Washington impose des droits «antidumping» sur le papier journal canadien

Les taux «antidumping» s’ajoutent à des droits compensateurs, annoncés en janvier, se situant entre 0,65% et 9,93%.
Photo: Sabrina dei Nobili Getty Images Les taux «antidumping» s’ajoutent à des droits compensateurs, annoncés en janvier, se situant entre 0,65% et 9,93%.

En plus des droits compensateurs imposés plus tôt cette année, l’industrie canadienne du papier journal fera également face à des tarifs antidumping, a annoncé mardi soir le département du Commerce américain dans une décision qui épargne Produits forestiers Résolu et White Birch.

Washington, qui répond ainsi à la plainte déposée l’an dernier par NORPAC, un petit producteur de l’État de Washington, a établi un taux antidumping préliminaire de 22,16 % pour Catalyst et de 22,16 % pour les autres. Les taux évoqués par la plainte se situaient entre 23,45 % et 54,97 %. Le taux pour White Birch et Résolu est de 0 %.

« Le président Trump a dit dès le début que nous allions mettre en oeuvre nos lois commerciales pour protéger l’industrie américaine contre les pratiques déloyales », a dit le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross. « La décision fait suite à une enquête ouverte et transparente. »

Les taux antidumping s’ajoutent à des droits compensateurs, annoncés en janvier, se situant entre 0,65 % et 9,93 %.

Washington annoncera son jugement final le 2 août, a indiqué le département, qui estime à 1,27 milliard les exportations canadiennes de papier mécanique non couché en 2016.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec a dénoncé la décision en affirmant que la plainte de NORPAC n’est « pourtant pas liée à nos pratiques commerciales, mais à la demande et au marché ».

Selon la plainte de NORPAC, une société détenue par un fonds de couverture basé à Wall Street, les producteurs canadiens bénéficient d’un régime forestier avantageux et jouissent du fait qu’ils peuvent, dans certains contextes, vendre de l’électricité aux grands distributeurs.

Or cette plainte, depuis des mois, est vivement contestée aux États-Unis. Des élus et des centaines de journaux voient d’un mauvais oeil une hausse des prix du papier dans un contexte déjà difficile pour la presse écrite face aux géants numériques.

Usines québécoises

Lors de la décision sur les droits compensateurs, publiée au mois de janvier, on estimait que les dix usines québécoises touchées comptent environ 2000 travailleurs. Résolu détient cinq de ces usines, comparativement à deux pour Kruger et trois pour White Birch.

« Il n’y a peut-être jamais eu de cas comme celui-ci, où une seule entreprise non seulement présume qu’elle parle au nom des autres, mais les contredit, tout comme elle contredit ses clients, en prétendant défendre leurs intérêts », a écrit Résolu dans une lettre transmise au département du Commerce lundi. La compagnie répliquait ainsi à une lettre envoyée par NORPAC dans laquelle la société américaine disait défendre l’industrie américaine et celle de certains États, dont l’État de Washington, le Mississippi et la Géorgie.

En réalité, a rétorqué Résolu, les « seuls emplois américains » dans le papier mécanique non couché au Mississippi et en Géorgie se trouvent dans les usines de Résolu.

« Le plaignant ne représente même pas la majorité des emplois du secteur dans son propre État », a ajouté Résolu. « Résolu a informé le secrétaire du Commerce que la méthode du loup solitaire adoptée par NORPAC pour demander des droits compensateurs et antidumping n’ont aucune chance de protéger les emplois américains. »

À lui seul, le producteur Résolu, qui compte des usines à Alma, Gatineau et Amos, entre autres, estimait que ses droits compensateurs de 4,42 % annoncés en janvier 2018 équivaudraient à des paiements de 45 millions par année à la frontière américaine.

Les droits sur le papier mécanique non couché — utilisé pour l’impression de journaux et celle des livres — constituent la dernière tuile des producteurs forestiers. Ceux-ci ont déjà encaissé des droits sur le papier surcalandré en 2015 et les droits punitifs sur le bois d’oeuvre en 2017.