Taxes américaines: alliés et rivaux dénoncent une attaque contre le libre-échange

L’Union européenne et Pékin critiquent notamment le fait que Donald Trump a usé d’un argument de défense nationale pour décider de taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium.
Photo: Joe Lamberti Camden Courier-Post via AP L’Union européenne et Pékin critiquent notamment le fait que Donald Trump a usé d’un argument de défense nationale pour décider de taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium.

Alliés et rivaux des États-Unis ont dénoncé vendredi un net virage protectionniste américain et une attaque en règle contre le libre-échange après l’annonce par Donald Trump de barrières douanières controversées, laissant craindre une guerre commerciale internationale.

Du côté des Occidentaux, l’Allemagne, un des principaux pays exportateurs au monde, a eu une réaction particulièrement vive. Un porte-parole de la chancelière Angela Merkel a dénoncé des mesures « illégales » après que M. Trump a attaqué la veille Berlin pour ses excédents commerciaux et ses dépenses militaires trop faibles dans le même temps à ses yeux. « Trump barricade son pays contre l’avis de son parti, de nombreuses entreprises et des économistes », a martelé aussi la ministre allemande de l’Économie, Brigitte Zypries. « C’est du protectionnisme, c’est un affront envers des partenaires étroits que sont l’UE et l’Allemagne et envers le libre-échange », a-t-elle ajouté.

Les alliés français et britanniques ont aussi dénoncé les mesures américaines, alors que la Chine, deuxième économie mondiale, s’est emportée contre « une attaque délibérée [contre le] système commercial multilatéral ». L’Union européenne et Pékin ont en particulier critiqué le fait que M. Trump a usé d’un argument de défense nationale pour décider de taxes de 25 % sur les importations aux États-Unis d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium.

« Nous ne pouvons pas être une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, donc nous comptons être exemptés », a lâché la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, alors que l’Europe exporte 5 milliards d’euros d’acier et un milliard d’euros d’aluminium par an vers les États-Unis. Pour le ministère chinois du Commerce, il s’agit d’un « abus », et le chef de la diplomatie Wang Yi a promis une « réponse appropriée » en cas de guerre commerciale avec Washington.

En attendant l’entrée en vigueur de ces taxes américaines dans 15 jours, les Européens ont d’ores et déjà établi une liste de mesures de rétorsion sur des produits américains emblématiques, comme le beurre de cacahuète ou le jus d’orange. Tokyo, principal allié asiatique des États-Unis, a aussi a évoqué l’adoption possible de « mesures appropriées ».

La Maison-Blanche a précisé que tous ces pays pourraient négocier une éventuelle exemption. « Nous allons faire preuve de beaucoup de flexibilité », a assuré M. Trump.

Fronde républicaine

La fronde enfle au sein même de la majorité républicaine du Congrès… beaucoup d’élus agitant la menace d’une loi bloquant la décision présidentielle. La réaction a été immédiate, jeudi. Le parti historique du libre-échange a bondi face à la logique « stupide » et « malavisée » du milliardaire : si on augmente le coût des deux matériaux, la concurrence internationale des producteurs américains d’automobiles ou d’autres produits de consommation sera frappée de plein fouet, et les consommateurs finiront par payer plus.

Donald Trump ne trouvait guère de soutien non plus chez les démocrates, pourtant historiquement plus protectionnistes que les conservateurs.

Au Sénat, l’opposition des républicains est totale. L’élu d’Arizona Jeff Flake prépare déjà une proposition de loi pour « annuler ces tarifs ». Son collègue Mike Lee, issu du Tea Party, a d’emblée revendiqué les pouvoirs du Congrès tels que définis dans le premier article de la Constitution « pour empêcher à jamais la mise en place de ces hausses d’impôts ». C’est dans cet article que le pouvoir de taxer a originellement été attribué au Congrès.

Il est extraordinaire que le parti du président, au pouvoir au Congrès, soit prêt à un affrontement allant jusqu’au vote d’une loi désavouant le chef de l’exécutif. Le Congrès a plusieurs options. Il pourrait voter une loi reprenant au président des pouvoirs en matière commerciale, qui lui ont été délégués progressivement depuis les années 1930, au fil de législations adoptées dans un but d’efficacité. En l’occurrence, Donald Trump a utilisé une loi de 1962 autorisant le président à taxer certaines importations pour protéger la sécurité nationale du pays, et qui a été utilisée à de rares occasions dans le passé, notamment sur le pétrole. Nombre de républicains estiment que les tarifs sur l’acier et l’aluminium représentent un abus de cette loi et sont tentés de la restreindre.

Les chefs du Congrès ont pour l’instant déclaré vouloir collaborer avec le gouvernement pour ajuster et réduire les tarifs au maximum ; ils n’ont pas encore annoncé de loi. Quoi que fasse le Congrès, il devra voter à une majorité des deux tiers pour surmonter un veto présidentiel. Ce qui obligera les républicains à obtenir l’appui d’une partie de l’opposition démocrate, un défi à part entière.