d’économies de partage. À l’inverse, on peut s’attendre à des pertes d’emplois dans le secteur des mines, des forêts ou du traitement des déchets.

Un pays comme le Canada, dont l’économie dépend fortement de l’extraction et de la vente de ressources naturelles, y perdrait au change. Selon une étude réalisée en 2016, une économie circulaire ajouterait l’équivalent de 5,2 % à la croissance prévue d’ici 2050, mais retrancherait 7 % au PIB du Canada, 16 % à celui du Brésil et 28 % à celui de la Russie.

Déjà en marche

Le découplage entre la croissance économique et l’extraction de ressources naturelles est déjà en marche, observe l’étude de l’OCDE. Fruit du développement du recyclage, de l’économie du partage, mais beaucoup aussi de l’augmentation de la consommation de services, l’économie mondiale génère aujourd’hui 30 % plus de richesse par unité de ressources naturelles utilisées qu’en 1980. Cette tendance a été particulièrement marquée en ce qui a trait à l’utilisation de la biomasse et des carburants fossiles. Elle a été beaucoup plus lente, voire nulle, quant à l’utilisation des produits minéraux.