Le vieillissement de la population compliquera la vie des banques centrales

À mesure qu’on vieillit, le niveau d’endettement, et donc de sensibilité à la hausse ou à la baisse des taux d’intérêt, tend à diminuer.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir À mesure qu’on vieillit, le niveau d’endettement, et donc de sensibilité à la hausse ou à la baisse des taux d’intérêt, tend à diminuer.

Le vieillissement de la population obligera la Banque du Canada à peser plus fort sur les freins lorsqu’elle voudra éviter une surchauffe de l’économie, conclut une étude.

Au lendemain de la Grande Récession, la banque centrale canadienne a surtout eu à coeur d’abaisser autant que possible les taux d’intérêt afin de stimuler l’économie. Depuis quelques années, elle a entrepris un extrêmement lent et prudent retour à la normale, son taux directeur étant encore loin, à 1,25 %, de son niveau d’avant la crise (3,50 %). Et pourtant, elle a systématiquement raté à la baisse sa cible durant toutes ces années avec un taux d’inflation annuel moyen d’environ 1,5 % alors que sa cible est de 2 %.

Des chercheurs de l’Institut C.D. Howe pensent avoir compris pourquoi. Dans une étude dévoilée mardi, Steve Ambler et Jeremy Kronick rapportent que le vieillissement de la population apparaît être l’un des principaux facteurs à avoir émoussé l’efficacité de la politique monétaire de la Banque du Canada.

Ce phénomène tient notamment au fait que c’est surtout lorsqu’on est plus jeunes qu’on a recours au crédit pour s’acheter, par exemple, une maison ou une voiture, et, qu’à mesure qu’on vieillit, le niveau d’endettement, et donc de sensibilité à la hausse ou à la baisse des taux d’intérêt, tend à diminuer. Cela tiendrait aussi au fait qu’à mesure qu’on s’approche de la retraite, on sait de plus en plus qu’on sera dépendant des intérêts générés par ses économies et que, par conséquent, une réduction des taux d’intérêt par la Banque du Canada n’est pas perçue comme une promesse de crédit plus facile, mais comme l’annonce d’une baisse de revenus.

L’étude du C.D. Howe estime ainsi qu’en 1992, on pouvait espérer qu’une baisse de 1 point de pourcentage du taux directeur de la Banque du Canada fasse remonter l’inflation de 0,49 point et baisser le taux de chômage de 1,5 point. Aujourd’hui, la même baisse des taux d’intérêt aurait moins d’impact sur l’inflation (+0,40 point) et ne changerait rien au taux de chômage.

On peut logiquement déduire que, plus une société est aux prises avec un vieillissement prononcé de sa population et plus ce phénomène est marqué, a observé le coauteur de l’étude et professeur à l’Université du Québec à Montréal Steve Ambler, en entretien téléphonique au Devoir. Ce serait le cas notamment du Québec, où la proportion de personnes âgées a crû presque deux fois plus vite qu’en Ontario et six fois plus vite qu’en Alberta.

Gros freinage en vue

Ces constats seront très utiles la prochaine fois que la Banque du Canada sera aux prises avec un ralentissement de l’économie et qu’elle voudra lui insuffler de la vigueur. Ils indiquent non seulement que son action devra être plus vigoureuse qu’autrefois pour être efficace, mais que cela risque aussi de la pousser très rapidement à abaisser son taux directeur à son plancher absolu de 0 % et de la forcer ensuite à recourir à des moyens d’intervention plus inhabituels, comme l’injection massive de liquidités.

Les constats de l’étude pourraient cependant être utiles bien avant cela, alors que la plupart des banques centrales, y compris au Canada, se demandent plutôt aujourd’hui quand et comment elles devraient remonter leurs taux d’intérêt pour ne pas se faire surprendre par un retour de l’inflation.

On peut en effet penser, dit Steve Ambler, que les facteurs qui ont joué durant les politiques expansionnistes de la Banque du Canada joueront aussi lorsqu’elle voudra resserrer les conditions monétaires, mais à l’envers. « Comme il faut désormais peser plus fort sur l’accélérateur pour stimuler l’économie, il faudra logiquement aussi peser plus fort sur les freins pour la ralentir », annonce l’expert.