Taxis volants: entre le rêve et la réalité

Dans une vidéo présentant le projet d’Uber, Elevate, on voit des gens se rendre au 17e étage d’un immeuble du centre-ville pour prendre place à bord d’un appareil se situant à mi-chemin entre l'avion et l'hélicoptère.
Photo: Uber Dans une vidéo présentant le projet d’Uber, Elevate, on voit des gens se rendre au 17e étage d’un immeuble du centre-ville pour prendre place à bord d’un appareil se situant à mi-chemin entre l'avion et l'hélicoptère.

Les taxis volants autonomes, dont les images frappent l’imaginaire, ne sont pas pour demain. Si Bell Helicopter et Uber mettent en commun leur exploration dans ce monde nouveau avec un horizon de 2025, elles admettent aussi qu’il faudra beaucoup d’essais, des progrès technologiques, mais, surtout, l’acceptabilité sociale.

Voilà le message que sont venus livrer lundi les représentants des deux entreprises, réunis sur une même scène dans le cadre du Forum innovation aérospatiale du groupe Aéro Montréal, un salon très fréquenté qui prend fin aujourd’hui au Palais des congrès.

« Si on reste au niveau de la route, la congestion demeure. L’axe vertical est la seule façon vraiment de changer ça », a dit Thomas Prevot, directeur des systèmes aériens chez Uber, qui compte concentrer ses premiers essais sur Dallas et Los Angeles.

Dans une vidéo futuriste présentant le projet d’Uber, Elevate, on voit des gens se rendre au 17e étage d’un immeuble du centre-ville pour prendre place à bord d’un appareil se situant quelque part entre un avion et un hélicoptère. En contrebas, les rues sont congestionnées. Le taxi vole à 290 km/h. Quelques minutes plus tard, une des passagères est en banlieue, où sa famille l’attend pour souper.

« Il s’agit vraiment de changer la façon dont les gens se déplacent en milieu urbain et d’améliorer la qualité de vie pour les gens dans les villes les plus congestionnées au monde, dit M. Prevot. La moitié de la population mondiale vit en milieu urbain.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lors d’une table ronde avec le président de Bombardier, Alain Bellemare (à droite), celui d’Air Canada, Calin Rovinescu, a dit que l’intelligence artificielle servira un jour à la conception des appareils, à la chaîne d’approvisionnement et à l’entretien.

À Mexico, les gens passent l’équivalent de cinq semaines assis dans la circulation. À Toronto et Montréal, c’est peut-être une ou deux semaines. »

Uber et Bell ne sont pas les seules entreprises à plonger dans la recherche et développement. En Oregon au mois de janvier, Airbus a réussi à faire voler son appareil expérimental pendant 53 secondes devant des représentants de la Federal Aviation Administration. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) surveille le phénomène de près dans le cadre d’une consultation qui inclut également les drones.

« L’acceptation du public face à une forte augmentation du trafic aérien est l’un des obstacles qu’il nous faudra surmonter », a dit Michael Thacker, vice-président directeur de la technologie et de l’innovation chez Bell. La compagnie, croit-il, est « bien positionnée » pour profiter du « transport sur demande ».

Trop cher

Cependant, dans l’état actuel des choses, le coût du transport sur demande — par hélicoptère — est prohibitif et le bruit des appareils est trop fort pour bon nombre de villes, croit le vice-président de Bell. « Il faut un nouveau véhicule qui soit non seulement plus abordable, pour qu’un plus grand nombre de personnes puisse bénéficier de ses avantages, mais aussi acceptable sur le plan environnemental et du bruit. »

Avant d’en arriver là, il faudra beaucoup d’expérimentation et de collecte de données… avec de vrais pilotes. Mais le but à long terme sera le taxi autonome, dit M. Prevot. En plus, au fil du temps, le coût du pilotage et des batteries, qui ne sont pas encore au point, diminuera, et cela permettra de s’approcher des coûts associés à l’automobile.

Les besoins en infrastructures « sont relativement légers par rapport à, disons, des routes, des trains ou des systèmes terrestres », a ajouté M. Thacker. « On peut certes construire des vertiports, mais on peut aussi tirer profit des bâtiments existants ou des stationnements sous-utilisés. »

Air Canada et Bombardier

Parmi les autres ateliers du Forum innovation, les thématiques ont porté sur les mégadonnées et l’intelligence artificielle. Lors d’une table ronde avec le président de Bombardier, Alain Bellemare, celui d’Air Canada, Calin Rovinescu, a dit que les travaux liés à l’intelligence artificielle — comme ceux de la nouvelle grappe à Montréal — serviront un jour à la conception des appareils, à la chaîne d’approvisionnement et à l’entretien.

La dernière édition du Forum, tenue en 2016, avait attiré 1200 participants et mis en vedette une cinquantaine d’exposants.

Nouvel appui fédéral

Un consortium formé de Bell Helicopter Textron et de 18 partenaires privés et universitaires va recevoir 49,5 millions afin de développer des technologies de pointe, comme les systèmes de navigation autonome, l’efficacité énergétique et les méthodes visant à réduire le bruit. Ces partenaires comprennent notamment Pratt Whitney Canada, plusieurs PME et neuf universités canadiennes. Bell et ses partenaires ont convenu d’investir 125 millions. L’investissement sur cinq ans, a indiqué Ottawa, permettra de créer ou de maintenir 300 emplois.