Mauvais départ pour les ventes résidentielles, sauf au Québec

Sur un an, les ventes réelles se sont repliées de 2,4%, le recul touchant près de la moitié des marchés locaux.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Sur un an, les ventes réelles se sont repliées de 2,4%, le recul touchant près de la moitié des marchés locaux.

Le marché des ventes résidentielles a connu un mauvais départ quasi généralisé au Canada en janvier, sauf au Québec. Le nouveau resserrement des règles hypothécaires, en vigueur depuis le début de 2018, exerce son influence.

Les données de l’Association canadienne de l’immeuble (ACI) indiquent que les ventes résidentielles effectuées sur le système interagences (MLS) ont chuté de 14,5 % de décembre à janvier. Elles étaient en baisse dans les trois quarts des marchés locaux canadiens.

Le président de l’ACI, Andrew Peck, s’est empressé de pointer en direction du nouveau resserrement des règles hypothécaires. « L’accumulation des modifications apportées aux règles hypothécaires, qui sont entrées en vigueur le 1er janvier, a semé l’incertitude et la confusion chez les acheteurs. De plus, ces modifications n’abordent d’aucune façon les préoccupations du gouvernement relativement aux prix des maisons, lesquels sont attribuables à une pénurie continue de propriétés dans d’importants marchés comme Vancouver et Toronto. » Les prix ont poursuivi leur montée en janvier sur un an dans neuf des treize marchés surveillés sur le système MLS.

Même pour une mise de fonds d’au moins 20 % permettant de se soustraire à l’assurance hypothèque, les acheteurs potentiels doivent désormais démontrer qu’ils peuvent acquitter leur hypothèque au taux admissible le plus élevé entre le taux hypothécaire contractuel majoré de deux points de pourcentage et le taux de référence de cinq ans fixé par la Banque du Canada.

Cela dit, sur un an, les ventes réelles se sont repliées de 2,4 %, le recul touchant près de la moitié des marchés locaux. « Malgré un recul à leur niveau mensuel le plus bas en trois ans, les ventes enregistrées en janvier étaient comparables à la moyenne mensuelle sur 10 ans », précise toutefois l’ACI.

Aussi, le nombre de nouvelles inscriptions a plongé de 21,6 % le mois dernier pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2009. Cette contraction se vérifie dans 85 % des marchés locaux. En revanche, « on comptait cinq mois d’inventaire à l’échelle nationale à la fin de janvier 2018, ce qui s’approche de la moyenne à long terme de 5,2 mois », poursuit l’ACI.

« La chute des ventes en janvier montre clairement que la vigueur de la fin de l’an dernier découlait des transactions effectuées par des acheteurs rationnels pressés d’acheter avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles hypothécaires », a commenté Gregory Klump, l’économiste en chef de l’ACI. « Une forte baisse du nombre de nouvelles inscriptions a aussi empêché le marché équilibré de favoriser les acheteurs. »

Pas au Québec

Le Québec a fait bande à part. « Le nombre de résidences vendues par l’entremise d’un courtier immobilier a connu le meilleur mois de janvier en dix ans. Les ventes de propriétés ont grimpé de 9,8 % par rapport à janvier 2017 et les prix moyens ont progressé de 5 % », a résumé Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins.

Mais il y a loin de l’ébullition, prend-elle soin d’ajouter. Et le débordement appréhendé de l’application d’une taxe de 15 % pour les acheteurs étrangers à Vancouver puis à Toronto n’a pas eu lieu. « La demande de ceux-ci s’est raffermie à Montréal sans être assez forte pour provoquer une situation de surchauffe. »

Hélène Bégin mise encore sur un marché de l’habitation sain au Québec en 2018. « La remontée des taux hypothécaires amorcée depuis l’été dernier, qui se poursuivra au cours des prochains mois, pourrait graduellement tempérer l’élan. » Mais la croissance économique qui continuera à se répercuter positivement sur le marché du travail aidera à absorber ces conditions d’emprunt moins favorables.

Quant aux règles hypothécaires plus restrictives, l’impact serait marginal, dit-elle. « Certains devront probablement opter pour une propriété moins dispendieuse ou s’éloigner des quartiers centraux afin de se garder une marge de manoeuvre financière. »