Les gouvernements seraient capables de plus de transparence budgétaire

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, présentera son budget mardi.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, présentera son budget mardi.

Les gouvernements au Canada pourraient se montrer beaucoup plus transparents en matière de finances publiques afin de permettre à tous de mieux juger de la valeur et de l’équité de leurs décisions budgétaires, estime l’ancien directeur parlementaire du budget à Ottawa, Kevin Page.

Les questions d’impôts, de budgets, de déficit et d’équité fiscale « sont très difficiles à comprendre, et pas seulement pour les citoyens ordinaires », a constaté vendredi l’ancienne bête noire du gouvernement Harper lors d’une conférence sur la fiscalité et l’équité organisée à Montréal par l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill. « Je suis sûr que beaucoup de gens auraient du mal à seulement dire où vont leurs taxes en général. »

Ces enjeux peuvent pourtant avoir des impacts importants à court et à long terme sur le financement des services publics, le partage du fardeau fiscal et le sort des générations futures, a fait valoir l’ancien haut fonctionnaire fédéral maintenant président fondateur et chef de la direction de l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa, à quelques jours du dévoilement, mardi, d’un nouveau budget par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau.

Le pire, dit-il, c’est que le gouvernement et les ministères disposent de chiffres consolidés et comparables, de projections et d’études d’impact qui permettraient d’y voir beaucoup plus clair, seulement ils les gardent généralement pour eux. « Les gouvernements aiment bien que les acteurs dans la société partagent avec eux des informations et leurs perceptions des choses, mais cette transparence ne va pas dans les deux sens », déplore celui qui, durant son tumultueux mandat de directeur parlementaire du budget, qui s’est étendu de 2008 à 2015, est allé jusqu’à traîner le gouvernement Harper en cour pour le forcer à lui dévoiler de l’information.

Débat démocratique

Durant le règne conservateur, le budget est passé d’un document de 100 pages à 400 pages. « Pensez-vous que cela visait à aider les élus ou les journalistes à y voir plus clair ? » ironise Kevin Page. Il voudrait qu’on s’inspire de l’exemple du Royaume-Uni ou des États-Unis, où l’information est présentée de manière à en faciliter la compréhension et où les gouvernements partagent plus volontiers leurs études d’impact en matière notamment « de soutenabilité et d’équité intergénérationnelle ».

Il rappelle que, à son époque, le gouvernement Harper ne voulait pas qu’on voie les chiffres de ses propres fonctionnaires sur l’impact budgétaire de ses baisses d’impôt ou de la campagne militaire en Afghanistan. Il voudrait aujourd’hui que le gouvernement Trudeau se montre plus transparent, par exemple, sur ses propres projections en matière de déficits budgétaires.

« Comment les parlementaires peuvent-ils accomplir leur devoir de tenir le gouvernement responsable de ses actes sans transparence de sa part ? Il ne s’agit pas seulement de critiquer le gouvernement. Il s’agit de donner à tous les moyens d’avoir un portrait plus complet de ses décisions, de ses priorités et de ses hypothèses, pour mieux les comprendre, pouvoir les remettre en cause, mais aussi les améliorer. »