Le FMI dénonce l’obsession pour les emplois manufacturiers

Le poids relatif des emplois manufacturiers recule partout, selon le FMI.
Photo: Getty Images Le poids relatif des emplois manufacturiers recule partout, selon le FMI.

Les gouvernements ne devraient pas faire une telle fixation sur le déclin de leurs emplois manufacturiers, conclut une étude du FMI. Le pouvoir attribué au secteur dans la production de richesse et la réduction des inégalités n’est pas aussi unique qu’on le pense.

Le constat auquel arrivent des experts du Fonds monétaire international (FMI), dans une étude dévoilée cette semaine (en anglais), prend à contre-pied une perception répandue dans les pays riches comme dans les pays en développement. L’obsession du président américain, Donald Trump, de ramener les entreprises manufacturières aux États-Unis n’est qu’un exemple parmi d’autres du rôle central que les pays développés sont encore aujourd’hui portés à attribuer au secteur manufacturier, tant en matière de prospérité économique que d’offre d’emplois de qualité à un grand ensemble de travailleurs. Plusieurs pays pauvres ne cachent pas leur crainte, quant à eux, d’être en train de sauter une étape essentielle de leur développement en passant directement d’une économie agricole à une économie de services.

Pas ce que vous croyez

En fait, note le FMI, le poids relatif des emplois manufacturiers recule partout. Le déclin est marqué et en cours depuis 50 ans dans les pays riches, alors qu’il est beaucoup plus récent et modéré, mais qu’il part aussi d’un niveau beaucoup plus bas dans les autres pays. Ce recul découle entre autres des gains de productivité grâce à l’automatisation et de la délocalisation des usines des pays riches vers les pays pauvres, mais beaucoup aussi de la croissance relative du secteur des services, tant en matière d’emplois que de richesse produite. Même en Chine, le secteur manufacturier ne compte désormais que pour 1 emploi sur 5.

Ce déclin relatif du secteur manufacturier au profit de celui des services est perçu, à tort, comme une diminution du potentiel de croissance économique, déplore le FMI. S’il est vrai que les possibilités de gains de productivité sont généralement plus faibles dans un magasin de chaussures ou un restaurant que dans une usine d’automobiles, il en va tout autrement dans d’autres sous-secteurs de services, comme la finance et les affaires, le transport et les communications, et même, parfois, les services gouvernementaux, où la richesse produite par heure travaillée et sa croissance peuvent être équivalentes et même supérieures.

Globalement, rapporte le FMI, « l’essentiel » de la croissance économique, dans les pays riches comme les pays pauvres, ne vient pas de l’augmentation ou de la diminution de l’un ou l’autre des grands secteurs d’activité, mais de l’augmentation de la productivité à l’intérieur de chacun de ces secteurs.

Et les inégalités ?

Le même constat peut être fait quant au creusement des inégalités, poursuit le FMI. Contrairement à la perception répandue, et bien que les emplois du secteur manufacturier soient effectivement généralement mieux payés et plus accessibles à une large base de travailleurs, l’accroissement des inégalités ne découle pas principalement du déclin du secteur manufacturier, mais d’une augmentation des inégalités à l’intérieur de chacun des secteurs. Autrement dit, le problème de fond n’est pas la transformation d’emplois manufacturiers bien payés en emplois de services de moindre qualité, mais la dégradation de la situation dans le secteur manufacturier aussi bien que dans celui des services.

En conclusion, les experts du FMI recommandent aux gouvernements de moins s’attarder au poids relatif du seul secteur manufacturier, et de s’atteler plutôt à l’augmentation de la productivité de tous les secteurs économiques, en développant les infrastructures, en améliorant la formation de la main-d’oeuvre et en favorisant le libre-échange, notamment dans le secteur des services, plutôt que d’y faire obstacle.

Quant aux inégalités, on fait remarquer que si elles sont trois fois moins élevées au Danemark qu’aux États-Unis, ce n’est pas parce que le petit pays social-démocrate compte trois fois plus d’emplois manufacturiers, mais parce qu’il a su mettre en place, par exemple, de meilleurs programmes sociaux et des politiques de requalification des travailleurs touchés par les changements technologiques et la mondialisation.