La Caisse de dépôt et placement a investi dans Kinder Morgan Canada

Le président de la Caisse, Michael Sabia, a annoncé en octobre dernier que la question des changements climatiques sera désormais placée au cœur des décisions d’investissement.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le président de la Caisse, Michael Sabia, a annoncé en octobre dernier que la question des changements climatiques sera désormais placée au cœur des décisions d’investissement.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a investi une somme considérable dans Kinder Morgan Canada, filiale de la société américaine dont le projet visant à augmenter le pipeline Trans Mountain oppose la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral.

Au 31 décembre 2017, la Caisse détenait des actions totalisant 173,9 millions dans Kinder Morgan Canada, qui a effectué une émission d’environ 1,75 milliard en mai afin de financer les travaux, évalués à 7,4 milliards dans l’ensemble.

Ces informations, susceptibles de décevoir les environnementalistes qui demandent à la Caisse de réduire son exposition aux investissements dans les hydrocarbures, se trouvent dans l’annexe du rapport annuel 2017 déposé mardi à l’Assemblée nationale.

Autres institutions

Plusieurs institutions financières se sont retrouvées sur la défensive l’an dernier pour leur participation au montage financier mis en place par Kinder Morgan Canada, dont le Mouvement Desjardins, qui a consenti un prêt de 145 millions. En tout, avait indiqué Kinder Morgan elle-même auprès des autorités américaines, une vingtaine de banques, dont plusieurs de Bay Street, ont accordé des prêts de 5,5 milliards.

Les documents publiés mardi montrent que la Caisse a par ailleurs réduit son placement au sein de la société mère Kinder Morgan, inscrite à la Bourse de New York. Le gestionnaire de régimes de retraite, chargé de faire fructifier l’argent d’une quarantaine de déposants, a fait passer sa position de 2,7 millions d’actions à 1,5 million d’actions, pour une valeur de 34,4 millions au 31 décembre dernier.

La Caisse, dont l’actif net est de 298,5 milliards, a pour politique de ne jamais divulguer le détail de ses placements en cours d’année. Il serait donc impossible de savoir si elle a, depuis, acquis davantage d’actions ou liquidé cet actif.

La Caisse a acquis ces actions avant l’adoption d’une stratégie visant à tenir compte de l’impact climatique dans chacune des décisions, a fait valoir un porte-parole, Maxime Chagnon. En vertu de ce plan, adopté à l’automne, l’institution est présentement en train d’analyser l’ensemble de ses portefeuilles, a-t-il dit.

Le cours de l’action de Kinder Morgan Canada, inscrite à la Bourse de Toronto, a grimpé d’environ 6 % depuis ses débuts. Elle a connu une forte hausse au cours du mois de février, mais a chuté de 12 % le 9 avril, après que la compagnie s’est interrogée publiquement sur son projet.

La Caisse a également liquidé une partie de ses actions dans le producteur pétrolier Suncor. Ce placement est passé de 22,3 millions d’actions (980 millions) en 2016 à 17,3 millions d’actions à la fin 2017, pour une valeur d’environ 800 millions. Par ailleurs, alors que sa position dans TransCanada, spécialiste des pipelines, est demeurée sensiblement la même, celle dans Enbridge Inc., un concurrent, a diminué de moitié, passant de 907 à 418 millions de dollars.

Investissement durable

La Caisse a enregistré un rendement de 9,3 % en 2017, une performance supérieure à son indice de référence. Sur 10 ans, le rendement a atteint 10,2 %.

Signataire depuis 2006 des principes de l’investissement responsable de l’ONU, la Caisse a annoncé en octobre dernier qu’elle place désormais la question des changements climatiques au coeur de chacune de ses décisions d’investissement. D’ici 2020, l’institution veut augmenter de 16 à 24 milliards les sommes qu’elle investit dans les actifs « sobres en carbone ». L’objectif consistera à ce que l’empreinte carbone de chaque dollar investi chute de 25 % d’ici 2025.

Son président, Michael Sabia, avait toutefois signalé que cela ne signifiait pas que la Caisse envisageait dès aujourd’hui un désinvestissement massif des combustibles fossiles. « Il y aura des changements, mais il faut savoir marcher avant de courir », avait-il affirmé aux médias. « Nous ne pouvons pas mettre à risque notre capacité à générer du rendement. Pourquoi ? Parce qu’il faut payer les pensions de huit millions de Québécois. »

La Caisse a indiqué mardi dans un communiqué qu’elle publiera sous peu son premier rapport en matière d’investissement durable. Il y sera question non seulement de changements climatiques, mais de femmes en affaires et de « fiscalité internationale », a-t-elle mentionné.

Près de 10 millions en rémunération globale

Les six plus hauts dirigeants de la Caisse de dépôt ont touché une rémunération globale d’environ 10 millions en 2017, soit une somme légèrement inférieure à l’année précédente. Il s’agit toutefois d’une tendance différente de celle des primes versées aux 1093 employés et cadres du gestionnaire de régimes de retraite au Québec et à l’étranger, qui ont totalisé 79,5 millions, en hausse de 11,4 %. Même si ses conditions de rémunération directe sont demeurées les mêmes, le président et chef de la direction, Michael Sabia, a touché un montant total de près de 3,55 millions, par rapport à 2,82 millions en 2016. Ce bond d’environ 26 %, ou 730 000 $, est attribuable au versement d’une rémunération incitative différée de 1,85 million. En 2014, le grand patron de la CDPQ avait choisi de différer 1,5 million — une somme qui a fructifié en raison des rendements générés par la Caisse sur trois ans —, ce qui lui a permis de réaliser un rendement de 348 918 $. M. Sabia a reçu un salaire de base de 500 000 $, une prime de 1,16 million ainsi qu’une « autre rémunération » de 40 000 $, soit les mêmes montants qu’en 2016.
3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 18 avril 2018 08 h 05

    J’aimerais beaucoup que nous puissions devenir actionnaires individuels de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec, comme le préconise le PQ.

    La Caisse obtient des résultats intéressants année après année, ce qui serait une autre façon de profiter de l’effet levier que procurent la masse des déposants.

    Mais pour ce qui est des investissements, cela nous procurerait également un pouvoir sur l’orientation de la Caisse!

  • Marguerite Paradis - Abonnée 18 avril 2018 08 h 58

    LE HAUT DE LA CHAÎNE ALIMENTAIRE...

    ... que diriez-vous monsieur Sabia et cie de 15$ de l'heure !

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 18 avril 2018 10 h 05

    Hypocrisie

    Comme Trudeau, on dit de belles paroles, mais les actions qui suivent vont exactement à l'opposé.

    Les économistes, les gestionnaires et les actionnaires de Desjardins, CDP et le PLQ nous prouvent que l'argent n'a pas de conscience, ni d'éthique. Ni ceux qui la manipulent.
    Rabelais avait bien raison : «Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. »

    Dans le temps d'antan, on aurait pu dire qu'ils vont au diable. Qu'ils y aillent donc tous et toutes.