Londres espère pouvoir se tourner vers le Commonwealth après le Brexit

La première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, a insisté sur la capacité du pays à resserrer les liens commerciaux avec la «famille du Commonwealth». 
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse La première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, a insisté sur la capacité du pays à resserrer les liens commerciaux avec la «famille du Commonwealth». 

Le Royaume-Uni espère faire du sommet du Commonwealth, qui s’est ouvert lundi à Londres, une occasion de renforcer les liens, et notamment les échanges commerciaux, avec les pays de son ancien empire colonial alors qu’il se prépare à quitter l’Union européenne (UE).

« La période post-Brexit pourrait faire apparaître pour le Royaume-Uni d’importantes occasions de négocier des accords commerciaux bilatéraux avec les pays membres intéressés », souligne une analyse publiée par le secrétariat du Commonwealth.

Le commerce entre les 53 pays membres de l’organisation devrait progresser de 17 % pour atteindre 700 milliards de dollars d’ici 2020, selon ce document. Le gouvernement de Theresa May insiste depuis des mois sur la capacité qu’il aura, après la sortie de l’UE, prévue fin mars 2019, à négocier de nouveaux accords commerciaux avec des pays tiers. Il souhaite en particulier ranimer les liens avec les pays de son ancien empire, passés au second plan depuis l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne (CEE) en 1973.

17 %
Le commerce entre les 53 pays membres devrait progresser de 17 % pour atteindre 700 milliards d’ici 2020.

Agréable illusion

« Notre famille du Commonwealth représente déjà un cinquième du commerce mondial et nous devons continuer à travailler ensemble pour construire davantage sur ces fondations solides en resserrant nos liens commerciaux déjà existants et en en créant d’autres », a déclaré Mme May lundi. Mais pour l’hebdomadaire The Economist, le Commonwealth « ne sauvera pas le Royaume-Uni du Brexit ». L’idée que le commerce avec les pays de l’ancien empire pourrait compenser les échanges réalisés avec l’UE constitue selon lui « une agréable illusion ».

En 2016, sur les 15 principaux partenaires commerciaux du Royaume-Uni, 9 étaient des pays européens, et aucun n’était membre du Commonwealth. L’UE représente près de la moitié du commerce extérieur britannique, contre seulement un dixième pour le Commonwealth.

« Partisans du Brexit, désolé, mais miser sur le Commonwealth est une blague », a estimé Philip Murphy, directeur de l’Institut des études du Commonwealth dans le quotidien The Guardian. « L’idée qu’il puisse prendre le relais une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’UE n’a aucun sens. »

La Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) retrouve le sol britannique pour la première fois depuis 1997. Réunis autour du thème « Vers un futur commun », leur ambition est d’élaborer notamment une charte contre la pollution des océans et une déclaration contre la criminalité en ligne.

Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse La secrétaire générale du Commonwealth, Patricia Scotland

Le sommet « promet d’apporter de profonds changements aux populations du Commonwealth », a déclaré la secrétaire générale de l’organisation, Patricia Scotland, estimant que les décisions prises par les dirigeants « d’un quart des pays du monde » pouvaient avoir un impact « bien au-delà de leurs frontières ».

Lors du dernier sommet du Commonwealth, organisé en novembre 2015 à Malte, ses membres avaient conclu un accord contre le changement climatique, avant la signature quelques semaines plus tard à Paris d’un pacte mondial dans le cadre de la COP21.

Le sommet se déroule sur cinq jours, les trois premiers étant consacrés à un forum et à des conférences, tandis que les deux derniers verront les chefs de gouvernement des 53 pays membres de l’organisation se réunir.

À la tête du Commonwealth, la reine Elizabeth II, 91 ans, recevra les dirigeants politiques participant au sommet lors d’un dîner donné au palais de Buckingham jeudi soir, avant une réunion vendredi au château de Windsor, à l’ouest de Londres.

Selon un porte-parole du gouvernement britannique, ils discuteront en fin de semaine du nom du successeur de la reine, qui a elle-même succédé en 1952 à son père, le roi George VI, au poste de dirigeant du Commonwealth, qui n’est toutefois pas héréditaire.