Budget 2018-2019 du Québec: le ministre Leitão ouvre le portefeuille

Le ministre des Finances, Carlos Leitão
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Finances, Carlos Leitão

Réinvestissements en santé et en éducation, manne pour la culture, baisses d’impôts pour les PME : le budget présenté par le ministre Carlos Leitão – le 150e budget du Québec – ouvre les vannes des dépenses publiques à la veille des élections provinciales.

Un budget qui reste équilibré
Fidèle à ses habitudes, le ministre des Finances du Québec garde le cap sur le déficit zéro. Le budget 2018-2019 s’annonce ainsi comme équilibré, d’après les données fournies par le gouvernement Couillard. Une interprétation toutefois contestée par les partis d’opposition, qui critiquent unanimement son recours à la réserve de stabilisation.

Un montant de 2 milliards par année sera aussi tiré du Fonds des générations pour réduire la dette provinciale, qui devrait représenter 49,6 % du PIB québécois en 2018, un taux qui reste élevé comparativement aux autres provinces canadiennes.

Mais le ministre Leitão ne se gêne toutefois pas pour dépenser les sommes supplémentaires récoltées grâce à la croissance du PIB de la province en 2017 : +3 %, plutôt que le +1,7 % prévu — la meilleure performance depuis une vingtaine d’années, aime rappeler le gouvernement libéral, qui prévoit une croissance de +2,1 % en 2018.

Le rythme de croissance des dépenses prend ainsi son envol : +5,2 % (pour un total de 111,2 milliards de dollars), comparativement aux +4,1 % annoncés lors du budget de l’an dernier.


Une taxe sur les produits Netflix (et les autres) dès janvier
On l’attendait depuis l’automne dernier, quand le fédéral a pris la décision inverse. À compter du 1er janvier prochain, la TVQ sera appliquée sur les biens intangibles (la musique ou les films, pr exemple) fournis par des plateformes numériques étrangères, comme Netflix ou Apple.

De l’argent pour le réseau de la santé, mais…
En santé, le gouvernement libéral a décidé d’investir comme jamais. Les dépenses augmenteront de 1,8 milliard (+4,3 %) cette année. C’est donc 42,1 milliards de dollars – soit 37,8 % du budget entier de l’État québécois – qui devraient y être consacrés en 2018-2019.

Petite surprise dans les documents budgétaires : la rémunération des médecins semble avoir peu de conséquence sur le budget 2018-2019, qui estime la hausse à seulement 44 millions de dollars. Le ministre Carlos Leitão a même souligné, non sans fierté, qu’elle comptait pour moins de 20 % du budget de la santé pour la première fois.

Mais ces données étonnantes s’expliquent par le report aux années qui viennent d’une grande portion de la hausse, dont 352 millions en 2019-2020.

Réinvestissement en éducation
Du côté du monde de l’éducation, qui accapare environ 25 % du budget total de la province, Québec augmentera ses dépenses de 5 % par rapport à l’an dernier, pour un total d’environ 19 milliards pour l’année 2018-2019.

De cette somme, 234 millions seront déployés pour la réussite éducative et la mise en œuvre d’un plan d’action numérique dans les écoles du Québec.

1500 professionnels supplémentaires devraient aussi entrer en poste dès septembre prochain pour accompagner les élèves du primaire et du secondaire.

Le budget Leitão prévoit également de consacrer 153 millions afin de « moderniser » le financement des cégeps et des universités.

Des milliards dans les transports
Du côté des transports, le gouvernement Couillard met aussi la table pour le dévoilement de sa Politique de mobilité durable en ajoutant 1,8 milliard de dollars consacrés à diverses mesures en transports. Une somme qui s’ajoute au 1,7 milliard investi l’an dernier, pour un total de 3,5 milliards de dollars d’ici cinq ans.

Ces fonds doivent servir à « améliorer l’offre de services de transport collectif », mais aussi à financer l’entretien des routes.

Ces investissements directs s’ajoutent aux trois importants projets que sont le Réseau express métropolitain (REM), le projet « structurant » de Québec et le prolongement de la ligne bleue du Montréal de Montréal, un projet évalué à 3,9 milliards de dollars.

