L’industrie aéronautique veut passer à l’offensive pour redorer son image

Près de 31 700 postes seront à pourvoir au cours des 10 prochaines années, selon Aéro Montréal.
Photo: Darren Calabrese La Presse canadienne Près de 31 700 postes seront à pourvoir au cours des 10 prochaines années, selon Aéro Montréal.

Parallèlement aux nouvelles technologies qui viennent changer les façons de faire, l’industrie aérospatiale tente de trouver des solutions à la rareté de la main-d’oeuvre, un problème qui touche toutes les entreprises.

Si les deux premières journées de la Semaine internationale de l’aérospatiale, organisée par Aéro Montréal, ont notamment été consacrées à l’intelligence artificielle et à l’automatisation, ces thèmes n’ont pas relégué dans l’ombre l’enjeu du recrutement et de la rétention des travailleurs.

En plus de la nécessité de convaincre plus de femmes de se tourner vers l’aéronautique et de diversifier le bassin de main-d’oeuvre, plusieurs s’entendent pour dire que le secteur, qui compte environ 40 000 employés, doit redorer son blason auprès du grand public.

Les récentes turbulences rencontrées par des joueurs comme Bombardier et Bell Helicopter, qui se sont soldées par d’importantes vagues de licenciements, semblent avoir eu un effet dissuasif auprès des étudiants. « Lorsqu’il y a des mauvaises nouvelles […] il y a un effet direct sur nos inscriptions », a souligné le directeur des communications de l’École nationale d’aérotechnique (ENA), Alain Legault, au cours d’un entretien téléphonique.

Après deux années marquées par un recul des demandes d’admission, la tendance vient de s’inverser. Au 1er mars, 309 candidatures avaient été envoyées à l’établissement d’enseignement, comparativement à 294 un an plus tôt. Ce regain tombe à point, puisqu’il n’y a que 834 étudiants qui fréquentent l’ENA actuellement, alors qu’elle est capable d’en accueillir le double, a expliqué son directeur des communications. « Il faut aussi faire comprendre aux parents qui disent à leurs enfants qu’il n’y a pas d’avenir en aéronautique parce que Bombardier va mal que ce n’est pas le cas, a dit M. Legault. C’est un secteur en croissance. »

Le temps presse pour redresser la barre puisque, selon Aéro Montréal, près de 31 700 postes seront à pourvoir au cours des 10 prochaines années, principalement en raison d’une accélération des départs à la retraite.

Encourager les femmes

Parmi les pistes de solution, l’ENA et Aéro Montréal affirment qu’une promotion plus efficace de l’aéronautique doit se faire auprès des étudiantes, qui sont moins nombreuses que les garçons à se tourner vers ce secteur. « En cinq ans, nous avons pratiquement doublé notre nombre d’étudiantes, qui représentent environ 10 % de l’effectif étudiant », a souligné M. Legault, qui croit que cette proportion pourrait atteindre entre 20 et 25 % d’ici cinq ans. Même s’il reste encore beaucoup de travail à faire, celui-ci affirme que les différentes initiatives visant à attirer les étudiantes — comme des activités de recrutement ciblées — depuis cinq ans ont donné des résultats positifs.

D’ailleurs, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, avait brièvement abordé le sujet dans ses remarques d’ouverture de la Semaine de l’aérospatiale, lundi, en soulignant que les femmes représentaient une partie de la solution. « Il y a certainement un effort à faire », a reconnu la présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît. « Je n’ai pas encore trouvé la solution, mais il faut amener les filles à être inspirées par d’autres femmes qui ont du succès dans l’aéronautique. »

D’après elle, le ratio de travailleuses dans le secteur aéronautique est similaire à celui que l’on retrouve dans le secteur du génie. Selon l’Ordre des ingénieurs, les femmes représentaient 13 % des effectifs du génie en 2016.

En plus d’une foire d’emplois prévue vendredi à Montréal, Aéro Montréal abordera les enjeux de la main-d’oeuvre dans le cadre d’une table ronde organisée avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Mais c’est au début de mai que la grappe aérospatiale québécoise passera à l’offensive en dévoilant les détails d’une importante campagne publicitaire qui bénéficiera de l’appui financier de joueurs comme Bombardier et Airbus. « Nous devons être plus proactifs, a reconnu Mme Benoît. Il faut être en mesure de faire passer notre message, même quand l’industrie traverse des difficultés. Pour y arriver, il faut de l’argent. »

Grâce à cet appui financier, qui n’a pas été quantifié, l’industrie compte déployer une « stratégie de sensibilisation » par l’entremise de différentes plateformes médiatiques. Tout comme M. Legault, la dirigeante d’Aéro Montréal a estimé que l’industrie aéronautique québécoise doit redorer son image, notamment auprès des parents de jeunes étudiants qui doutent de ses perspectives d’avenir.

L’enjeu principal

Si les thèmes de la numérisation et de l’intelligence artificielle ont été au coeur des discussions lors de la Semaine de l’aérospatiale, le recrutement demeure « l’enjeu numéro un », selon le président et chef de la direction de Groupe Meloche, Hugues Meloche. Ce fabricant de pièces de structures d’avion et de moteurs d’aéronef, qui compte notamment Bombardier et Pratt Whitney parmi ses clients, doit trouver une cinquantaine d’employés au cours des 18 prochains mois. « C’est bien beau l’automatisation, mais si on n’a personne pour être aux commandes des machines, nous ne sommes pas plus avancés », a-t-il analysé.

Les défis entourant l’embauche n’ont pas encore forcé l’entreprise de 200 employés, qui exploite des usines à Bromont et à Salaberry-de-Valleyfield, à tourner le dos à des contrats ou à mettre des projets d’expansion en suspens. Néanmoins, certains équipements ne sont pas exploités à leur plein potentiel faute d’employés lors de certains quarts de travail.

Pour s’adapter, Groupe Meloche a révisé ses échelles salariales, propose des primes plus alléchantes pour certains quarts de travail et offre des retraites progressives aux travailleurs plus âgés pour les inciter à demeurer en poste.

L’industrie aérospatiale en chiffres :

— 40 000 emplois.

— 31 681 postes à pourvoir au cours de la prochaine décennie.

— 22 865 emplois à remplacer en raison de promotions, de départs à la retraite et de départs volontaires.

— Employés les plus recherchés en 2016 : ingénieurs en aérospatiale, techniciens en génie mécanique et ouvriers de finition intérieure d’aéronefs.
Source : Aéro Montréal