Ottawa n’est pas pressé de répondre aux baisses d’impôt de Trump

Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau (à droite), s’est expliqué vendredi devant le Conseil des relations internationales de Montréal. Son homologue québécois, Carlos Leitão (à gauche), était venu l’entendre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau (à droite), s’est expliqué vendredi devant le Conseil des relations internationales de Montréal. Son homologue québécois, Carlos Leitão (à gauche), était venu l’entendre.

Ottawa n’a pas écarté la possibilité de répondre aux baisses d’impôt de Donald Trump, assure Bill Morneau. Il est juste trop tôt pour le faire.

Le gouvernement Trudeau s’est fait reprocher cette semaine de ne pas avoir prévu dans son nouveau budget de mesures spéciales pour atténuer l’impact sur l’économie canadienne des récentes baisses d’impôt adoptées par le Congrès américain et du danger d’un échec de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ou de ne pas s’être, au moins, gardé plus de marge de manoeuvre financière pour être capable d’agir au besoin. Son ministre des Finances, Bill Morneau, a voulu s’en expliquer vendredi matin devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

D’abord, les négociations de l’ALENA ne sont pas terminées, a-t-il rappelé aux 400 personnes venues l’entendre dans un hôtel de la métropole, dont son homologue québécois, Carlos Leitão, lui-même en pleine préparation de son dernier budget avant les élections générales de l’automne. Ensuite, il faut se méfier du caractère spectaculaire des baisses d’impôt annoncées par Washington, a prévenu Bill Morneau. Ce qu’on en comprend pour le moment, c’est que le taux d’imposition effectif des entreprises serait ramené à 25,8 % aux États-Unis, soit seulement un point de pourcentage de moins qu’au Canada, où il est de 26,8 %. Quant aux PME, le Canada continuerait d’avoir le taux d’impôt le plus bas des pays du G7. Mais tout cela tient encore de la conjecture, parce que le gouvernement américain n’a toujours pas fixé les détails de ses nouvelles règles fiscales.

Et puis, la compétitivité d’une économie nationale ne dépend pas seulement de sa fiscalité, a rappelé le ministre canadien. Il faut aussi prendre en compte la quantité et la qualité de sa main-d’oeuvre, la place qu’elle réserve à la recherche et au développement ou la solidité de ses banques, tous des points forts du Canada. Et qui dit que Washington maintiendra longtemps sa fiscalité plus avantageuse ? Sa dette publique est déjà presque trois fois plus lourde qu’au Canada et ses déficits par habitant sont cinq fois plus importants.

Aussi, « il est trop tôt pour savoir » quelle réponse doit avoir Ottawa aux dernières initiatives de son influent voisin, a martelé Bill Morneau. Ou même si une réponse sera nécessaire. « Il faudra faire nos devoirs consciencieusement. Faire des calculs. » Voir aussi quels impacts concrets ces changements auront sur le terrain. De combien de temps pense-t-il avoir besoin pour se faire une idée et éventuellement passer à l’action ? « On ne se fixe pas de date », a-t-il répondu aux journalistes après la conférence.

Trudeau répond à Trump

Bill Morneau a rapporté aussi qu’il a eu un entretien « constructif », jeudi, avec son homologue américain, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, pour essayer de le convaincre d’exclure le Canada des nouveaux tarifs douaniers annoncés par Donald Trump contre les importations étrangères d’acier et d’aluminium.

Plus en verve, son patron, Justin Trudeau, a qualifié l’intention américaine d’« inacceptable », dont les conséquences seraient « importantes et graves » des deux côtés de la frontière. De passage vendredi matin à Barrie, en Ontario, le premier ministre canadien a rappelé, en mêlée de presse, qu’il avait déjà évoqué avec le président américain, « plusieurs fois directement, en personne », la nature intégrée de ces deux secteurs en Amérique du Nord qui alimentent des millions de bons emplois dans les deux pays.

Rappelant que les Américains jouissent d’un surplus commercial de 2 milliards de dollars dans le secteur de l’acier, il a estimé que le fait que Washington invoque des motifs de sécurité nationale constitue un « non-sens », étant donné le niveau élevé de coopération entre les deux pays en matière de sécurité, et promis que son gouvernement continuera à porter le message d’Ottawa à Washington.