Trump n’est pas le seul responsable des malheurs des exportateurs

La Banque du Canada évoque le risque que les entreprises réagissent «à l’accroissement de la demande extérieure en investissant à l’étranger au lieu d’investir au Canada et d’exporter leur production».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La Banque du Canada évoque le risque que les entreprises réagissent «à l’accroissement de la demande extérieure en investissant à l’étranger au lieu d’investir au Canada et d’exporter leur production».

Donald Trump n’est pas le seul responsable du manque de tonus des exportations et de l’investissement au Canada, observe Stephen Poloz.

Bien que les économies américaine et mondiale connaissent une solide expansion et que plusieurs entreprises exportatrices canadiennes fonctionnent déjà à plein régime, ces dernières hésitent toujours à investir dans de nouvelles capacités de production qui leur permettraient de profiter de la situation tout en protégeant leurs parts de marchés à l’étranger, a rapporté mercredi la Banque du Canada au moment de mettre à jour sa politique monétaire.

Ce paradoxe découle des politiques protectionnistes du président américain et de l’incertitude qu’elles font peser notamment sur l’issue de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais pas seulement. Il tient aussi à des facteurs internes au Canada, dont le manque de capacité de transport de son pétrole vers les marchés étrangers et la rareté de main-d’oeuvre.

Du côté du pétrole, la banque centrale canadienne a refusé de se prononcer sur le projet controversé du pipeline de Trans Mountain entre l’Alberta et la côte du Pacifique en Colombie-Britannique. Elle explique cependant que le manque d’oléoducs pour sortir le pétrole hors des provinces de l’Ouest exerce une pression à la baisse sur son prix et que, en retour, ce prix plus bas et le manque de pipelines semblent décourager les investissements à long terme dans les sables bitumineux.

Plus globalement, la Banque du Canada évoque, dans l’édition printanière de son Rapport sur la politique monétaire, le risque que les entreprises réagissent « à l’accroissement de la demande extérieure en investissant à l’étranger au lieu d’investir au Canada et d’exporter leur production ».

Taux d’intérêt inchangés, pour l’instant

Ces freins aux exportations et à l’investissement font partie des raisons pour lesquelles la banque centrale canadienne maintient les taux d’intérêt si bas, même si l’économie fonctionne de plus en plus près de la limite de ses capacités et que l’inflation est désormais arrivée à la cible de 2 %, a expliqué son gouverneur, Stephen Poloz, après avoir annoncé qu’il laisserait, cette fois-ci encore, son taux directeur à 1,25 %. « La raison en est que l’économie n’est pas encore en mesure de se maintenir à son plein potentiel sans aide extérieure », a-t-il déclaré.

La Banque a quand même déjà augmenté trois fois son taux de 0,25 point de pourcentage depuis le mois de juin et la poursuite de ce relèvement « sera nécessaire avec le temps », a-t-il précisé. On doit toutefois s’attendre à ce qu’il reste en deçà du niveau neutre, que la Banque du Canada fixe aux alentours de 3 %, du moins tant que les « diverses forces » qui pèsent sur la croissance ne se seront pas « dissipées ».

Le début d’année décevant de l’économie canadienne est principalement attribuable à deux facteurs temporaires, dit-on, soit l’impact du resserrement des règles hypothécaires sur le secteur du logement et la chute inattendue des exportations de bois et de produits agricoles causée par des intempéries et des problèmes de transport ferroviaire. Mais l’économie devrait rebondir maintenant, a prédit la banque centrale, qui a dû légèrement réviser à la baisse ses prévisions de croissance du mois de janvier pour cette année (de 2,2 % à 2 %), mais a fortement relevé celles pour l’an prochain (de 1,6 % à 2,1 %) et s’attend à une expansion de 1,8 % en 2019.

Trump, les gouvernements et l’endettement

La Banque du Canada compte, notamment, sur les nombreuses mesures de relance budgétaires des gouvernements fédéral et provinciaux pour stimuler la croissance, à raison de 0,4 % du produit intérieur brut d’ici 2020 seulement pour les provinces. Cela compensera en partie l’impact sur l’investissement et les exportations des baisses d’impôt aux États-Unis, mais surtout de l’incertitude soulevée par le protectionnisme américain estimé à 0,5 %.

Principal moteur de la croissance économique, les ménages devraient réduire le rythme alarmant de leur endettement sous l’effet de l’augmentation graduelle des taux d’intérêt et du resserrement des règles hypothécaires. « Le haut degré de confiance des consommateurs » et « l’augmentation durable de l’emploi et des salaires » devraient toutefois « continuer de contribuer fortement à la croissance ».