Les États-Unis et l’Europe fourbissent leurs armes commerciales

Le président américain, Donald Trump, devrait confirmer l’imposition de ses tarifs cette semaine, ou la semaine prochaine au plus tard, ont indiqué ce week-end ses porte-parole de la Maison-Blanche.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, devrait confirmer l’imposition de ses tarifs cette semaine, ou la semaine prochaine au plus tard, ont indiqué ce week-end ses porte-parole de la Maison-Blanche.

Les États-Unis et l’Europe continuent leur escalade des menaces et fourbissent leurs armes en attendant que Donald Trump tire le premier coup dans la guerre commerciale de l’acier et de l’aluminium.

Le président français, Emmanuel Macron, en a appelé lundi à l’adoption de représailles commerciales si les États-Unis mettent à exécution leur menace de tarifs douaniers contre les importations d’acier et d’aluminium. « L’UE serait en droit, et ce serait le souhait de la France, de mener une action auprès de l’OMC et de prendre des contre-mesures » sur des biens américains, a-t-il déclaré lors d’un point de presse avec le premier ministre québécois, Philippe Couillard.

L’Allemagne est revenue à son tour sur l’annonce, jeudi, par le président américain, Donald Trump, d’imposer des tarifs de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur les importations d’aluminium au nom de la protection de la sécurité militaire de son pays. Les États-Unis font « fausse route » en misant sur « le repli sur soi et le protectionnisme », a dénoncé Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel. « Nous ne voulons absolument pas de quelque chose s’approchant d’une guerre commerciale » qui ne serait « dans l’intérêt de personne ».

Dimanche, c’est la première ministre britannique, Theresa May, qui avait directement appelé le président Trump au téléphone pour lui exprimer « sa profonde préoccupation » face à ces mesures protectionnistes.

Le bruit des tambours

L’Union européenne a déjà son plan de bataille. Élaboré au lendemain de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, il comprend trois volets, rapportait le Financial Times dimanche. L’un d’eux consistera à exercer une surveillance étroite des exportations étrangères d’acier et d’aluminium, notamment sud-coréennes, turques et brésiliennes, que les barrières commerciales américaines pourraient faire dévier vers l’Europe et à se tenir prêt, au besoin, à lever à son tour des barrières commerciales pour les endiguer avant qu’elles ne noient le marché européen.

Un autre volet de la stratégie européenne consistera à contester devant les instances de l’Organisation mondiale du commerce l’interprétation américaine que l’on juge abusive de la disposition permettant à un pays de lever des barrières commerciales lorsque sa sécurité militaire est en jeu.

Le troisième volet du plan de bataille européen consistera à rendre aux Américains coup pour coup, mais en frappant là où cela serait susceptible de faire le plus mal économiquement et politiquement. D’une valeur totale de 2,8 milliards d’euros, mais qui pourrait être portée à 5 milliards, les contre-mesures tarifaires viseraient notamment les exportations américaines en Europe d’acier et d’aluminium, de produits agricoles (oranges et maïs) et de produits typiquement américains (motos Harley-Davidson, bourbon et jeans Levi’s).

Le président américain devrait confirmer l’imposition de ses tarifs cette semaine, ou la semaine prochaine au plus tard, ont indiqué ce week-end ses porte-parole de la Maison-Blanche. Donald Trump a prévenu les Européens que, si l’idée leur venait d’aller de l’avant avec leurs propres menaces de contre-mesures, il s’en prendrait alors à leurs exportations d’automobiles.

Première puissance commerciale mondiale et principale cible alléguée des attaques américaines, la Chine s’est faite, pour le moment, aussi discrète que possible. Elle a néanmoins indiqué, dimanche, qu’elle ne « veut pas de guerre commerciale », mais qu’elle se tient prête aussi à adopter des « taxes réciproques » si on s’en prend à elle.

Horrifié par cette escalade de menaces, le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo, a tenté, lundi, de ramener tout le monde à la raison. « Lorsqu’on s’engage dans une telle voie, il est très difficile de revenir en arrière. À suivre une logique d’oeil pour oeil, on va tous finir aveugles et plonger le monde dans une profonde récession. Nous devons éviter à tout prix de faire tomber le premier domino. Il est encore temps. »

Des tarifs douloureux

Membres de l’aile protectionniste de l’entourage du président Trump, son conseiller aux affaires commerciales, Peter Navarro, et le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, ont passé les derniers jours à minimiser les impacts négatifs des sanctions commerciales américaines dans l’acier et l’aluminium.

La grande majorité des experts disent toutefois le contraire, soulignait dimanche le Wall Street Journal. Une étude de NERA Economic Consulting a, par exemple, établi l’an dernier qu’un tarif de seulement 7 % dans l’aluminium ajouterait environ 1000 emplois et générait 850 millions $US de retombées annuelles supplémentaires dans le secteur aux États-Unis, mais causerait tellement de dommage aux consommateurs et aux industries utilisatrices d’aluminium qu’on y perdrait 22 600 emplois et 5 milliards de revenu par année.

Dans l’acier, l’ancien président américain, George W. Bush, a déjà imposé, en 2002, des tarifs douaniers de 30 % pour protéger les 187 500 emplois du secteur. Il allait toutefois changer d’avis dès 2003, mais non sans avoir contribué, entre-temps, dit une autre étude, à la destruction d’environ 200 000 emplois dans les secteurs manufacturiers utilisant l’acier.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à se plaindre de la place grandissante et des pratiques déloyales de la Chine dans le commerce de l’acier. Cela a notamment incité l’Union européenne à adopter une trentaine de mesures commerciales pour contenir le problème, mais aussi à créer au sein du G20 un Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques visant à présenter un front uni face à la Chine. L’initiative a toutefois suscité peu d’intérêt de la part du gouvernement Trump, rappelait le Wall Street Journal dimanche. La Maison-Blanche ne voulant pas compromettre, apparemment, sa capacité d’agir seul comme bon lui semble.