Justin Trudeau vient rassurer les travailleurs des aciéries ontariennes

Le premier ministre Justin Trudeau, lors de sa visite chez ArcelorMittal Dofasco, à Hamilton
Photo: Tara Walton La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau, lors de sa visite chez ArcelorMittal Dofasco, à Hamilton

Hamilton — Le premier ministre Justin Trudeau a répété mardi que l’argument de la sécurité nationale invoqué par la Maison-Blanche pour envisager des tarifs douaniers sur les importations canadiennes d’aluminium et d’acier ne tient pas la route.

M. Trudeau soutient qu’il répète au président américain, Donald Trump, depuis plus d’un an que ces importations ne constituent pas une menace pour la sécurité nationale des États-Unis.

Après sa visite dans une aluminerie de Saguenay lundi, le premier ministre poursuit mardi à Hamilton en Ontario sa campagne pour rassurer les travailleurs canadiens des secteurs de l’aluminium et de l’acier. M. Trudeau a participé en matinée à une émission de la télévision locale, et il a visité plus tard l’aciérie Stelco.

Le président Trump a récemment exempté le Canada et le Mexique des tarifs douaniers de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, mais la Maison-Blanche garde cette carte dans sa manche jusqu’à nouvel ordre. M. Trudeau a promis mardi matin de maintenir la pression sur le président Trump sur ces tarifs, mais aussi à la table de négociation pour un renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain.

« L’argument de la sécurité nationale ne tient pas pour ce qui concerne le Canada », a répété mardi M. Trudeau sur les ondes de la station CHCH, comme il l’avait fait la veille sur des réseaux américains. « Notre acier, notre aluminium sont dans leurs chars d’assaut, leurs navires et leurs avions. »

Pékin rejette les accusations

Accusée par le Canada de « dumping » dans la sidérurgie, la Chine a répondu mardi avoir « pris des mesures concrètes » pour réduire ses surcapacités et jugé que l’offre excédentaire mondiale était « un problème planétaire » qu’aucun pays ne résoudrait seul. Justin Trudeau a accusé lundi la Chine d’inonder le marché mondial avec sa surproduction d’aluminium et d’acier écoulée à des prix au rabais, provoquant ainsi une « concurrence déloyale » pour les sidérurgistes nord-américains.

« En réalité, la Chine se montre extrêmement déterminée et a pris des mesures concrètes pour réduire ses capacités excédentaires dans l’acier », des efforts « qui lui ont coûté beaucoup », s’est insurgé mardi Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

De loin le premier pays producteur, la Chine assure avoir réduit l’an dernier de plus de 50 millions de tonnes ses colossales capacités de production. Face aux pressions occidentales, le géant asiatique s’était engagé à sabrer ses capacités de production — qui dépassaient 1,1 milliard de tonnes en 2016 — de 150 millions de tonnes entre 2016 et 2020, objectif qui pourrait être atteint dès cette année, selon les autorités.

Lors d’un sommet du G20 en septembre 2016 à Hangzhou, Pékin avait supervisé le lancement d’un « forum mondial sur les surcapacités de l’acier » destiné à évaluer les efforts des États pour réduire l’offre. L’OCDE a appelé la semaine dernière ce forum à « accélérer ses efforts » : « Certains gouvernements continuent de subventionner […] la sidérurgie, exacerbant les déséquilibres entre offre et demande », a déploré l’organisation, sans citer de pays.

Lu Kang n’a cependant pas mentionné l’aluminium, également évoqué par Justin Trudeau. La Chine est également épinglée pour ses colossales capacités excédentaires dans ce domaine : ses exportations d’aluminium pour les deux mois de janvier et février ont bondi de 26 % sur un an, à 817 000 tonnes, selon les douanes.