Le cycle vertueux de l’économie circulaire

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
L’économie circulaire permet de diminuer la quantité de déchets qui finissent dans des sites d’enfouissement.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’économie circulaire permet de diminuer la quantité de déchets qui finissent dans des sites d’enfouissement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’automne 2018, Recyc-Québec tiendra ses premières Assises québécoises de l’économie circulaire, afin de faire un état de la situation et de partager les différentes initiatives dans le domaine réalisées dans la province. L’organisation de cet événement constitue une nouvelle preuve que la notion d’économie circulaire commence à avoir le vent en poupe.

Au moment de démarrer, en 2014, l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (IEDDEC), associé à Polytechnique Montréal, à HEC Montréal et à l’Université de Montréal, le directeur général Daniel Normandin se rappelle qu’« en Amérique du Nord, on entendait des grillons quand on parlait d’économie circulaire ».

La perception commence à changer envers cette conception de l’économie en une boucle dans laquelle rien ne se perd ; l’énergie perdue est récupérée ailleurs et les rebuts déviés des sites d’enfouissement servent de matière première à quelqu’un d’autre. En plus d’éviter la pollution liée aux déchets, cette approche permet de diminuer la surexploitation des ressources naturelles. Recyc-Québec anime aussi actuellement, avec le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI), un groupe interministériel sur l’économie circulaire, qui a commencé ses travaux en décembre 2016.

« Nos attentes, c’est qu’ils arrivent avec une feuille de route qui soit officielle pour le Québec puis, qu’à partir de là, on puisse mettre en oeuvre tous les outils fiscaux ou financiers pour permettre la transition vers une économie circulaire », indique le directeur général de l’IEDDEC. « L’Union européenne a un train de mesures sur l’économie circulaire et ses pays membres le déclinent en programme de règlement et en financement. Ici, on est loin de ça », observe-t-il.

Daniel Normandin souhaite même que les démarches de Recyc-Québec et du MESI aboutissent en une mesure législative. « Les pays qui avancent le plus rapidement, c’est souvent grâce à une loi qui fixe des objectifs », note-t-il. Il donne comme exemple la France, où la Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte inscrit la transition vers une économie circulaire dans les principes de son Code de l’environnement. L’Ontario a été la première province du Canada, en 2016, à inscrire noir sur blanc l’approche dans un cadre législatif avec sa Resource Recovery and Circular Economy Act. « Elle est beaucoup orientée sur le recyclage, qui pour moi constitue la dernière option quand on parle d’économie circulaire, nuance M. Normandin. Au moins, ils ont voulu s’afficher. Le Québec n’a pas de loi, mais je pense qu’en ce qui a trait à la démarche, on est plus avancés. »

Symbiose industrielle

Là où le Québec semble sur une lancée, c’est dans la symbiose industrielle, une approche à travers laquelle les déchets d’une entreprise ou d’une activité servent de matière première à une autre, idéalement au sein d’un même parc industriel. Recyc-Québec a financé jusqu’à maintenant 14 projets de symbioses industrielles à travers le Québec avec une enveloppe de 1 million de dollars.

« La clé, c’est de désigner un organisme ou une personne qui va faire l’état des lieux à l’échelle d’un territoire », explique Sonia Gagné, présidente-directrice générale par intérim de Recyc-Québec. Ces derniers tentent actuellement, dans chacun des 14 projets, de répertorier les rebuts et les besoins de chaque organisation sur son territoire afin de vérifier si, dans certains cas, il est possible de créer un maillage où les rebuts de l’une peuvent combler des besoins de l’autre. Cet inventaire, les entreprises n’ont généralement pas le temps de le faire en raison de la gestion à la petite semaine exigée par leurs activités. Parfois, aucune transformation du rebut n’est nécessaire pour satisfaire une demande. Sonia Gagné évoque le cas de casiers usagés de l’usine de Bombardier Transport à La Pocatière, qui ont été récupérés dans des établissements scolaires de la région.

Outre la question de s’assurer que l’introduction d’une matière dite « résiduelle » s’effectue de manière sécuritaire, l’un des grands défis de l’économie circulaire consiste, selon Sonia Gagné, à trouver la matière et que l’information s’échange entre les organisations voisines.

Ce qu’on veut, c’est changer les pratiques et que ça devienne un réflexe de penser que ce que je jette, peut-être que ça peut servir à quelqu’un d’autre

Claude Maheux-Picard, directrice générale par intérim du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI), souligne qu’ensuite « il faut être patient » : les entreprises ou organisations maillées doivent développer un lien de confiance lorsque l’échange de matières se réalise sur une base régulière.

Puis, il reste à les convaincre des répercussions positives de la démarche dans laquelle elles se sont embarquées. Le CTTEI a récemment développé un calculateur qui permet à une entreprise d’estimer les frais d’enfouissement, de transport, ainsi que d’achat en matériel ou en ressource évités grâce à leur intégration dans un projet d’économie circulaire. De plus, l’outil permet d’évaluer la quantité de gaz à effet de serre qui n’a pas été émise grâce à leur démarche. « En ce moment, il est seulement utilisé pour notre clientèle en symbiose industrielle, afin qu’elle puisse faire une reddition de comptes à ses bailleurs de fonds, explique Mme Maheux-Picard. C’est important d’avoir des indicateurs si on veut que les gens adhèrent et fassent une réflexion. Ce qu’on veut, dans le fond, c’est changer les pratiques et que ça devienne un réflexe de penser que ce que je jette, peut-être que ça peut servir à quelqu’un d’autre ou peut-être que je pourrais l’optimiser pour générer moins de déchets. »

Le long chemin de la récupération

9 % des intrants matériels dans l’économie mondiale seraient issus d’une réutilisation ou d’une récupération, le reste provenant directement de l’extraction de ressources naturelles. C’est du moins ce qu’estime le think tank néerlandais Circle Economy dans son Circularity Gap Report, dévoilé en janvier dernier lors du dernier Forum économique mondial de Davos. Il a calculé qu’à l’échelle de la planète, plus de 84 milliards de tonnes de ressources naturelles avaient été extraites en 2015, contre 8,4 milliards de tonnes de matières réutilisées et recyclées durant la même année.