Commerce: les États-Unis et la Chine «montrent leurs muscles» au G20 Finances

Ouverture du G20 Finances, ce lundi à Buenos Aires
Photo: G20 Press Office Agence France-Presse Ouverture du G20 Finances, ce lundi à Buenos Aires

Les États-Unis et la Chine, dont les différends commerciaux font craindre une guerre commerciale, ont « montré leurs muscles » dès l’ouverture lundi du G20 de Buenos Aires, où ils cherchent à imposer leurs positions dans le communiqué final de la réunion.

Le rendez-vous de Buenos Aires, premier de la présidence argentine du G20, intervient quatre jours seulement avant l’entrée en vigueur, vendredi, des droits de douane américains de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium, à l’exception du Canada et du Mexique.

Comme à chaque rencontre du G20 depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a un peu plus d’un an, la rédaction du communiqué de la rencontre de Buenos Aires donne aussi lieu à une lutte acharnée entre les deux principales économies mondiales. « Le communiqué devrait reconnaître qu’il y a des tensions commerciales », ont expliqué à l’AFP des sources proches des négociations.

« Le texte ne cherchera pas à cacher ces tensions, mais il devrait toutefois souligner qu’une solution collective demeure la meilleure option », ont-elles ajouté, précisant que « la Chine et les États-Unis montrent chacun leurs muscles pendant la négociation du texte final du communiqué », qui sera diffusé mardi à la fin de la rencontre.

Si les mesures américaines visent essentiellement la Chine, dont les surcapacités de production d’acier sont décriées depuis des années par ses partenaires, les alliés européens de Washington se retrouvent également dans la ligne de mire de M. Trump, qui s’en prend régulièrement aux excédents commerciaux allemands. Au cours des derniers jours, les Européens ont tenu à réaffirmer leur unité face aux États-Unis et les gestions diplomatiques se multiplient pour éviter que les taxes sur l’acier débouchent sur un affrontement commercial. « Diviser l’Europe ne peut être dans l’intérêt du gouvernement américain, et il n’y parviendra pas », a déclaré le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, au quotidien économique allemand Handelsblatt, avant de se rendre à Washington pour y rencontrer ses homologues américains.

Le ministre argentin de l’Économie, Nicolas Dujovne, a saisi l’occasion pour demander au secrétaire d’État au Trésor, Steve Mnuchin, une exemption pour l’acier et l’aluminium de son pays.

Autre sujet de tension entre les États-Unis et l’Europe : la taxation des géants du numérique, ou GAFA. Cet acronyme désigne les quatre mastodontes américains du secteur (Google, Amazon, Facebook, Apple), dont les pratiques d’optimisation fiscale sont régulièrement montrées du doigt. Avant la réunion de Buenos Aires, les membres du G20 ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la manière de les imposer ni à long terme ni à court terme, ouvrant la voie à des mesures unilatérales en attendant que la communauté internationale se mette d’accord sur un accord global.

L’élaboration du communiqué reflète ces difficultés. Les pays du G20 devraient y exprimer « la volonté de travailler ensemble pour trouver une solution d’ici 2020 », ont indiqué les sources à l’AFP. La question est de savoir s’ils vont mentionner « leurs points de vue divergents » dans le texte, ont-elles ajouté. La Commission européenne doit présenter ses propres mesures dès mercredi à Bruxelles dans la foulée du G20 Finances de Buenos Aires.

Dans une lettre adressée à M. Mnuchin, le commissaire européen Pierre Moscovici a tenté de calmer le jeu en assurant que son projet n’était pas « une taxe GAFA ». Interrogé par l’AFP, M. Moscovici, qui s’exprimera mardi devant les ministres des Finances du G20, a nié qu’il s’agisse de représailles après les mesures de M. Trump sur l’acier. « Ces propositions ne sont ni une réponse à une demande française ni une riposte contre les États-Unis », a-t-il assuré.

Il n’empêche que M. Mnuchin a lancé un avertissement dès vendredi. « Les États-Unis s’opposent fermement aux propositions de quelque pays que ce soit de cibler les compagnies numériques », a-t-il prévenu.

Dans ce contexte tendu, les ministres des grandes puissances éviteront une fois de plus de condamner le « protectionnisme », mot banni des déclarations du G20 depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a un peu plus d’un an. Il devrait être remplacé par une pudique critique des « inward looking policies », c’est-à-dire « des politiques tournées vers l’intérieur ».