Le plus gros procès de l’histoire pour corruption commence en Italie

La poursuite vise plusieurs patrons actuels et anciens des deux entreprises, dont le président et chef de la direction d’Eni, Claudio Descalzi.
Photo: Antonio Calanni Associated Press La poursuite vise plusieurs patrons actuels et anciens des deux entreprises, dont le président et chef de la direction d’Eni, Claudio Descalzi.

Milan — Ce qui pourrait bien être le plus gros procès pour corruption de l’histoire a commencé lundi en Italie.

Deux géants, la firme anglo-néerlandaise Shell et l’italienne Eni, sont accusés d’avoir dépensé 1,1 milliard $US pour prendre le contrôle du bloc pétrolier OPL245, qui compte parmi les plus lucratifs du Nigeria.

La taille des deux compagnies fait de ce procès le plus gros jamais intenté, ont affirmé des militants anticorruption. La poursuite vise aussi plusieurs patrons actuels et anciens des deux entreprises, dont le président et chef de la direction actuel d’Eni, Claudio Descalzi.

Un représentant du groupe Global Witness affirme que c’est la première fois que le p.-d.g. en poste d’une grande entreprise pétrolière se retrouve devant la justice pour corruption.

Le procès a été ajourné jusqu’au 14 mai pour des raisons techniques, notamment quand le gouvernement nigérian, Global Witness et quatre autres organisations ont demandé à faire partie de la poursuite.

Treize personnes sont poursuivies relativement à l’achat du bloc OPL245 en 2011. Outre M. Descalzi, les autres accusés incluent son prédécesseur, Paolo Scaroni, deux anciens patrons de Shell et un ancien ministre nigérian du Pétrole.

Les procureurs de Milan prétendent que 520 millions des 1,1 milliard $ US versés dans un compte de garantie bloqué ont été convertis en liquide pour payer des pots-de-vin. Des centaines de millions de dollars de plus seraient tombés dans les poches d’un ancien ministre du Pétrole.

Les procureurs de Milan ont également entamé une enquête distincte concernant des allégations selon lesquelles les représentants d’Eni auraient essayé de dérouter les enquêteurs qui s’intéressaient à l’affaire nigériane. Une perquisition a eu lieu dans les bureaux de ces représentants au début du mois de février. Dans cette affaire, le parquet de Milan soupçonne le géant italien d’avoir versé des pots-de-vin de presque 300 millions d’euros pour l’obtention de contrats en Algérie en 2003 et 2007. Le nom de l’ancien ministre de l’Énergie algérien Chakib Khelil a été cité plusieurs fois dans ce procès.

Shell et Eni nient avoir quoi que ce soit à se reprocher. Les deux compagnies font l’objet d’une enquête aux Pays-Bas et d’accusations au Nigeria dans ce même dossier. Le groupe italien a exprimé « sa pleine confiance » dans le fait que le procès « confirmera la justesse et l’intégrité de sa conduite ».

« Eni et Shell ont conclu la transaction avec le gouvernement sans l’implication d’intermédiaire. L’argent […] a été déposé sur un compte possédé par le gouvernement nigérian », a assuré le groupe, qui a régulièrement réaffirmé sa confiance à M. Descalzi.