Le Québec est le plus menacé par le protectionnisme américain après l’Ontario

Parmi les industries à risque, on trouve celles directement visées par la rhétorique protectionniste américaine, comme le bois d’œuvre.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Parmi les industries à risque, on trouve celles directement visées par la rhétorique protectionniste américaine, comme le bois d’œuvre.

L’économie québécoise est l’une des plus exposées à la montée du protectionnisme américain, bien que les éventuels impacts de ce dernier soient probablement moins lourds qu’on pourrait le croire, estime une analyse de la Banque Nationale.

Un peu moins de 6 % (5,8 %) de l’économie canadienne est exposée aux menaces de révocation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), de tarifs commerciaux et d’autres mesures protectionnistes brandies par le gouvernement américain, conclut une analyse de la Banque Nationale dévoilée cette semaine. C’est beaucoup moins que le poids total au Canada des biens exportés vers les États-Unis dans le produit intérieur brut (PIB), qui est de 20 %, et même que le poids des biens exportés seulement par les industries à risque (11,6 %).

Cette différence s’explique par le fait que seulement une partie de la valeur des exportations de ces industries à risque a effectivement été produite au Canada, le reste venant d’intrants eux-mêmes importés de pays étrangers, expliquent les auteurs de l’analyse, Marc Pinsonneault et Jocelyn Paquet. « Fait à noter, une exposition de 5,8 % ne signifie pas que, dans le pire des cas, le PIB nominal du Canada serait réduit de 5,8 % », écrivent-ils, soulignant que cela serait alarmant. « Cela signifie plutôt que, si les États-Unis décidaient d’imposer des mesures protectionnistes à toutes les industries mentionnées dans le présent rapport — un scénario hautement improbable —, seulement une portion de ces 5,8 % serait alors en jeu. »

Le Québec sur la sellette

Le Québec apparaît comme le plus à risque au Canada après l’Ontario, avec 6,8 % de son économie menacée par le protectionnisme américain, comparativement à 8 % pour sa grande voisine et 6,4 % au Manitoba, mais seulement 3,3 % en Alberta et 3,2 % en Colombie-Britannique. Cet écart tient notamment à la forte concentration et à la diversité des industries manufacturières au Québec et en Ontario, expliquent les auteurs de l’analyse.

6,8 %
C’est le pourcentage de l’économie québécoise menacée par le protectionnisme américain.

Pour arriver à ces totaux, ceux-ci ont établi trois groupes d’industries à risque. Le premier groupe est celui des industries qui ont été directement visées par la rhétorique protectionniste américaine, comme le bois d’oeuvre, l’aéronautique, l’automobile (qui touche les pneus et le plastique au Québec) ou encore l’acier et l’aluminium, et dont le poids s’élève à 3,6 % du PIB canadien et 4,3 % de celui du Québec. Le deuxième groupe est celui d’autres industries qui feraient face à des tarifs douaniers élevés si elles devaient passer du régime de l’ALENA aux règles générales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), comme le vêtement et la fabrication alimentaire, dont le poids équivaut à 0,5 % des économies canadienne et québécoise. Enfin, le troisième groupe est constitué d’autres industries encore dont les exportations aux États-Unis représentent au moins 25 % des ventes, comme les métaux de première transformation et les machines, qui mettent à risque 1,7 % du PIB canadien et 2 % de celui du Québec.

La proportion de travailleurs menacés est du même ordre, rapporte la Banque Nationale. Au Québec, elle s’élève à 5,6 % de l’ensemble des emplois, contre 7,3 % en Ontario et une moyenne canadienne de 5,3 %.

Les auteurs de l’analyse se penchent aussi brièvement sur le cas particulier du système de gestion de l’offre dans les industries agricoles du lait, de la volaille et des oeufs. Bien qu’essentiellement tournés vers le marché intérieur, leurs producteurs font face à de fortes pressions de la part des États-Unis, qui réclament un meilleur accès au marché canadien protégé par un système de quotas. Ces exigences pourraient venir grandement perturber un secteur qui représente 0,8 % de l’économie québécoise, contre seulement 0,5 % au Canada et 0,4 % en Ontario.

15 715 emplois

Estimant l’économie de son pays lésée par le fonctionnement du commerce international, le président américain, Donald Trump, a déjà ouvert plusieurs fronts, notamment contre l’ALENA, les avions du fabricant québécois Bombardier, l’acier et l’aluminium du monde entier ainsi que les politiques commerciales chinoises.

Bien qu’empruntant une méthodologie différente, l’analyse de la Banque Nationale arrive à une conclusion similaire aux autres études faites récemment sur le sujet. Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a, par exemple, estimé cette semaine que la mort de l’ALENA réduirait le PIB québécois de 0,5 % et amènerait la perte de 15 715 emplois.