Le Mercosur reste la meilleure chance du Canada auprès des puissances émergentes

Le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, et ses homologues sud-américains. Le premier cycle de ces nouvelles négociations se tiendra cette semaine à Ottawa.
Photo: Jorge Saenz Associated Press Le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, et ses homologues sud-américains. Le premier cycle de ces nouvelles négociations se tiendra cette semaine à Ottawa.

Les négociations commerciales entreprises par le Canada avec le Mercosur (Marché commun du Sud) seront probablement longues et leurs retombées se feront attendre, mais elles restent sa meilleure chance, pour le moment, de conclure une entente de libre-échange avec l’une des principales puissances économiques émergentes.

Le premier cycle de ces nouvelles négociations se tiendra cette semaine à Ottawa. Le Canada y voit l’occasion de conclure une entente de libre-échange avec le quatrième plus grand bloc commercial du monde, composé du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay qui comptent ensemble 260 millions d’habitants et un produit intérieur brut de 3200 milliards de dollars canadiens. Un bloc avec lequel le Canada n’échangeait l’an dernier qu’un maigre 9 milliards de dollars en biens et services.

« Ne retenez pas votre souffle », prévient le professeur de sciences politiques de l’Université de Montréal et spécialiste de l’Amérique du Sud Philippe Faucher. Il a fallu presque 15 ans d’approches et de discussions au Canada et au Mercosur avant de convenir de lancer officiellement leurs négociations.

Et elles n’arrivent probablement toujours pas très haut dans les priorités du géant économique dans cette histoire, le Brésil, estime l’expert, mais ça ne fait rien. « Le projet a malgré tout son intérêt de part et d’autre.

Il s’agit principalement de convenir de règles communes pour se protéger contre les soubresauts de la conjoncture dans une région souvent marquée par l’instabilité.

Pour le moment, l’activité économique est au ralenti [dans les pays du Mercosur], mais lorsque la croissance reviendra, le Canada sera heureux d’être considéré comme un partenaire. »

Au Canada, on espère entre autres gagner un meilleur accès dans l’automobile, les produits chimiques, l’aluminium, la machine et les produits pharmaceutiques.

On voudrait se tailler une meilleure place aussi dans le domaine des services, notamment dans l’énergie, les industries extractives, les infrastructures et l’environnement. Comme pour toutes les nouvelles négociations commerciales, on promet également de donner un côté « progressiste » au projet en y intégrant des dispositions en matière de droits des travailleurs, de protection de l’environnement, de promotion de l’égalité homme-femme et de droits des autochtones.

Le Venezuela s’est joint au Mercosur en 2012. Il en a toutefois été suspendu en août dernier par les quatre autres membres qui ont reproché au gouvernement de Nicolas Maduro ses violations à la démocratie et son non-respect de certaines clauses de l’accord.

Pour les pays du Mercosur, ce serait entre autres l’occasion de diversifier leurs échanges. Pendant longtemps, les échanges commerciaux du Brésil étaient pour un tiers avec l’Europe, un tiers avec les États-Unis et un tiers avec le reste du monde, explique Philippe Faucher.

« Aujourd’hui, la Chine représente, à elle seule, environ 40 % et a profondément perturbé le commerce des matières premières et des produits agricoles. »

 

Fortes variations de l’inflation

L’idée d’un bloc commercial du Mercosur peut être trompeuse, avertit l’expert. « Les échanges commerciaux progressent moins entre les pays du bloc qu’entre chaque pays et le reste du monde », souligne-t-il.

Les difficultés de cette intégration tiennent entre autres aux fortes variations de l’inflation entre les voisins, ce qui complique leurs échanges.

Les éventuels investisseurs canadiens devront se rappeler qu’ils ont affaire à des pays en développement aux « économies qui n’ont pas été très performantes depuis de nombreuses années », où l’on préfère généralement inciter les entreprises à venir s’installer sur place plutôt que d’importer leurs productions et où l’État occupe une place importante dans l’économie.

Mais si le Canada cherche à diversifier ses échanges commerciaux, et qu’il veut particulièrement profiter de la formidable croissance à laquelle semblent promises les nouvelles puissances économiques émergentes, le Brésil et le Mercosur restent probablement sa meilleure chance, dit Philippe Faucher. La dernière visite en Chine du premier ministre canadien, Justin Trudeau, ne s’est pas très bien passé cet automne. Celle du mois dernier en Inde, on n’en parle même pas. Quant à la Russie, on repassera.