La Banque Nationale met la chaîne de blocs à l’essai

La Banque Nationale croit qu’il s’agit de la première transaction impliquant une institution financière nord-américaine.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La Banque Nationale croit qu’il s’agit de la première transaction impliquant une institution financière nord-américaine.

La Banque Nationale a décidé de tester les possibilités de la technologie de chaîne de blocs, à laquelle l’industrie financière s’intéresse de plus en plus, en procédant à une simulation concrète en marge d’une émission d’obligations traditionnelle.

Cette simulation parallèle, qui vise à évaluer les limites et les avantages potentiels de la chaîne de blocs de même que l’impact sur le rôle des différents acteurs du marché, se fait sur le dos d’une obligation de 150 millions de dollars américains qui viendra à échéance dans un an.

L’essai permettra notamment de « comprendre et de tester la technologie » en plus de cerner des enjeux légaux et comptables, a dit au Devoir le président de la Banque Nationale, Louis Vachon, en marge de l’assemblée des actionnaires tenue à Drummondville vendredi. « Au cours des 12 prochains mois, on va voir s’il y a des avantages en matière de coûts, d’efficacité et de rapidité par rapport à la technologie traditionnelle. »

Dans tout ce qui touche à la chaîne de blocs, a dit M. Vachon, « il y a eu beaucoup de discussions et de théorie, mais relativement peu de pratique ».

Des firmes américaines

La simulation repose sur l’utilisation d’une application conçue par la banque J.P. Morgan sur « Quorum », décrite comme une « variante à code source ouvert de la chaîne de blocs Ethereum ». Les institutions qui ont investi dans l’émission obligataire sont Goldman Sachs, Pfizer et la firme californienne Western Asset.

Communément appelée blockchain, la chaîne de blocs est un registre décentralisé et incorruptible de toutes les transactions, dont tous les participants possèdent un exemplaire. L’industrie financière y voit quelque chose de très prometteur : le Forum économique mondial a estimé en 2016 que la chaîne pourrait devenir le coeur de la finance et même « mener à des baisses de frais, à une meilleure surveillance et à une préparation contre les bulles financières ».

Quant aux éventuels avantages concrets que pourrait procurer la chaîne de blocs, il y a « des pistes, mais pas les réponses », a dit Louis Vachon. Par exemple, si la technologie « fonctionne comme on l’espère », l’avantage pour un client, c’est qu’il n’aurait plus à attendre deux jours pour le règlement de la vente d’une obligation, car « on serait capable de régler ça en moins de 24 heures ».

La Banque Nationale croit qu’il s’agit de la première transaction impliquant une institution financière nord-américaine et une des premières au monde impliquant la présence de plusieurs investisseurs.

La simulation s’inscrit dans les efforts de la Banque Nationale visant à explorer les nouveaux territoires technologiques, une stratégie qui l’amène notamment à travailler sur l’intelligence artificielle. En entrevue au Soleil à la fin du mois de mars, M. Vachon a affirmé que l’établissement dépense annuellement 750 millions en matière de technologie, soit 400 millions pour l’entretien et le reste en nouveaux projets.

Enjeux mondiaux

Ailleurs dans le monde, des opérateurs boursiers ont entrepris de mettre la chaîne de blocs à profit pour construire de nouvelles plateformes de valeurs mobilières. Le consortium R3, qui collabore avec des dizaines de grandes institutions financières, entreprises technologiques, associations et autorités réglementaires, explore les manières d’intégrer la chaîne de blocs dans le monde des affaires.

L’agence de notation Moody’s a récemment affirmé que le potentiel de la chaîne de blocs allait non seulement accélérer les transactions et promouvoir la transparence, mais pourrait aussi éroder l’écosystème des frais et commissions. Si cela s’avérait, a ajouté Moody’s, la Suisse serait particulièrement à risque, mais aussi les secteurs bancaires au Canada, en Israël et en Italie.