La hausse des taux d’intérêt pèsera sur la croissance au Canada

L’économie canadienne ne pourra tenir le rythme avec des consommateurs essoufflés.
Photo: Elise Amendola Associated Press L’économie canadienne ne pourra tenir le rythme avec des consommateurs essoufflés.

L’économie ne pourra plus compter sur la contribution de Canadiens endettés. La Banque Royale prévoit que la hausse des taux d’intérêt amorcée l’an dernier pèsera de tout son poids en 2018 et l’an prochain.

L’économie canadienne ne pourra tenir le rythme avec des consommateurs essoufflés. La progression de 3 % du PIB en 2017, soutenue par l’augmentation de 3,5 % des dépenses de consommation, ralentira pour s’établir à 1,9 % cette année et pour décélérer à 1,6 % en 2019, estime Craig Wright, premier vice-président et économiste en chef, RBC. En novembre dernier, au cours d’une entrevue au Devoir, l’économiste tablait sur une progression de 2,1 % du PIB canadien cette année.

« Nous prévoyons que la hausse des taux d’intérêt pèsera sur le budget des Canadiens endettés tout au long de 2018. Cela dit, la vigueur du marché du travail et l’augmentation des salaires feront contrepoids. Les consommateurs canadiens freinent les dépenses, mais nous nous attendons à ce que les investissements des entreprises et les dépenses en immobilisations gouvernementales contribuent davantage à l’économie. »

L’analyste n’anticipe toutefois pas de choc majeur sur le marché immobilier, qui devrait plutôt se refroidir et tendre à revenir à l’équilibre. Il parle d’amélioration des conditions de l’offre et de la demande, avec une continuité du recul des ventes résidentielles. Avec le resserrement des règles hypothécaires, la poussée des prix, de 11,1 % en moyenne l’an dernier, serait ramenée autour de 2,2 % en 2018. Quant à l’endettement des ménages, « en regardant les frais de service de la dette par rapport au revenu, on obtient une meilleure idée, et ce ratio est relativement stable depuis plusieurs années », soulignait-il en novembre.

La trame économique de 2018 composera également avec l’incertitude entourant la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain, ajoute Craig Wright, qui n’aborde pas les multiples attaques protectionnistes du gouvernement américain.

Sur le plan provincial, le prévisionniste évoque des risques d’importants déficits pour les provinces pétrolières, en raison d’une baisse des redevances sur les ressources malgré l’augmentation attendue du prix du pétrole. « Les autres provinces, qui ont atteint l’équilibre budgétaire, tirent parti de la vigueur de l’économie nationale pour délier les cordons de la bourse afin de stimuler les dépenses visant les infrastructures et les programmes. »

Ainsi, l’Ontario bénéficiera de la vigueur du marché du travail, de la hausse marquée des salaires et de l’augmentation des dépenses en immobilisations. Son PIB augmenterait de 2 % en 2018. Même scénario pour le Québec, qui verrait son PIB croître de 1,9 % en 2018, contre 3 % l’an dernier.

États-Unis

Aux États-Unis, Craig Wright estime que la réforme fiscale fera son oeuvre. « Profitant d’une profonde réforme fiscale, de la vigueur du marché du travail et de bilans positifs, la croissance de l’économie devrait s’établir à 2,5 % en 2018, principalement stimulée par les dépenses de consommation », écrit-il.

Quant aux entreprises, cette réforme les incitera à transformer les économies d’impôt en une accélération des investissements sous forme de machinerie et d’équipements. « On s’attend à ce que la réforme fiscale des États-Unis fasse progresser le PIB de 0,4 point de pourcentage en 2018 et de 0,3 point de pourcentage en 2019 », ajoute-t-il, au prix d’un ajout de 1000 milliards à la dette nationale.

Donc, toujours pas de récession en vue malgré la longévité de l’actuel cycle de croissance. Dans son entrevue au Devoir, Craig Wright écartait ce risque pour les deux années suivantes. Cette probabilité se situerait entre 20 et 25 % sur un horizon de trois à cinq ans, avait-il avancé.