Trudeau a appelé Trump pour discuter de ses menaces de tarifs

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a discuté au téléphone avec le président américain Donald Trump, lundi, alors que les États-Unis ont laissé entendre le même jour qu’ils pourraient utiliser la menace de tarifs à l’importation comme tactique de négociations pour forcer une entente rapide sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

 

Lundi, M. Trump a explicitement relié la menace de tarifs sur l’acier et l’aluminium aux négociations en cours sur l’ALENA, et son représentant au commerce en a rajouté : Robert Lighthizer a affirmé que les États-Unis étaient pressés d’obtenir une entente sur l’ALENA, et que s’il y avait un dénouement rapide, le Canada et le Mexique pourraient en fait éviter l’imposition de tarifs.

 

« Nous ne reculons pas… Actuellement, 100 pour cent (de chance d’aller de l’avant avec les tarifs) », a dit M. Trump au bureau ovale.

 

« Mais cela pourrait faire partie de l’ALENA », a-t-il ajouté.

 

C’est M. Trudeau qui a appelé le président américain. Selon certaines sources, l’appel est apparemment resté cordial, et M. Trudeau a dit au président qu’il partageait son désir de conclure un accord sur l’ALENA. Le Canada se défend d’avoir fait preuve d’obstination à la table de négociations, comme certaines voix l’affirment aux États-Unis.

 

M. Trump menace d’annoncer l’imposition de ces tarifs d’ici une semaine, au cœur d’une élection dans l’État de la Pennsylvanie, productrice d’acier, que les républicains craignent de perdre.

 

« Le premier ministre… a fait état de sa sérieuse préoccupation à l’égard des tarifs proposés par l’administration américaine », indique une déclaration canadienne concernant l’appel entre les deux dirigeants.

 

« Il a souligné que l’introduction de tarifs n’aiderait pas à la conclusion d’une entente sur l’ALENA. »

 

À la clôture de la septième ronde de négociations sur l’ALENA, lundi, à Mexico, M. Lighthizer a affirmé aux médias américains qu’il faudrait un certain temps pour que les tarifs soient en vigueur, et que si le Canada et le Mexique convenaient d’un nouvel ALENA bientôt, ils pourraient être en mesure d’éviter les tarifs avant qu’ils ne soient appliqués.

 

Le président américain Donald Trump a indiqué sur Twitter, tôt lundi matin, que les tarifs sur l’acier et l’aluminium pourraient être abandonnés si une nouvelle mouture de l’ALENA était favorable aux États-Unis.

 

« Nous avons d’importants déficits commerciaux avec le Mexique et le Canada, a-t-il écrit. L’ALENA, qui est en cours de renégociation, a été un mauvais accord pour les États-Unis. D’importantes relocalisations d’entreprises et d’emplois. Les tarifs sur l’acier et l’aluminium ne seront annulés que si un nouvel ALENA équitable est signé. »

 

Le président a aussi prévenu que le Canada doit mieux traiter les fermiers américains et que le Mexique doit faire plus pour empêcher les drogues d’entrer aux États-Unis.

 

M. Trump a évoqué des questions de sécurité nationale pour justifier la surtaxe de 25 pour cent sur les importations d’acier et une autre de 10 pour cent sur celles d’aluminium.

 

L’administration Trump fait toutefois l’objet d’une pression intense chez elle pour exclure le Canada, qui est le plus grand fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis.

 

Le premier ministre Justin Trudeau, qui a répété plusieurs fois que le Canada était prêt à composer avec un large éventail de positions de la part de M. Trump, a déclaré la semaine dernière qu’« il est tout simplement insensé de souligner que le Canada et l’acier ou l’aluminium canadien peuvent poser une menace à la sécurité nationale des États-Unis ».

 

L’administration Trump subit des pressions de part et d’autre pour exclure le Canada de l’imposition des tarifs douaniers, le voisin du nord étant un allié militaire des États-Unis et son plus grand fournisseur d’acier et d’aluminium importés.

 

L’ajout de tarifs pourrait rendre ces matériaux trop coûteux pour les entreprises américaines, ce qui nuirait au Canada et aux autres partenaires commerciaux des États-Unis. Les coûts pourraient également être refilés aux consommateurs en s’ajoutant aux prix des biens produits aux États-Unis et aux projets de construction.

 

L’administration Trump minimise toutefois l’impact que pourrait avoir la décision sur les coûts des biens sur le marché américain. Le conseiller de la Maison-Blanche en matière de commerce Peter Navarro a déclaré à l’émission « Fox and Friends », lundi, qu’il n’y a « virtuellement aucun coût ici ».

 

« Si vous imposez un tarif de 10 pour cent sur l’aluminium, c’est un cent et demi sur un emballage de six bières et c’est 25 000 $ US sur un (Boeing777) de 330 millions $ US », a-t-il avancé.

 

Des comparaisons semblables ont été faites au cours du week-end à différentes émissions d’affaires publiques par M. Navarro et le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross.