Un joueur clé de la filière éolienne se tourne vers le solaire

L’énergie solaire est de plus en plus populaire à travers la planète. Ci-dessus, les installations d’une école en Colombie-Britannique qui s’est convertie au solaire en 2016.
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne L’énergie solaire est de plus en plus populaire à travers la planète. Ci-dessus, les installations d’une école en Colombie-Britannique qui s’est convertie au solaire en 2016.

Un centre de recherche appliquée de la Gaspésie qui a soutenu pendant près de vingt ans le développement de la filière éolienne québécoise change de nom et d’orientation afin de profiter de la montée en puissance de la filière solaire.

Le TechnoCentre éolien annoncera aujourd’hui, jeudi, qu’il s’appelle désormais Nergica dans le but de mieux refléter la nature de ses activités. Fondé en 2000, ce centre consacré à la recherche et à l’accompagnement d’entreprises se décrivait jusqu’à tout récemment comme « un joueur clé de la filière éolienne québécoise ».

Au cours des dernières années, il a commencé à explorer les technologies liées au stockage d’énergie et à l’énergie solaire, de même que l’intégration des énergies renouvelables dans des microréseaux autonomes. Le centre a notamment mis en service l’automne dernier un parc solaire de 16 kW.

Son directeur général, Frédéric Côté, a donc senti le besoin de mettre en évidence ce changement d’approche. « On offre maintenant notre expertise à d’autres filières énergétiques au Québec. Ce qu’on a fait pour la filière éolienne, on l’offre maintenant pour les gens de la filière solaire et des technologies d’intégration », affirme-t-il en entrevue au Devoir.

« On a bien vu que la filière solaire s’est développée à la vitesse grand V à l’extérieur du Québec au cours des dernières années et pour nous, c’était une évidence que cette déferlante allait arriver au Québec plus tôt que tard, ajoute-t-il. On pense que c’est primordial que le Québec puisse se positionner. »

Révolution solaire

L’incursion de Nergica dans la filière solaire coïncide avec l’intérêt grandissant du gouvernement du Québec et d’Hydro-Québec pour cette source d’énergie de plus en plus populaire à travers la planète. Suivant les orientations de la politique énergétique 2030 du gouvernement Couillard, le président-directeur général de la société d’État, Éric Martel, répète depuis près d’un an que le Québec se prépare à la révolution solaire.

Hydro-Québec a l’intention de construire un parc solaire de 100 mégawatts raccordé à son réseau principal dans le sud du Québec et elle a annoncé en février dernier qu’un microréseau électrique comptant jusqu’à 1000 panneaux solaires devrait alimenter le centre-ville de Lac-Mégantic à partir de l’an prochain.

Au cours des derniers mois, M. Martel s’est également montré ouvert à la production d’énergie solaire par des particuliers possédant leurs propres panneaux, ce qui obligerait Hydro-Québec à repenser ses façons de faire. « Plutôt que de seulement pousser de l’énergie au client, on va éventuellement être en relation avec lui pour acheter son énergie. Ça amène un paquet de questionnements », a-t-il déclaré en juin dernier.

Le Devoir rapportait par ailleurs l’été dernier que la compagnie chinoise Linuo Solar Power cible le Québec pour fabriquer et installer des panneaux solaires en collaboration avec des partenaires locaux.

Frédéric Côté ne sait pas encore quelle place occupera l’énergie solaire au Québec dans les prochaines années, ni si Hydro-Québec misera sur de grands parcs solaires industriels, sur la production décentralisée — comme à Lac-Mégantic —, ou les deux. « J’ai l’impression qu’on est en train de chercher notre modèle », dit-il.

« Je pense que ce qu’on va voir se développer dans le futur, c’est un mélange des différentes solutions. Je ne vois pas ça comme une confrontation entre l’hydroélectricité et l’éolien ou l’éolien contre le solaire », soutient le patron de Nergica.

Éolien en perte de vitesse

Le virage du TechnoCentre éolien, devenu Nergica, survient également au moment où la filière éolienne québécoise a perdu son élan. À partir de 2003, Hydro-Québec a multiplié les appels d’offres pour l’achat d’énergie éolienne, de sorte que le Québec compte aujourd’hui plus de 4870 MW de puissance éolienne installée et intégrée au réseau, comparativement à 36 908 MW pour les centrales hydroélectriques.

La filière éolienne s’est cependant retrouvée au coeur d’un débat politique il y a quelques années lorsqu’Hydro-Québec, en situation de surplus énergétiques, lui a imputé une importante part de l’augmentation de ses tarifs d’électricité. Le TechnoCentre éolien a critiqué cette interprétation en 2016, étude à l’appui, mais la société d’État a maintenu sa position.

Frédéric Côté assure que le contexte politique n’a pas influencé les changements effectués au sein de son organisation. À son avis, la filière éolienne québécoise « demeure vibrante ». « Aujourd’hui, elle s’est tournée davantage vers l’exportation, mais c’est clair que lorsque les besoins reprendront au Québec, c’est une filière qui va faire partie des solutions à envisager », juge-t-il.