Couillard va de l’avant avec sa nouvelle commande de voitures de métro

Le premier ministre Philippe Couillard, jeudi, lors de la conférence de presse pour l’amorce des travaux du projet de REM
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard, jeudi, lors de la conférence de presse pour l’amorce des travaux du projet de REM

La Pocatière — Après l’échec de Bombardier dans sa tentative d’obtenir le contrat du Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec, le gouvernement Couillard surenchérit pour sauver l’usine de La Pocatière.

Il laisse miroiter des contrats possibles pour des systèmes de transport sur les couronnes sud et nord de Montréal et il fera adopter un projet de loi pour éviter les contestations judiciaires dans le devancement des commandes du métro de Montréal.

Le premier ministre Philippe Couillard en a fait l’annonce vendredi matin à l’usine même, après avoir rencontré les travailleurs, juste au lendemain du coup d’envoi du projet de REM.

L’avenir à long terme de l’usine de La Pocatière est actuellement en jeu et des licenciements massifs étaient à prévoir en raison du manque de commandes, mais aussi parce que le contrat de 6,3 milliards du REM a été confié au grand rival de Bombardier, Alstom, qui assemblera les voitures en Inde.

« Continuité »

En point de presse, M. Couillard a indiqué que l’entente avec la Ville de Montréal pour l’achat de nouvelles rames du métro allait d’abord être signée et qu’ensuite, le gouvernement déposera un projet de loi pour sécuriser l’entente. M. Couillard a précisé que le gouvernement agit ainsi à la recommandation des juristes de l’État, mais est resté vague sur le principe du projet de loi.

Il a toutefois insisté pour souligner que l’éventuelle commande de Montréal est la continuité d’un contrat, car l’usine assemble déjà actuellement les voitures Azur.

Le premier ministre a dit ne pas entrevoir de difficultés. Les partis d’opposition ont déjà été prévenus et le projet de loi, qui est déjà pratiquement rédigé, devrait être adopté avant la fin de la session et la tenue des élections du 1er octobre.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, le porte-parole péquiste en matière de transports, Martin Ouellet, a quand même dit s’inquiéter d’une éventuelle contestation judiciaire, comme ce qui s’était passé lors de la première vague du renouvellement du métro par un contrat de gré à gré à Bombardier il y a 10 ans.

Philippe Couillard a expliqué que les discussions avec Montréal se poursuivent, notamment sur le financement, ainsi que le nombre de voitures, et que le tout sera communiqué ultérieurement.

D’autres projets

Pas moins de 200 licenciements sur les 615 employés étaient à prévoir d’ici à la livraison complète des commandes de voitures Azur de Montréal à la fin 2018, mais les licenciements ne seront plus que temporaires du moment où les autres commandes seront annoncées, selon le syndicat.

Le projet de tramway de Québec est presque déjà rendu à l’étape des plans et devis, et l’usine de La Pocatière pourra certainement être sur les rangs, a ajouté M. Couillard.

En outre, les Basses-Laurentides et la Montérégie pourraient elles aussi bénéficier de nouveaux modes de transport que l’usine Bombardier pourrait fournir, a-t-il laissé entendre. « C’est beau d’avoir le REM et le métro, mais il faut amener ces gens-là [vers ces réseaux] avec une solution viable pour qu’ils prennent autre chose que l’auto », a-t-il dit.

Couillard contredit Sabia

Bombardier et Philippe Couillard ont par ailleurs contredit le président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, qui affirmait jeudi qu’« au Québec, il n’y a pas une usine outillée pour construire le REM du point de vue technologique et de la machinerie ».

Le premier ministre a prudemment réfuté l’affirmation. « Ben oui, si le contrat de la Caisse avait été attribué ici, il aurait été fait ici », a-t-il plaidé, non sans ajouter que cela aurait peut-être causé des délais, le temps d’adapter l’usine aux besoins du contrat.

Le porte-parole de Bombardier Transport, Jacques Tétrault, a également démenti Michael Sabia. « C’est faux, a-t-il écrit dans un courriel. Bombardier Transport est outillé sur les plans technologique et mécanique pour construire le REM. […] Si l’appel d’offres avait inclus du contenu local, Bombardier Transport aurait été en première ligne pour remplir le contrat. »