La tension entre la Chine et les États-Unis monte d’un cran

Des travailleurs chargent des fèves de soya au port de Nantong, en Chine.
Photo: Chinatopix via Associated Press Des travailleurs chargent des fèves de soya au port de Nantong, en Chine.

L’escalade des menaces de tarifs douaniers entre les États-Unis et la Chine fait craindre l’éclatement d’une guerre commerciale majeure entre les deux principales économies mondiales.

Il n’a fallu que quelques heures à la Chine pour répondre aux nouvelles menaces de sanctions commerciales américaines de 50 milliards $US contre ses exportations. Pékin a dévoilé, mercredi, la liste de 106 produits exportés par les États-Unis qui se verraient imposer des tarifs douaniers de 25 % pour une valeur annuelle totale de 50 milliards. Recherchant un maximum d’impact politique à la veille des élections américaines de mi-mandat cet automne, la liste chinoise vise notamment les exportations agricoles des régions rurales où le président américain Donald Trump et son camp républicain trouvent une bonne partie de leur base électorale, comme celles du soja américain, dont 30 % de la production est actuellement achetée par la Chine. Essayant autant que possible de ne frapper que des produits qui se trouvent aussi ailleurs, notamment en Europe et en Amérique latine, la liste vise d’autres secteurs aussi, comme l’aéronautique, l’automobile et la production de whisky.

La veille, Washington avait relevé d’un cran les hostilités commerciales entre les deux pays en dévoilant une liste de 1333 produits importés de Chine que les États-Unis menacent d’une taxe à l’importation de 25 % si Pékin ne corrige pas ses pratiques commerciales sans délai. Ciblant la politique du régime chinois « Made in China 2025 » qui aspire à faire du pays un chef de file technologique, les menaces américaines visent des secteurs comme la technologie numérique, la robotique, le transport et les produits médicaux. Afin de ne pas trop mécontenter les Américains, elles épargnent notamment les appareils électroniques des compagnies américaines Apple et Dell, tout comme les vêtements et les chaussures de sport.

« Stupides ou incompétents »

Le gouvernement Trump exige notamment que la Chine trouve le moyen de réduire immédiatement de 100 milliards son surplus commercial de 375 milliards avec les États-Unis. Comme plusieurs autres pays, il en a aussi contre son peu d’égards à l’endroit de la propriété intellectuelle des autres et sa politique de transferts de technologie forcés en échange de l’accès au marché chinois. La Maison-Blanche a déjà annoncé, le mois dernier, l’imposition de tarifs douaniers de 3 milliards sur les importations d’acier et d’aluminium chinois, ce à quoi la Chine avait répondu par des représailles contre des exportations américaines de fruits, de noix, de porc et de vin de valeur équivalente.

Cette escalade de la tension fait craindre le pire à ceux qui voient les deux géants glisser petit à petit vers une guerre commerciale ouverte aux conséquences désastreuses pour l’économie mondiale. « Nous ne sommes pas dans une guerre commerciale avec la Chine, a déclaré mercredi Donald Trump sur Twitter. Cette guerre a été perdue il y a de nombreuses années par des personnes stupides ou incompétentes représentant les États-Unis. »

« Le Chine ne veut pas de guerre commerciale parce que personne n’en sortirait gagnant », a répondu dans le Financial Times le vice-ministre du Commerce chinois, Wang Shouwen, dont le pays entend aussi porter sa cause devant les instances de l’Organisation mondiale du commerce. « Mais si quelqu’un insiste pour la faire, nous serons là. »

Espoir d’entente négociée

Les deux camps sont loin d’avoir fermé la porte à une solution négociée et ont encore du temps pour la trouver. Les nouvelles menaces annoncées par les États-Unis, cette semaine, doivent faire l’objet de consultations publiques et ne pourront vraisemblablement pas entrer en vigueur avant plusieurs semaines. La Chine, quant à elle, semble vouloir laisser les Américains frapper en premier.

Les acteurs économiques sont toutefois loin d’être rassurés. Presque tous les marchés boursiers ont piqué du nez en début de journée avant de remonter un peu, notamment à Wall Street. « Au cours de la dernière année, les tactiques du gouvernement Trump ont été de commencer par lancer un avertissement, effrayer quelques personnes, puis s’écarter de sa position initiale », a observé Kathryn Del Greco, vice-présidente chez Gestion de patrimoine TD, à La Presse canadienne.