S’initier à l’investissement responsable par le jeu

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Équipe gagnante de la première joute ouverte au public du Responsable, un jeu d’initiation à l’investissement responsable créé par la Caisse d’économie solidaire Desjardins.
Photo: Sylviane Robini Équipe gagnante de la première joute ouverte au public du Responsable, un jeu d’initiation à l’investissement responsable créé par la Caisse d’économie solidaire Desjardins.

Ce texte fait partie du cahier spécial Investissement responsable

À certaines tables, on discute ferme. À d’autres, une décision unanime est prise rapidement. En ce 7 février, la Grande Bibliothèque accueillait la première joute ouverte au grand public du Responsable, un jeu d’initiation à l’investissement responsable créé et lancé en octobre dernier par la Caisse d’économie solidaire Desjardins. L’événement, organisé et animé par Équiterre, réunissait ce soir-là plus d’une quarantaine de personnes, tant des étudiants que des personnes âgées, regroupées en six équipes, chacune composée de six à huit joueurs.

Au départ, les règlements semblent complexes, mais les participants comprennent rapidement le principe. Chaque équipe se voit attribuer une somme, qu’elle doit placer dans des entreprises et des fonds selon les rendements financiers qu’elle réalise et les différentes informations fournies par un faux journal à chaque tour. À certains moments, des représentants se rencontrent à une table pour négocier afin de co-investir dans certaines entreprises, malgré la compétition. En plus des gains financiers, elles marquent aussi des points selon l’impact positif sur l’environnement et la société qu’engendrent leurs placements. Les équipes, ce soir-là, optent pour différentes stratégies : certaines excluent des secteurs d’activités, d’autres diversifient leurs investissements.

Marc-André Brûlé, conseiller à la Caisse d’économie solidaire Desjardins, se réjouit devant l’émotion générée par le jeu chez les participants. « C’est un éveil et une prise de conscience chez les gens qu’ils ont un pouvoir sur ce qu’ils font avec leur argent », dit-il.

« Ce sont des enjeux complexes qu’on essaie d’aborder de manière simple, explique Simon Lardie, employé d’Équiterre, après avoir animé la soirée. On réussit notre coup quand on voit que les citoyens réunis échangent, débattent des enjeux, hésitent, puis se mettent à se poser beaucoup de questions pour arriver à des consensus. C’est souvent là qu’ils comprennent qu’il y a une grande complexité dans les choix en finance responsable. »

Pour s’assurer de bâtir un scénario plausible, la Caisse d’économie solidaire Desjardins avait consulté la firme Rhizome Stratégies, spécialisée en innovation sociale. Elle a aussi fait appel à la jeune pousse Affordance Studio, spécialisée dans les jeux vidéo éducatifs, pour créer une plateforme numérique sur laquelle les participants entrent leur choix de placement avant que ne soit calculé leur pointage. Une étape qui réserve des surprises lors de certains tours, comme lorsqu’une entreprise échoue à tenir ses promesses dans le scénario.

Au-delà des personnes réunies le 7 février dernier, le succès du jeu dépasse les attentes. La Caisse d’économie solidaire avait imprimé au départ 40 plateaux de jeu. Moins de deux mois après le lancement, elle en imprimait 125 de plus, seulement pour répondre à la demande du programme d’éducation financière Mes finances mes choix de Desjardins, qui possède une licence pour animer le jeu dans les classes des écoles secondaires, des cégeps et des universités, ainsi que dans certains groupes communautaires.

« On a tout de suite vu le potentiel d’apprentissage avec ce jeu », souligne Lynda Boudreault, conseillère en littératie financière à la Fédération des caisses Desjardins. « Habituellement, on présente aux écoles l’offre éducative. Là, avec le jeu, c’est l’inverse : on reçoit plusieurs appels d’enseignants qui y voient une façon de synthétiser plusieurs matières et plusieurs objectifs pédagogiques, entre autres parce qu’on y parle d’éthique, de financement, de consommation. » Outre Équiterre et Desjardins, la Caisse d’économie solidaire Desjardins a aussi octroyé une licence d’utilisation à Fondaction, pour que ce fonds de travailleurs puisse l’utiliser dans ses formations.