L'endettement des Canadiens attire l’attention internationale

La forte appréciation des prix sur le marché immobilier canadien fait partie des facteurs aggravant la vulnérabilité financière du pays.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La forte appréciation des prix sur le marché immobilier canadien fait partie des facteurs aggravant la vulnérabilité financière du pays.

Les indicateurs de vulnérabilité financière du Canada sont au rouge, prévient la Banque des règlements internationaux (BRI).

Souvent surnommée la « banque centrale des banques centrales », l’organisation internationale basée à Bâle, en Suisse, a dévoilé, dimanche, une étude passant en revue une série d’indicateurs avancés censés aider à sonner l’alerte en cas de danger de future crise financière. Le Canada y atteint des niveaux préoccupants dans l’ensemble des quatre principaux indicateurs considérés, notamment en matière d’endettement des ménages et de dettes détenues par des étrangers, mais plus encore du coût du service de la dette du secteur privé et de l’accélération de cet endettement en proportion de l’ensemble de l’économie, où le Canada « se démarque », avec la Chine et Hong-Kong, par des indicateurs « rouges clignotants », constatent les auteurs de l’étude. Ces derniers relèvent d’autres facteurs aggravants, dont la forte appréciation des prix sur le marché immobilier canadien.

Les experts de la BRI ne se penchent pas plus en détail sur le cas du Canada. Ils notent plutôt que leurs « indicateurs montrent un accroissement des risques dans plusieurs économies ». Leurs graphiques et statistiques en annexe permettent cependant de voir, par exemple, qu’au Canada, l’endettement de l’ensemble des acteurs privés, à l’exception des banques, a grimpé de l’équivalent de 150 % du produit intérieur brut (PIB) à 213 % depuis 2005.

Mises en garde

Les auteurs de l’étude se dépêchent d’ajouter que leurs indicateurs doivent être interprétés avec « considérablement de prudence ». Établis en fonction des crises financières passées, ils ne tiennent pas compte du contexte économique général, ni des particularités de chaque pays. Au mieux, ils peuvent indiquer un risque de crise financière qui a une chance sur deux de se matérialiser, mais parfois pas avant trois ans. De plus, comme les indicateurs sont basés sur les expériences passées, ils peuvent être déjoués par l’évolution de la réalité et l’apparition de nouveaux phénomènes.

L’économiste et stratège en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, estimait pour sa part, lundi, que « les mises en garde de la BRI sur le Canada doivent être prises avec un grain de sel ». Il déplore ainsi qu’elles ne tiennent pas compte des tendances démographiques ni de l’état du marché du travail. Il s’étonne notamment que l’Italie puisse y faire meilleure figure que le Canada, alors que le taux d’emploi de l’une est 50 % moins grand que celui de l’autre.

Il s’appuie également sur une récente analyse de la Banque du Canada, qui soulignait de nombreuses failles de l’indicateur de la BRI sur le poids de la dette privée en proportion de l’économie, qui fait particulièrement mal paraître le Canada.

Publiée en décembre, l’analyse en question faisait notamment valoir que cet indicateur avait tendance à exagérer le problème de l’endettement privé au Canada parce qu’il englobait dans son calcul la dette des sociétés de la couronne — qui profitent pourtant de la solide garantie des gouvernements — ainsi que les prêts effectués entre filiales d’une même compagnie.

Un risque quand même

La BRI n’est pas toutefois pas la seule organisation internationale à se faire du souci pour la santé financière canadienne. Le Fonds monétaire international (FMI) a maintes fois mis en garde le Canada contre le rythme de l’endettement des ménages et de l’accroissement du prix des maisons.

Les autorités canadiennes sont d’ailleurs bien au fait du problème. Dans son plus récent portrait d’ensemble de la situation, la Banque du Canada plaçait encore, au mois de novembre, le niveau élevé d’endettement des ménages au premier rang des vulnérabilités du système financier canadien. Elle déplorait le fait que le crédit aux ménages continue de croître plus vite que leurs revenus et se disait particulièrement préoccupée par la concentration de cette dette entre les mains des familles les plus lourdement endettées.

La Banque du Canada restait cependant relativement optimiste. « Les modifications apportées aux règles de financement du logement, la hausse des taux d’intérêt et la croissance des revenus des ménages devraient, à terme, continuer d’atténuer cette vulnérabilité », estimait-elle.

Entrepris depuis quelques années déjà, le resserrement des règles hypothécaire a eu droit à un nouveau tour de vis en début d’année. Les nouvelles règles obligent désormais les banques à tester le degré de résistance de leurs clients à d’éventuelles hausses des taux d’intérêt avant de leur accorder une hypothèque.