Le Festival de jazz génère plus de retombées économiques que la F1

Cœur de Pirate au Festival de jazz de Montréal en 2017
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Cœur de Pirate au Festival de jazz de Montréal en 2017

L’époque où les grands événements touristiques québécois se livraient une guerre de chiffres sans limite serait-elle révolue ? Grâce à de nouvelles règles méthodologiques, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) peut désormais clamer avec assurance qu’il trône au sommet des événements touristiques québécois rapportant le plus de retombées économiques, devant le Grand Prix de Formule 1 du Canada.

Les organisateurs du FIJM ont fait état lundi de « retombées économiques records » en 2017. Selon une étude réalisée par la firme KPMG, l’événement a généré 48,5 millions de dollars en valeur ajoutée pour l’économie du Québec et 10,3 millions en recettes fiscales pour les gouvernements provincial et fédéral.

En comparaison, la dernière étude d’impact économique du Grand Prix de F1, qui date de 2015, évoquait des retombées de 42,4 millions et des recettes fiscales de 8,1 millions, en excluant les redevances sur le prix des billets touchées par les gouvernements.

Cette première place du Festival de jazz a une résonance particulière, puisque la base méthodologique est désormais la même. Le FIJM comme le Grand Prix de F1 ont évalué leurs retombées économiques en s’appuyant sur un guide méthodologique publié en 2016 par le gouvernement du Québec.

« Avec ces chiffres, le Festival international de jazz de Montréal démontre sans équivoque qu’il est, de tous les événements québécois qui ont pu jusqu’ici produire des études de retombées économiques en utilisant la même méthodologie […], celui qui crée le plus de richesse », a soutenu lundi le président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), Martin Roy. « Maintenant, tout le monde compare des pommes avec des pommes », affirme le président-directeur général du FIJM, Jacques-André Dupont.

Progression importante

Les organisateurs du Festival de jazz ont refusé de remettre leur étude d’impact au Devoir, en totalité ou en partie, en prétextant la présence de données privées. Les données transmises par M. Dupont indiquent que les bons résultats de 2017 s’expliquent notamment par la hausse du nombre de visiteurs et des dépenses effectuées, au moment où les célébrations du 375e anniversaire de Montréal et du 150e du Canada battaient leur plein.

Le nombre de participants uniques est passé de 165 000 en 2016 à 207 000 l’an dernier, tandis que le nombre de touristes « centrés » — qui résident à l’extérieur d’un rayon de 40 km et qui se rendent à Montréal principalement pour assister à l’événement — a atteint 83 000 en 2017, comparativement à 62 000 en 2016. Ces touristes « centrés » ont effectué des dépenses de 46,5 millions, soit 12 millions de plus qu’en 2016.

De pareils résultats servent la cause du FIJM lorsque vient le temps de convaincre des commanditaires potentiels, admet son p.-d.g. « Parfois, les gens se demandent si ça vaut la peine de soutenir un événement comme le nôtre. Notre travail, c’est de démontrer qu’il y a de la rentabilité, et pas seulement au niveau économique », explique M. Dupont.

Débat méthodologique

Le fait que la majorité des grands événements québécois s’appuient désormais sur le même guide méthodologique permet d’éviter les abus du passé, mais les comparaisons ne sont pas parfaites pour autant, fait remarquer l’économiste-conseil Jean-Marc Bergevin, qui se spécialise en études d’impacts économiques.

Dans le cas du FIJM, les subventions et les commandites sont par exemple comprises dans le calcul des retombées économiques. « Quand on se met à inclure les commandites et les subventions dans le total, on peut facilement doubler l’impact économique réel du projet », soutient-il, en soulignant que « la mesure de l’impact économique, c’est l’argent neuf qui est ajouté dans l’économie ».

M. Bergevin se réjouit néanmoins de voir que le FIJM « se rapproche de la vérité » en utilisant une méthodologie plus rigoureuse et uniforme que par le passé.

« Je n’ai aucun problème à ce que la méthodologie évolue avec le temps ou qu’il y ait des débats entre économistes, fait valoir Jacques-André Dupont. Par contre, si un économiste dit que ce n’est pas vrai qu’un événement comme le Festival de jazz amène de l’argent neuf au Québec, je pense que c’est quelqu’un qui est de mauvaise foi. »

Fait à noter, la rigueur des études récentes du FIJM ne se reflète pas sur son site Internet. Lundi en début de soirée, on pouvait y lire que l’événement génère des retombées économiques annuelles de près de 100 millions de dollars, ce qui correspond au résultat de l’ancienne méthode de calcul. En entrevue, M. Dupont a promis que cette information serait corrigée sous peu.