L’ombre de la renégociation de l’ALENA planera sur le budget Morneau

Bill Morneau a présenté ses nouvelles chaussures, conçues en Alberta et fabriquées au Mexique, à une classe du primaire de Toronto, jeudi.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Bill Morneau a présenté ses nouvelles chaussures, conçues en Alberta et fabriquées au Mexique, à une classe du primaire de Toronto, jeudi.

La difficile renégociation de l’ALENA et ses impacts économiques occuperont les pensées du ministre canadien des Finances, Bill Morneau, lorsqu’il dévoilera le prochain budget du gouvernement fédéral mardi.

Fidèle à la tradition, Bill Morneau s’est acheté une nouvelle paire de chaussures pour la présentation de son budget et est allé, la semaine dernière, la montrer à une classe du primaire de Toronto ainsi qu’aux photographes de presse invités pour l’occasion. Signe des temps, lesdites chaussures ont été conçues en Alberta, mais fabriquées au Mexique, pour rappeler l’importance de l’intégration économique nord-américaine.

L’extrême tension de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui a entamé, dimanche, à Mexico, sa 7e réunion de discussions en sept mois entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, mais aussi la multiplication des menaces et attaques protectionnistes de Washington contre le Canada dans le bois d’oeuvre, le papier journal, l’aéronautique, l’acier, l’aluminium ou encore les panneaux solaires, en a amené plusieurs à presser le gouvernement libéral d’en profiter pour présenter une réponse ciblée et immédiate.

Des associations industrielles, le Parti conservateur et certains économistes voudraient notamment qu’il réduise les impôts des entreprises, comme vient de le faire Washington, et qu’il revienne sans délai à l’équilibre budgétaire pour disposer de la marge de manoeuvre budgétaire nécessaire si les choses devaient tourner mal.

Déjà, la Banque du Canada prévoit que l’incertitude entourant le sort de l’ALENA provoquera une baisse de l’investissement des entreprises, et l’on rapporte que certaines d’entre elles ont choisi de s’installer aux États-Unis plutôt qu’au Canada pour ne pas être prises du mauvais côté de la frontière en cas de retour des barrières commerciales.

Au cours des dernières semaines, le ministre Morneau a répété qu’il entendait plutôt privilégier des mesures visant à accroître la résilience de l’économie à long terme. Son budget doit notamment préciser son plan de match pour des investissements dans une série de secteurs allant des sciences fondamentales aux personnes à très faibles revenus, en passant par la protection de l’environnement et l’aide à l’adaptation des travailleurs aux changements économiques.

Son gouvernement a aussi accéléré la recherche d’autres débouchés commerciaux, avec l’entrée en vigueur, cet automne, d’un traité de libre-échange avec l’Europe, la récente conclusion d’une nouvelle version du Partenariat transpacifique, et des projets notamment du côté de la Chine, de l’Inde et du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).

Les sujets qui fâchent

La réunion de négociations de l’ALENA dans la capitale mexicaine doit se poursuivre jusqu’au 5 mars. Comme les fois précédentes, il y sera question d’enjeux qualifiés par les parties de plus techniques, comme les télécommunications, les barrières techniques au commerce et le commerce électronique.

Mais comme plusieurs des questions techniques sont maintenant réglées, on pourrait rapidement arriver aux questions les plus litigieuses presque toutes soulevées par Washington, a expliqué à l’Agence France-Presse dimanche le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo.

La première sur la liste devrait être la demande de Washington en matière de règles d’origine dans l’automobile visant non seulement à augmenter le contenu nord-américain minimum des véhicules pour qu’ils soient exemptés de tarifs commerciaux, mais aussi à exiger un contenu minimum provenant des États-Unis.

Complètement opposé à cette idée de contenu minimum réservé à un pays, le Canada précisera plutôt sa contre-proposition faite le mois dernier à Montréal de changement de mode de calcul qui protégerait mieux la place des entreprises nord-américaines de l’automobile dans les technologies de l’avenir. Le Mexique pourrait ouvrir la porte, quant à lui, à un relèvement du seuil minimum nord-américain.

Accusé de présenter des exigences excessives seulement pour avoir l’excuse de conclure à l’échec de l’exercice, le camp américain demande aussi, l’élimination ou la neutralisation des mécanismes de règlement des différends, un resserrement de l’accès au marché des contrats publics américain, la fin automatique de l’entente au bout de cinq ans, à moins que les trois pays ne conviennent chaque fois de la renouveler et l’abolition du système canadien de gestion de l’offre en agriculture.

M. Couillard va à Washington

À Washington vendredi et samedi pour rencontrer les gouverneurs des États américains, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, et son homologue ontarienne, Kathleen Wynne, ont dit avoir bon espoir que les alliés politiques et économiques américains de l’ALENA sauront ultimement faire entendre leur voix à la Maison-Blanche. Philippe Couillard a affirmé que, dans toutes ses visites officielles aux États-Unis, il n’a jamais rencontré un seul gouverneur, un seul maire de grande ville, qui ne soit un partisan de l’accord commercial.

Une 8e réunion de négociation de l’ALENA a été prévue à l’agenda dans environ un mois à Washington. Le président américain, Donald Trump, a maintes fois menacé de sortir son pays du « pire accord commercial jamais conclu ». Il s’est néanmoins montré disposé, au début de l’année, à ce que les discussions se prolongent encore, de manière notamment à laisser passer les élections générales mexicaines, cet été, ainsi que les élections américaines de mi-mandat, cet automne.