ALENA: le Canada rejette le marchandage de Donald Trump

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le secrétaire mexicain à l’Économie, Ildefonso Guajardo Villarreal, et le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, en conférence de presse à l’occasion de la 7e ronde de renégociation de l’ALENA, lundi à Mexico
Photo: Marco Ugarte Associated Press La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le secrétaire mexicain à l’Économie, Ildefonso Guajardo Villarreal, et le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, en conférence de presse à l’occasion de la 7e ronde de renégociation de l’ALENA, lundi à Mexico

La renégociation de l’ALENA et le conflit qui se dessine dans l’acier et l’aluminium sont deux choses séparées, répond Ottawa à Donald Trump. La première doit continuer de faire l’objet d’échanges ouverts et constructifs. La deuxième ne se prête à aucune discussion.

Les derniers messages du président américain sur les réseaux sociaux ont été reçus froidement par le Canada lundi. Fidèle à son habitude, Donald Trump a pris d’assaut Twitter au petit matin pour y redire tout le mal qu’il pense de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais cette fois pour prévenir le Canada et le Mexique que s’ils veulent se voir exemptés des nouveaux tarifs douaniers que son gouvernement veut imposer sur toutes les importations d’acier et d’aluminium, ils devront se montrer sensibles aux demandes américaines à la table de renégociation de l’accord.

« L’ALENA, qui est en cours de renégociation, a été un mauvais accord pour les États-Unis », a-t-il écrit dans l’un de ses messages. « Les tarifs sur l’acier et l’aluminium ne seront annulés que si un nouvel ALENA équitable est signé. »

La réponse du Canada lui est venue, en fin de journée, de la bouche de la ministre canadienne des Affaires extérieures, Chrystia Freeland, en tombée de rideau de la 7e réunion de renégociation de l’ALENA, qui se tenait à Mexico depuis une dizaine de jours. « Ces deux enjeux sont séparés », a-t-elle martelé en conférence de presse.

En ce qui a trait aux tarifs douaniers de 10 % dans l’aluminium et de 25 % dans l’acier, que le gouvernement Trump entend imposer sur les importations étrangères au nom de la protection de sa sécurité militaire, la ministre a répété qu’ils étaient « absolument inacceptables » et que le Canada s’attendait à en être exempté à titre notamment de partenaire de l’ALENA et d’allié militaire au sein de l’OTAN et du NORAD.

Si le Canada devait quand même être la cible de ces nouvelles restrictions commerciales, « nous prendrons les mesures appropriées pour défendre les intérêts de nos entreprises et de nos travailleurs », a-t-elle menacé, sans toutefois préciser quelle forme pourraient prendre ces mesures de défense ou de représailles.

Le gouvernement Trump en a officiellement contre les pratiques commerciales déloyales de la Chine, mais les exportations de cette dernière aux États-Unis dans l’acier et l’aluminium arrivent loin derrière celles du Canada.

Celui-ci a exporté l’an dernier pour 13 milliards d’acier brut ou transformé aux États-Unis, mais en a aussi importé pour 12 milliards, rappelait la Banque de Montréal lundi. Dans l’aluminium, les exportations vers les États-Unis de l’industrie canadienne, fortement concentrée au Québec, ont dépassé 11 milliards contre seulement 3,6 milliards d’importations.

Lentes avancées

À la conférence de clôture de la semaine de négociation de l’ALENA, à Mexico, le représentant américain au Commerce, Robert Ligththizer, n’a pas dit un mot sur cette question, qui relève plutôt de son collègue le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross. Au lieu de ça, il s’est de nouveau plaint de la lenteur des discussions qui ne sont parvenues, en sept mois, qu’à boucler six chapitres, relativement techniques, sur la trentaine que devrait compter la version renouvelée de l’entente commerciale. « Il ne nous reste plus beaucoup de temps », a-t-il averti, soulignant que la tenue prochaine d’élections au Mexique, aux États-Unis et même au Québec et en Ontario risquait de rendre les choses de plus en plus difficiles politiquement.

Ses homologues canadienne et mexicain ont rappelé que les négociations commerciales commencent toujours lentement avant de s’accélérer, tout en admettant que beaucoup de travail reste à faire sur les enjeux les plus litigieux, comme les règles d’origine dans l’automobile, l’accès au marché des contrats publics aux États-Unis ou l’avenir des mécanismes de règlement des différends.

Une seule autre réunion de négociations est prévue pour le moment, au mois d’avril, à Washington.

Chrystia Freeland dit ne pas avoir de mal à traiter la renégociation de l’ALENA et la guerre commerciale qui se prépare dans l’acier et l’aluminium comme deux questions séparées. C’est le genre de situation qui se présente souvent quand on a des relations commerciales aussi étroites avec un voisin qui n’hésite pas, de temps à autre, à s’en prendre à nos industries du bois d’oeuvre ou de l’aéronautique.