Justin Trudeau plaide devant les députés français pour la ratification de l'AECG

«Les échanges commerciaux, lorsqu’ils sont bien encadrés, profitent au plus grand nombre», a insisté le premier ministre Justin Trudeau.
Photo: Gerard Julien Agence France-Presse «Les échanges commerciaux, lorsqu’ils sont bien encadrés, profitent au plus grand nombre», a insisté le premier ministre Justin Trudeau.

Paris — Le premier ministre Justin Trudeau a défendu mercredi avec vigueur le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (AECG) devant les députés français, qui doivent encore le ratifier et le contestent pour une partie d’entre eux.

« Posons-nous la question : si la France n’arrive pas à ratifier un accord de libre-échange avec le Canada, avec quel pays imaginez-vous pouvoir le faire ? » a lancé M. Trudeau, premier chef de gouvernement canadien à s’exprimer devant l’Assemblée nationale française, en rappelant les liens étroits entre les deux nations.

Les députés doivent se prononcer à l’automne sur l’AECG, qui s’applique, de manière provisoire, depuis le 21 septembre dans sa presque totalité. Mais ce traité suscite de vives polémiques en France, où ses adversaires mettent en garde contre les risques sanitaires et environnementaux qu’il pourrait entraîner.

Prenant le contre-pied de ces critiques, M. Trudeau a assuré que l’AECG « donne l’exemple sur la protection des droits de la personne, sur l’environnement et sur la mobilité des citoyens ». Des propos vivement applaudis par la majorité, mais pas du tout sur les bancs du parti Les Républicains (LR, droite) ou de la gauche.

« Il préserve le droit des États de légiférer et de réglementer dans l’intérêt public, de mettre en oeuvre des politiques visant à soutenir leurs industries culturelles, en plus de protéger les normes du travail », a-t-il affirmé, déclenchant des protestations feutrées de députés de la gauche radicale, dont leur chef de file Jean-Luc Mélenchon, faisant « non » du doigt.

En 2017, « avec seulement quatre mois d’impulsion donnée par l’AECG, les importations au Canada en provenance de la France ont augmenté de 4 %. Seulement dans les secteurs agricole et agroalimentaire, on atteint une augmentation de 8 % par rapport à l’année précédente. Les investissements canadiens en France ont, quant à eux, progressé de 23 % l’an dernier », a énuméré Justin Trudeau.

« Aujourd’hui, quelque 200 entreprises canadiennes emploient plus de 28 000 personnes en France, tandis que les Français soutiennent 95 000 emplois au Canada. Les échanges commerciaux, lorsqu’ils sont bien encadrés, profitent au plus grand nombre », a-t-il insisté.

Approche progressiste

La mention de l’accord a provoqué des grognements et des murmures de la part des députés de l’opposition, et certaines sections de l’Assemblée n’ont pas applaudi, notamment la leader du Front national, Marine Le Pen. Jusque-là, Justin Trudeau avait reçu un accueil chaleureux généralisé en vantant devant les députés et le gouvernement français une « approche progressiste » face aux changements liés notamment à la mondialisation ou au climat, alors que « dans trop de pays le populisme se répand ». Dans un hémicycle comble, qui lui a réservé plusieurs ovations, ce « descendant d’un charpentier français de La Rochelle » a chanté l’« amie de toujours, la France », alors que « les grandes démocraties libérales portent la responsabilité d’articuler une vision claire et convaincante de l’avenir » face aux « défis ».

« Amis français, les Canadiens vous tendent la main. Ayons l’audace de bâtir ensemble un monde plus progressiste, plus diversifié, plus vert, plus inclusif, plus ouvert, plus démocratique », s’est-il exclamé vers la fin de son allocution.

Justin Trudeau était le premier chef de gouvernement canadien à se livrer à cet exercice auquel seule une vingtaine de responsables étrangers ont été conviés depuis le début de la Ve République, en 1958.

Constatant que, « dans trop de pays, le populisme se répand, la démocratie s’érode », que « des millions de gens prennent la route, risquant leur vie, en quête d’un avenir meilleur », sans compter « un climat qui change », il a déclaré que « force nous est d’admettre que changement n’est pas toujours synonyme de progrès ». Un message approuvé sur beaucoup de bancs.

Dans « un moment charnière » où « la France est appelée à réfléchir sur son rôle au sein de la construction européenne et, conséquemment, de l’ordre mondial », et où le Canada réfléchit aussi sur sa place, Justin Trudeau a défendu son « approche positive et résolument progressiste » sur le commerce, l’immigration ou l’environnement.

« S’il y a une chose dont la France et le Canada sont conscients, c’est que la lutte contre les changements climatiques doit absolument être menée à l’échelle mondiale, puisque les conséquences du réchauffement planétaire ne connaissent pas de frontière », a-t-il aussi glissé dans une allusion implicite à Donald Trump.

Les mots du dirigeant canadien sur l’égalité des sexes, « thème horizontal du Sommet du G7 que le Canada présidera au Québec », et sur une Assemblée nationale qui « approche la parité » ont été largement salués par la majorité présidentielle.