Le conflit entre les États-Unis et la Chine ne fait que commencer

La principale exigence du gouvernement de Donald Trump à l’égard de la Chine est qu’elle réduise «immédiatement» de 100 milliards son surplus commercial de 375 milliards avec les États-Unis.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse La principale exigence du gouvernement de Donald Trump à l’égard de la Chine est qu’elle réduise «immédiatement» de 100 milliards son surplus commercial de 375 milliards avec les États-Unis.

La tension entre les États-Unis et la Chine a monté d’un cran sur le front commercial. Préparez-vous le coeur, ce genre d’événement n’a pas fini de se répéter.

Comme tout le monde le craignait, le gouvernement Trump est passé de la parole aux actes, cette semaine, en annonçant l’imposition prochaine de tarifs douaniers contre des importations chinoises d’un montant total estimé à 50 milliards $US. Comme elle l’avait fait quelques jours auparavant après l’annonce d’autres sanctions américaines, contre ses exportations d’acier et d’aluminium celles-là, la Chine a immédiatement répliqué en dévoilant sa propre liste de produits américains passibles de représailles tarifaires équivalentes, grossissant un peu plus encore la rumeur de guerre commerciale ouverte et totale entre les deux principales économies de la planète.

Les premiers coups de feu de cette guerre n’ont pas encore été tirés, ont fait remarquer des proches du président américain, dont son tout nouveau conseiller économique, Larry Kudlow. On en est encore seulement à masser des troupes aux frontières. Les sanctions annoncées doivent encore faire l’objet de consultations et d’examens qui laissent amplement le temps aux deux parties de poursuivre leurs négociations en cours depuis des mois déjà et de trouver un compromis. « Non, je ne vois pas cela comme une guerre commerciale, a dit le conseiller à Reuters. C’est plus une négociation où l’on s’assure d’actionner tous les leviers. »

Bon, se sont dits les marchés financiers. Donald Trump nous refait encore le coup des menaces, suivies de négociations, puis d’une entente, après quoi il se vantera de victoires — réelles ou imaginaires — qu’il aura arrachées, et après quoi il pourra passer au prochain dossier et refaire son numéro. Dans le seul domaine commercial, on l’a vu appliquer cette recette contre la Corée du Sud ainsi que contre ses voisins et partenaires de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Aujourd’hui, c’est le tour de la Chine. Demain, ça pourrait être l’Europe, ou l’Organisation mondiale du commerce.

Parlant de l’OMC, on n’est pas sans remarquer comment, dans leur chicane, nos deux géants ont superbement ignoré la principale autorité de l’ordre commercial international. On sait que Donald Trump n’a pas beaucoup d’affection pour les institutions multilatérales censées borner la souveraineté américaine. Son gouvernement ne s’est d’ailleurs pas beaucoup forcé pour donner à sa nouvelle campagne contre les Chinois un semblant de conformité avec les règles de l’organisation basée à Genève. La Chine, quant à elle, s’est seulement rappelée jeudi qu’elle pouvait en appeler à l’OMC pour la défendre contre les États-Unis si elle s’estime injustement traitée, mais semble oublier qu’elle ne peut pas, en principe, exercer de représailles avant que le tribunal de l’organisation ne lui en donne le droit.

De partenaire à rivale

La principale exigence de la Maison-Blanche à l’égard de la Chine est qu’elle réduise « immédiatement » de 100 milliards son surplus commercial de 375 milliards avec les États-Unis. Les Américains, comme bien d’autres, voudraient aussi que Pékin protège mieux la propriété intellectuelle et mette fin à sa politique de transferts technologiques forcés en échange de l’accès au marché chinois.

Parmi les produits chinois visés par les sanctions commerciales américaines, on retrouve notamment des robots industriels, l’aéronautique, les biotechs, les véhicules électriques et des composants électroniques. Ce choix montre bien qu’on n’a pas seulement en tête la réduction à court terme du déficit commercial. On cible aussi, manifestement, les ambitions du régime chinois d’assurer à son économie une transition du rôle de fabricant des ordinateurs, téléphones intelligents, automobiles, avions et autres médicaments conçus aux États-Unis, en Allemagne ou au Japon à chef de file à part entière en technologie numérique, en intelligence artificielle, en santé, en transport ou encore en technologies vertes, et ce, en fonction de plans qui s’étendent sur 10 ans, 25 ans, et même jusqu’en 2049, centième anniversaire de la révolution communiste chinoise.

Pour aider cette transformation extrême, la Chine souhaite acquérir — apparemment par tous les moyens — l’expertise et les précieux droits de propriété intellectuelle de compagnies occidentales que leurs gouvernements sont de plus en plus réticents à partager avec le géant asiatique, observait l’expert en géopolitique de la Banque Nationale Angelo Katsoras, dans une analyse cette semaine. Outre les critiques contre Pékin en matière de respect de la propriété intellectuelle, ces gouvernements évoquent de plus en plus souvent la protection de la sécurité nationale pour bloquer l’acquisition d’entreprises par des compagnies chinoises. Le dernier exemple en date est ce veto opposé par la Maison-Blanche à l’achat du fabricant américain de microprocesseurs Qualcomm par son concurrent Broadcom, de Singapour, pour la rondelette somme de 117 milliards. Il y a cinq ans, Ottawa avait aussi su faire comprendre au fabricant d’ordinateurs chinois Lenovo que le fabricant canadien de téléphones intelligents BlackBerry n’était pas à prendre.

La nouvelle normalité

En ce qui a trait au conflit qui a fait les manchettes cette semaine, The Economist rapportait jeudi qu’un compromis serait peut-être déjà en train de se dessiner entre Pékin et Washington, dans lequel la Chine accepterait de réduire ses barrières commerciales à l’importation d’autos américaines, d’acheter plus de semi-conducteurs aux Américains et d’ouvrir un peu plus son secteur financier aux étrangers.

Mais « qu’un accord commercial soit conclu entre la Chine et les États-Unis ou non, des tensions commerciales plus fortes entre les deux pays représenteront la nouvelle normalité dans un avenir prévisible, prévient Angelo Katsoras. Les enjeux sont trop élevés. Au-delà de la question des déficits commerciaux se profile une bataille pour déterminer lequel des deux pays contrôlera la prochaine génération de technologies de pointe et émergera comme une puissance mondiale dominante. »

À voir en vidéo