De l’air pour les PME
Les PME demandaient qu’on leur réserve une place dans le budget ; le gouvernement Couillard leur a répondu.

Leur fardeau fiscal baissera de 229 millions dès l’an prochain. Et Québec injectera un peu plus de 100 millions dans diverses mesures devant appuyer le développement de la main d’œuvre.

Les PME des secteurs des services et de la construction verront leur taux d’imposition passer de 8 % à 4 % ; elles bénéficieront également d’une diminution de la taxe sur la masse salariale. Sur cinq ans, ces deux mesures pourraient coûter 2,17 milliards.

Par ailleurs, sur la somme de 106 millions consacrée au marché du travail — qui pourrait grimper à 810 millions sur cinq ans —, Québec prévoit environ 25 millions pour l’intégration des immigrants, ce qui comprend le volet recrutement, et 37 millions pour les travailleurs d’expérience.

Une manne pour la culture
Habitué aux budgets serrés, le secteur de la culture reçoit des sommes considérables dans ce cinquième budget Leitão.

Québec octroie ainsi 509 millions sur cinq ans pour la mise en œuvre de la politique culturelle, qui sera détaillée dans les prochains jours par la ministre de la Culture. On connaît toutefois déjà les grandes orientations : rapprocher la culture des jeunes ; favoriser la création et l’excellence ; appuyer la culture dans les régions ; et déployer la culture dans l’espace numérique.

Outre ces sommes, le budget du ministère passera d’ailleurs de 701,2 millions cette année à 778,3 millions en 2018-2019. C’est une hausse de 11 %, « la plus importante hausse annuelle depuis près de deux décennies », vante le gouvernement.

Une aide importante aux médias québécois
Dans le cadre de la politique culturelle, ce cinquième budget Leitão annonce de l’aide pour les médias québécois étouffés par la chute des revenus publicitaires : il crée un crédit d’impôt de 35 % sur les dépenses liées au virage numérique. Au total, la mesure coûtera près de 65 millions sur cinq ans à Québec. Tous les médias établis seront admissibles, avec un montant plafond annuel de 7 millions par média.

Justice et cannabis

Pour combler le « retard technologique significatif » du système de justice québécois – et tenter de mitiger les effets de l’arrêt Jordan, qui impose des limites de temps aux procédures judiciaires –, le gouvernement libéral annonce également l’investissement de 500 millions de dollars d’ici 2023. À ces montants s’ajoutent 580 millions sur 10 ans prévus pour la modernisation des palais de justice.

Toujours sur le plan de la justice, alors que le projet de légalisation du cannabis continue son chemin à Ottawa, Québec continue de se préparer.

Le budget Leitão prévoit ainsi un total de 60 millions de dollars sur deux ans en appui aux municipalités. Ces sommes iront notamment aux différents corps de police de la province. Rappelons que les villes réclamaient le tiers des revenus engendrés par la vente de cannabis.

Des cadeaux préélectoraux ?
L’imminence des élections se fait sentir dans le document déposé mardi par le gouvernement libéral. Quelques mesures visant des clientèles bien précises sont saupoudrées au fil du document, dont certaines parfois surprenantes.

Québec créera, par exemple, un crédit d’impôt pour les grands-parents hébergeant leurs petits-enfants aux études. Une mesure qui coûtera 2 millions par an et qui devrait toucher 10 000 personnes, selon la province.

Une somme de 24,5 millions de dollars sur six ans sera aussi dédiée à la communauté anglophone du Québec. Elle ira notamment à la création du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, récemment créé par le gouvernement Couillard.

Mais certaines de ces mesures sont plus importantes. Les acheteurs d’une première maison pourront ainsi se prévaloir d’un nouveau crédit d’impôt d’un maximum de 750 $, un geste que le ministre des Finances a expliqué mardi par la hausse du prix des propriétés dans la province. Dans le même ordre d’idées, Québec a aussi prolongé le programme RénoVert, qui devait prendre fin cette année.


Avec la collaboration de Guillaume Levasseur, François Desjardins, Marie-Michèle Sioui, Guillaume Bourgault-Côté, Isabelle Porter, Alexandre Shields et Jessica Nadeau