Les firmes canadiennes se méfient de plus en plus de Trump

Les entreprises qui disent avoir déjà été touchées négativement «évoquent souvent la montée du protectionnisme américain» promu par le président Donald Trump. 
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Les entreprises qui disent avoir déjà été touchées négativement «évoquent souvent la montée du protectionnisme américain» promu par le président Donald Trump. 

Les entreprises canadiennes gardent un bel optimiste face à l’avenir, mais se méfient de plus en plus de Donald Trump, rapporte la Banque du Canada.

La plupart des entreprises canadiennes continuent de croire que l’économie américaine sera vigoureuse cette année et aura un effet positif sur leurs ventes, a rapporté la banque centrale canadienne en dévoilant la version printanière du sondage qu’elle réalise tous les trois mois auprès d’une centaine de dirigeants d’entreprises.

Constituée « d’entreprises tournées vers le marché intérieur canadien ou d’exportateurs qui jugent qu’il est encore trop tôt pour le savoir », une majorité d’entre elles (71 %) continuent aussi de dire que le nouveau président américain n’a globalement pas eu d’influence sur leurs activités au cours de la dernière année et presque autant (59 %) disent ne pas savoir quel effet il aura sur leurs affaires au cours des douze prochains mois.

La proportion de répondants qui affirment avoir déjà subi des répercussions négatives a toutefois doublé en un an (de 10 % à 21 %), rapporte-t-on, alors que la proportion de ceux qui évoquent un effet positif a peu bougé (de 11 % à 9 %). Près du tiers des entreprises (32 %, contre 30 % l’an dernier) avouent aussi avoir peur de faire les frais des politiques de Donald Trump au cours des prochains mois, alors que la proportion de celles qui pensent pouvoir en profiter a fondu de plus de moitié et n’est plus que de 9 % (contre 23 % l’an dernier).

 

L’effet Trump

Les entreprises qui disent avoir déjà été touchées négativement « évoquent souvent la montée du protectionnisme américain », notamment dans le bois d’oeuvre, dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et dans la volonté affichée de privilégier l’achat local, explique la Banque du Canada dans son « Enquête sur les perspectives des entreprises ». « D’autres ont fait état de difficultés relatives aux mouvements transfrontaliers des travailleurs et des biens. »

Si la plupart des projets d’investissement n’ont pas été touchés « jusqu’à présent », certaines entreprises rapportent « avoir réduit ou retardé ces investissements, ou envisager des changements », et quelques-unes disent « se tourner vers les États-Unis pour développer leurs activités ».

Pour certaines entreprises, les baisses d’impôt de Donald Trump sont venues éroder leur compétitivité alors que d’autres disent en avoir profité par l’entremise de leurs filiales américaines ou de l’enrichissement de leurs clients. Ironiquement, des entreprises canadiennes remercient aussi Donald Trump pour le rôle qu’il a joué dans « l’afflux plus important de touristes et d’immigrants au Canada ».

Optimistes malgré tout

Les entreprises canadiennes restent malgré tout optimistes quant à l’avenir de leurs activités de ventes, leurs investissements et leurs embauches, mais certaines d’entre elles s’attendent à une modération par rapport au rythme effréné de l’an dernier, rapporte la Banque du Canada.

Le moral des sociétés reste positif et conserve un niveau supérieur aux moyennes historiques, même si cet indicateur a légèrement reculé depuis le mois de janvier. Les entreprises misent sur une croissance de leurs ventes dans la plupart des régions et des secteurs pour les douze prochains mois grâce, notamment, à une hausse de la demande des États-Unis.

La plupart des firmes ont l’intention d’augmenter leurs investissements dans les machines et le matériel au cours de la prochaine année, indique-t-on, même si cet indicateur a reculé par rapport à sa lecture de l’enquête hivernale. Les intentions d’embauche sont également plus prononcées et s’étendent aux différentes régions et à la plupart des secteurs. Les craintes de pénuries de main-d’oeuvre se sont intensifiées au cours de la dernière année.

L’enquête de la banque centrale a été menée entre le 12 février et le 9 mars, et ses conclusions sont présentées un peu plus d’une semaine avant l’annonce de sa nouvelle décision sur son taux d’intérêt directeur.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a haussé le taux directeur à trois reprises depuis juillet dernier. La plupart des observateurs s’attendent cependant à ce qu’il fasse preuve de prudence en raison des difficultés liées au commerce et à la compétitivité, ainsi qu’aux indices laissant croire que la vigoureuse performance économique connue par le Canada l’an dernier s’est assagie.

Avec La Presse canadienne