Le G20 Finances craint que les tensions ne plombent la croissance

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, s’est attaqué directement aux pratiques commerciales de la Chine.
Photo: Natacha Pisarenko Associated Press Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, s’est attaqué directement aux pratiques commerciales de la Chine.

Les États-Unis ont maintenu la pression mardi sur la Chine lors du G20 Finances de Buenos Aires, assurant qu’ils ne craignaient pas une guerre commerciale, mais sans dévoiler si les pays alliés de Washington seraient exemptés des taxes de Donald Trump.

La guerre commerciale « n’est pas notre objectif, mais nous n’en avons pas peur », a assuré le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, au terme de la réunion des ministres des Finances du G20. M. Mnuchin s’est attaqué directement aux pratiques commerciales de la Chine : « Il y a un désir général au sein du G20 de voir la Chine ouvrir ses marchés de manière à ce que nous puissions y entrer comme ils le font chez nous, dans une relation commerciale beaucoup plus équilibrée et réciproque », a-t-il affirmé. Il n’a fait aucune allusion à d’autres pays, notamment les alliés des États-Unis qui demandent à être exemptés de ces taxes, comme c’est déjà le cas pour le Mexique et le Canada.

À défaut de condamner les taxes de Donald Trump ou les surcapacités d’acier chinoises, les ministres des Finances du G20 ont redouté mardi que les « tensions économiques » ne plombent la croissance mondiale, à un moment où planent les risques de guerre commerciale. « Nous avons parlé des principaux risques pour les perspectives [de croissance], parmi eux les vulnérabilités qui pourraient être le fruit de resserrement plus rapide que prévu des conditions financières et de tensions économiques et géopolitiques », ont affirmé les grands argentiers du G20 dans leur communiqué final après leur réunion de deux jours.

Le texte, approuvé trois jours après l’entrée en vigueur des taxes américaines de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium, survient à un moment où les deux grandes puissances économiques mondiales se livrent à un bras de fer sur l’acier, dont les Européens et d’autres alliés des États-Unis pourraient être les victimes collatérales. « On a senti la volonté de la part des Américains de réduire les tensions », ont expliqué à l’AFP des sources de Bercy après la rencontre lundi à Buenos Aires entre le ministre des Finances Bruno Le Maire et Steven Mnuchin en marge de la réunion.

Les Européens demandent aux États-Unis de les exempter des taxes douanières, rappelant qu’ils sont des alliés de Washington et qu’ils ne sont pas la source du problème, contrairement à la Chine.

Au milieu de ces tensions, le G20 Finances a rappelé que la solution passe par le multilatéralisme, mis à mal par l’incapacité de la communauté internationale à régler jusqu’à présent les problèmes de surcapacité d’acier ou pour empêcher les mesures unilatérales des États-Unis. « L’UE ne souhaite pas l’escalade commerciale. Elle ne souhaite pas la guerre commerciale, mais elle se tient prête à réagir, même si notre option préférée reste le dialogue », a affirmé à l’AFP le commissaire Pierre Moscovici. « Nos contre-mesures sont prêtes », a-t-il prévenu.

Autre sujet de tension entre les États-Unis et l’Europe : la taxation des géants du numérique, ou GAFA. Cet acronyme désigne les quatre mastodontes américains du secteur (Google, Amazon, Facebook, Apple), dont les pratiques d’optimisation fiscale sont régulièrement dénoncées. M. Moscovici a fait un rapide aller-retour à Buenos Aires pour rassurer principalement les États-Unis lors d’une intervention mardi devant le G20 Finances, juste avant de prendre l’avion et de rentrer à Bruxelles pour présenter mercredi sa proposition de taxation des géants du numérique. « Il ne s’agit en rien de mesures qui sont une riposte à une situation et il ne s’agit en rien d’une mesure antiaméricaine », a-t-il affirmé, soulignant que la proposition européenne allait au-delà des GAFA et concernait l’ensemble des groupes du numérique.

Dans leur communiqué, les ministres se sont engagés à « travailler ensemble pour chercher une solution consensuelle d’ici 2020 » sur la taxation des géants du numérique.