Janet Yellen quitte la Fed la tête haute

Sans surprise, la Fed a laissé son taux directeur inchangé à l’intérieur de l’étroite fourchette de 1,25% et 1,50%.
Photo: Richard Drew Associated Press Sans surprise, la Fed a laissé son taux directeur inchangé à l’intérieur de l’étroite fourchette de 1,25% et 1,50%.

La Réserve fédérale américaine a maintenu les taux d’intérêt au même point mercredi au terme de sa dernière réunion de politique monétaire à être présidée par Janet Yellen. La succession de son bref mais remarquable règne à la tête de la banque centrale promet d’être délicate pour son nouveau président, Jerome Powell.

Sans surprise, la Fed a laissé son taux directeur inchangé à l’intérieur de l’étroite fourchette de 1,25 % et 1,50 %. Elle a noté, dans un bref communiqué presque identique au précédent, que les gains en matière d’emploi, de dépenses des ménages et d’investissement des entreprises ont été dernièrement « solides » aux États-Unis. Elle a dit s’attendre, au cours de la prochaine année, à une accélération de l’inflation, actuellement sous sa cible de 2 %, à la faveur notamment d’une légère remontée des salaires.

Les marchés anticipent largement que la prochaine hausse d’un quart de point de pourcentage du taux directeur de la Fed viendra plutôt à la prochaine réunion de son comité de politique monétaire (FOMC) au mois de mars. Les membres de ce comité avaient indiqué, lorsqu’ils ont augmenté leur taux pour la dernière fois en décembre, qu’ils prévoyaient de procéder à trois hausses de 0,25 point chacune cette année, comme ils l’ont fait en 2017.

Les adieux de Janet

Prise à l’unanimité, la décision de la Fed est la dernière du règne de sa présidente, qui devra avoir fini de vider son bureau d’ici la fin de la semaine. Choisie pour succéder à Ben Bernanke en 2013, Janet Yellen arrive, à 71 ans, à la fin d’un mandat de quatre ans que le président américain, Donald Trump, n’a pas voulu renouveler. Première femme à diriger la banque centrale américaine, elle est aussi la première personne à ce poste en 35 ans à ne pas être reconduite pour au moins un deuxième mandat, indépendamment de sa couleur partisane. Le président Trump lui a préféré Jerome Powell, un ancien avocat et banquier d’affaires républicain qui siège au directoire de la Fed depuis cinq ans et dont la nomination vient d’être confirmée par le Congrès.

L’économiste et ancienne conseillère du président démocrate Bill Clinton, épouse d’un Prix Nobel d’économie (George Akerlof) et mère d’un économiste prometteur (Robert Akerlof), est pourtant loin d’avoir démérité durant les quatre dernières années. De l’avis de certains experts, elle a même été la chef de la Fed qui s’est le mieux acquittée du double mandat de son institution, soit le maintien de l’inflation à un niveau stable et bas (2 %), mais aussi la recherche du plein-emploi.

On lui attribue notamment le mérite d’avoir convaincu les autres membres de la Fed d’accorder plus d’attention à ce deuxième objectif souvent négligé par peur de laisser s’emballer l’inflation. Experte de l’économie du travail, elle a notamment su leur faire réaliser qu’un faible taux de chômage peut cacher beaucoup de travailleurs qui se contentent d’un emploi à temps partiel à défaut de mieux ou d’autres qui ont simplement renoncé à se trouver quelque chose. Elle a aussi su faire valoir que le potentiel de croissance de l’économie américaine n’est probablement plus ce qu’il était et que, par conséquent, le taux directeur que l’on pourrait qualifier de neutre et auquel la Fed devrait normalement tendre n’est plus de 4 %, comme on le pensait depuis des années, mais plutôt de 2,75 %.

Armée de cette nouvelle grille d’analyse, la Fed est parvenue à tenir tête aux nombreuses voix, notamment à droite, qui la pressaient de plus en plus d’arrêter d’essayer de réduire encore plus le chômage et de relever sans plus attendre les taux d’intérêt avant que l’inflation ne s’emballe. La Fed a tenu bon et n’a augmenté ses taux qu’une seule fois en décembre 2015 et une autre fois en 2016, avant de commencer à resserrer très lentement sa politique monétaire en 2017. Cet entêtement de Janet Yellen lui a permis, durant son mandat, de voir le taux de chômage reculer de 6,7 % à 4,1 %, son niveau le plus bas depuis 2000, alors que le principal indicateur d’inflation de la Fed est toujours bien en dessous de la cible de 2 %, à 1,7 %.

« Une caractéristique centrale de son mandat est qu’elle a su éviter que la Fed se joigne à la longue liste des banques centrales qui ont tout gâché en relevant les taux d’intérêt trop tôt », a déclaré mardi dans le Wall Street Journal un ancien dirigeant de la Fed, Bill Nelson.

Chaud devant

Le successeur de Janet Yellen n’aura pas la vie facile. Considéré comme un républicain modéré, Jerome Powell était un allié de la présidente de la Fed et a déclaré ne pas vouloir remettre en cause la trajectoire déjà annoncée. Outre sa lente remontée des taux d’intérêt, la banque centrale américaine a aussi commencé, en octobre, à se départir graduellement des quelque 4 000 milliards d’obligations et autres actifs financiers achetés après la Grande Récession comme façon d’injecter des liquidités pour stimuler la reprise.

Il devra composer avec une économie qui semble de plus en plus fonctionner à plein régime, mais que le gouvernement Trump continue de chauffer avec la récente adoption de 1500 milliards de baisses d’impôt et la promesse de Donald Trump, mardi, à son discours sur l’état de l’Union, d’un autre investissement de 1500 milliards dans un programme d’infrastructures. Au même moment, les marchés boursiers américains ne cessent de battre des records, transportés par un vent d’optimisme et le crédit facile.

« La priorité de Mme Yellen était d’éviter que la Fed n’augmente les taux d’intérêt trop vite. Le défi de M. Powell pourrait être de s’assurer qu’il ne les augmente pas trop lentement », a observé lundi le New York Times.