Appel au désinvestissement de la Caisse de dépôt dans Kinder Morgan Canada

Des installations de Kinder Morgan à Burnaby, en Colombie-Britannique
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Des installations de Kinder Morgan à Burnaby, en Colombie-Britannique

Les données de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) révélant un investissement dans Kinder Morgan Canada — qui est derrière le projet controversé Trans Mountain — ont eu pour effet mercredi de déclencher un appel au désinvestissement de la part des environnementalistes.

Dans les annexes de son rapport annuel, la Caisse a indiqué qu’elle détenait au 31 décembre dernier 10,2 millions d’actions de l’entreprise (173,9 millions de dollars), soit 9,8 % des 103,7 millions d’actions en circulation.

« On s’explique difficilement comment la Caisse a pu mettre le pied dans ce guêpier-là, compte tenu du battage qu’il y a eu autour de ça au Québec », a dit Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada. « C’est complètement à l’opposé de la politique que la Caisse a adoptée quelques mois après. »

Dans une déclaration conjointe, Greenpeace et la Fondation David Suzuki ont demandé à l’institution, qui gère un actif net de 298,5 milliards, de liquider ce placement, car il contrevient aux objectifs de l’Accord de Paris et « met à risque l’épargne des Québécois ».

Avant la stratégie climatique

La Caisse a effectué cet investissement avant l’adoption de sa nouvelle stratégie climatique, a affirmé mardi un porte-parole, Maxime Chagnon, lors d’un entretien avec Le Devoir. Mais l’établissement est en train d’analyser l’ensemble de ses portefeuilles à la lumière de ce plan, qui vise à augmenter de 50 % les investissements dans les actifs « sobres en carbone » d’ici 2020 et à réduire de 25 % l’empreinte carbone de chaque dollar investi d’ici 2025. La Caisse a répété ces commentaires mercredi.

Les documents déposés par l’institution à l’Assemblée nationale mardi ne font qu’indiquer le placement de la Caisse au 31 décembre 2017. Ils n’indiquent pas le moment de l’acquisition de ces actions ni le prix payé. Il est impossible, par ailleurs, de savoir si la Caisse a pu vendre ces actions depuis le début de l’année.

Il est par ailleurs impossible de savoir si le régime ontarien Teachers, qui gère environ 200 milliards, a investi lui aussi dans Kinder Morgan Canada, car son rapport annuel 2017 ne révèle que les investissements de plus de 150 millions.

Inauguré en 1954, le pipeline Trans Mountain relie déjà l’Alberta à un terminal portuaire à Burnaby, mais l’entreprise a mis en avant un projet ambitieux de 7,4 milliards visant à en tripler la capacité, ce à quoi la Colombie-Britannique et les Premières Nations s’opposent fermement. Au final, il pourra transporter quotidiennement 890 000 barils de pétrole des sables bitumineux. L’Alberta appuie le projet, tout comme le gouvernement Trudeau, qui a juré sa réalisation.

Mercredi, la Colombie-Britannique a promis de se tourner vers sa Cour d’appel pour que celle-ci se penche sur l’autorité dont jouit la province à l’égard du projet.

En suspens

Irritée par l’attitude de la Colombie-Britannique, Kinder Morgan a causé la surprise la semaine dernière en affirmant qu’elle cessait immédiatement toutes les dépenses non nécessaires. Elle entend prendre une décision d’ici la fin de mai, en fonction des consultations avec les parties prenantes.

Au lendemain de son annonce, le cours de l’action a chuté de 12 %. Mercredi, à la Bourse de Toronto, il a grimpé de 2,8 % à 17,99 $. Ces actions ont été émises en mai 2017 dans le cadre d’un appel public à l’épargne très médiatisé dont le fruit devait servir à financer une partie du projet. Kinder Morgan a aussi amassé des prêts de 5,5 milliards d’une vingtaine d’institutions, dont une poignée de banques à Bay Street.

Le Mouvement Desjardins s’est lui aussi retrouvé sous les feux de la rampe l’été dernier en raison d’un prêt de 145 millions qu’il a consenti à l’entreprise. Au mois de juillet, Desjardins avait indiqué au Devoir qu’il avait décidé de décréter un « moratoire » sur le financement de ce type de projet mais qu’il n’allait pas reculer sur l’engagement déjà pris envers Kinder Morgan.

La banque française BNP Paribas, dont la filiale d’investissement gère un actif net d’environ 570 milliards d’euros, a annoncé à l’automne 2017 qu’elle n’allait plus financer des projets pétroliers.