La remontée des taux d’intérêt se poursuit pour la Fed

Jerome Powell a présidé sa première réunion de politique monétaire depuis le départ, en janvier, de sa prédécesseure, Janet Yellen.
Photo: Alex Wong Getty Images / Agence France-Presse Jerome Powell a présidé sa première réunion de politique monétaire depuis le départ, en janvier, de sa prédécesseure, Janet Yellen.

Témoin d’une amélioration des perspectives économiques aux États-Unis, la Réserve fédérale américaine relève ses taux d’intérêt et signale qu’elle le refera probablement au moins deux autres fois cette année.

Comme cela était largement attendu, la Fed a haussé, mercredi, son taux directeur de 0,25 point de pourcentage pour le placer dans une étroite fourchette allant de 1,50 % à 1,75 %. C’était la sixième hausse du genre depuis la fin de la Grande Récession, durant laquelle la banque centrale américaine avait dû réduire le loyer de l’argent à son plancher absolu en plus d’injecter pour quelque 4000 milliards en liquidités.

Les membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) en ont aussi profité pour réviser à la hausse leurs prévisions économiques du mois de décembre. Prenant notamment acte de la « stimulation économique » apportée par les récentes baisses d’impôt de 1500 milliards et l’augmentation du plafond des dépenses du gouvernement Trump de 300 milliards, ils ont fait passer de 2,5 % à 2,7 % leur prévision de croissance médiane pour cette année et de 2,1 % à 2,4 % pour l’année prochaine, mais ont laissé à 2 % leurs prévisions pour 2020.

Sur le front de l’emploi, ils s’attendent désormais à ce que le taux de chômage, aujourd’hui à 4,1 %, descende aussi bas que 3,8 % cette année et 3,6 % les deux années suivantes, même s’ils estiment que le niveau d’équilibre à long terme tourne plutôt aux alentours de 4,5 %.

Trois ou quatre hausses ?

Malgré ce renforcement de l’économie, « on ne se sent pas sur le point d’assister à une envolée de l’inflation », a observé en conférence de presse Jerome Powell, qui venait de présider sa première réunion de politique monétaire depuis le départ, en janvier, de sa prédécesseure, Janet Yellen. C’est peu dire. En fait, les membres du FOMC ont laissé inchangées leurs prévisions d’inflation pour cette année (1,9 %) et l’an prochain (2 %), et les ont à peine relevées pour 2020, de 2 % à 2,1 %.

Plusieurs observateurs croyaient que l’adoption par le gouvernement Trump de politiques fiscales expansionnistes, alors que l’économie semble déjà tourner à plein régime, allait forcer la Fed à donner un coup de frein pour éviter la surchauffe. Concrètement, ils s’attendaient à ce qu’une majorité de membres du FOMC entrevoit non plus seulement trois, mais quatre hausses de leur taux directeur cette année, contrairement à ce qu’ils pensaient encore en décembre.

Or, les tableaux synthèses publiés après leur réunion montrent qu’il s’en est fallu de bien peu, mais que c’est plutôt l’an prochain qu’ils prévoient désormais trois hausses plutôt que deux. Selon la médiane de leurs projections, le taux de leur principal outil d’intervention pourrait être autour de 3,5 % en 2020, soit légèrement plus restrictif que le 3 % qu’ils considèrent désormais être le taux neutre.

Entre le danger de remonter trop vite les taux et de tuer la croissance, et celui de les laisser trop bas et de perdre le contrôle de l’inflation, « on a choisi d’emprunter une voie mitoyenne », a expliqué Jerome Powell.

Quelle guerre commerciale ?

Malgré les questions insistantes des journalistes, Jerome Powell ne s’est pas beaucoup avancé sur les éventuelles conséquences sur la croissance économique et le niveau des prix des tarifs douaniers de Donald Trump contre les importations d’acier et d’aluminium qui doivent entrer en vigueur jeudi, ni des autres menaces de sanctions commerciales contre la Chine, ni des promesses de représailles des pays visés. Le président de la Fed a seulement indiqué, à propos de la guerre commerciale, que les milieux d’affaires se montrent de plus en plus inquiets devant cette « sorte de risque » qui pourrait devenir « plus important ». « Je ne peux pas être plus précis que cela », a-t-il ajouté.

Son homologue de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s’était montré beaucoup plus explicite, au début du mois, affirmant qu’« un virage vers le protectionnisme poserait un risque sérieux pour la croissance de la productivité et la croissance potentielle de l’économie mondiale ».