Donald Trump attise les désapprobations, même au sein de son parti

Le président américain, Donald Trump, montre la proclamation instaurant des tarifs sur les importations d’aluminium signée.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, montre la proclamation instaurant des tarifs sur les importations d’aluminium signée.

La décision est tombée. Washington imposera des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis. Au plus grand désarroi des partenaires commerciaux des États-Unis, et sous le désaveu observé au sein même du Parti républicain.

Le président américain, Donald Trump, avait pourtant adouci le ton en matinée jeudi en promettant que les taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium seraient « très équitables ». Il avait évoqué de possibles exemptions pour le Mexique, le Canada, l’Australie et « d’autres » pays.

Dans le cas du Canada — plus gros fournisseur d’acier et d’aluminium aux États-Unis — et du Mexique, l’assouplissement de Washington était conditionnel au bon déroulement de l’actuelle renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), lire à des négociations allant dans le sens des intérêts américains. Donald Trump le répétait jeudi : « Si nous trouvons un accord, il est très probable que nous n’imposerons pas de taxes à ces deux pays », avait-il écrit sur Twitter. Il a confirmé, lors d’un point de presse, que tout dépendra de l’issue des négociations en cours sur l’ALENA. Washington ouvre également la porte à d’autres exemptions, selon les discussions que les pays concernés auront avec les États-Unis.

Dans son allocution, le président américain a associé les pratiques commerciales de ses partenaires à une « agression contre [son] pays », justifiant ainsi son argumentaire évoquant la survie d’une industrie au nom de la sécurité militaire du pays. « L’industrie américaine de l’acier et de l’aluminium a été dévastée par des pratiques commerciales étrangères agressives », a-t-il dénoncé.

En réaction immédiate, le président républicain de la Chambre des représentants américaine, Paul Ryan, a réitéré son désaveu. « Je suis en désaccord avec cette décision et j’en crains les conséquences imprévues », a-t-il écrit dans un communiqué. Un sénateur républicain a pour sa part annoncé le dépôt prochain d’une proposition de loi visant à annuler ces taxes. « Les guerres commerciales ne sont jamais gagnées, elles sont toujours perdues », a-t-il déclaré.

Un autre républicain n’a pas mâché ses mots, qualifiant la signature du décret de « malavisée » et « malheureuse ». « C’est une augmentation d’impôt sur les industriels, salariés et consommateurs américains », a décrié le président de la Commission des finances du Sénat, Orrin Hatch, fervent promoteur du libre-échange et jusqu’ici ami affiché du locataire de la Maison-Blanche.

Chez les partenaires commerciaux, Pékin avait indiqué un peu plus tôt que sa réponse serait « appropriée et nécessaire »… « Dans notre époque mondialisée, ceux qui recourent à la guerre commerciale choisissent le mauvais remède, ils ne feront que pénaliser les autres tout en se pénalisant eux-mêmes », a souligné le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi. En Europe, dans la foulée des préparatifs entourant la riposte, le commissaire européen prenait le contre-pied de Donald Trump en martelant qu’une guerre commerciale est facile à perdre.

Réactions au Canada

Au Canada, le Conseil du patronat du Québec a fait part d’un « soulagement momentané ». Le p.-d.g. Yves-Thomas Dorval s’en est pris à la stratégie de la Maison-Blanche. « Même si le gouvernement Trump épargne le Canada pour le moment, le contexte et les conditions dans lesquels ces menaces sont brandies sont inacceptables. » La Fédération des chambres de commerce du Québec a pour sa part associé l’exemption conditionnelle du Canada à la surtaxe à un chantage. « La renégociation de l’ALENA ne doit pas servir à pénaliser des secteurs », peut-on lire dans le communiqué.