Agriculture: l’analyse du modèle Pangea se fait toujours attendre

L'entreprise Pangea achète des terres et s’associe à des agriculteurs pour créer une société de production.
Photo: iStock L'entreprise Pangea achète des terres et s’associe à des agriculteurs pour créer une société de production.

L’analyse du modèle de l’entreprise Pangea promise il y a plus de six mois par le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, se fait toujours attendre. Aucun document officiel n’a encore été produit, mais un rapport devrait être rendu public prochainement, promet le gouvernement.

En mai dernier, lors de l’Étude des crédits du ministère de l’Agriculture, M. Lessard a affirmé qu’il procéderait à la « mise en examen » du modèle d’affaires de Pangea pour savoir s’il correspond au « modèle québécois ».

Il réagissait ainsi à la controverse soulevée quelques jours plus tôt par la décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du Fonds de solidarité FTQ d’investir 10 millions chacun dans l’entreprise qui s’associe à des agriculteurs pour exploiter les terres qu’elle achète.

À la fin du mois de décembre, la réponse du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) à une demande d’accès à l’information du Devoir indiquait qu’aucun rapport définitif n’avait encore été produit.

L’attaché de presse de Laurent Lessard, Mathieu Gaudreault, a expliqué lundi que le ministre a reçu en novembre dernier une « ébauche » d’étude, mais qu’elle a été jugée incomplète.

« Il y avait des questions plus précises du domaine légal ou purement agricole que le ministre souhaitait éclaircir, dit-il. On souhaite rendre [l’étude] publique le plus vite possible et on va le faire. » « On veut que le travail soit bien fait, a-t-il ajouté. C’est une question importante, et elle mérite qu’on s’y penche de manière pointilleuse. »

L’Union des producteurs agricoles (UPA), qui accuse depuis longtemps Pangea de faire grimper la valeur des terres agricoles et de miner le modèle québécois d’agriculture familiale, a réitéré lundi ses demandes au ministre Lessard.

« Le gouvernement du Québec doit évaluer très attentivement l’arrivée sur le marché des terres [agricoles] de la Caisse de dépôt et du Fonds de solidarité », a déclaré le président de l’UPA, Marcel Groleau.

« Ces deux institutions visent des rendements de 8 % annuellement sur le long terme. Le rendement annuel en agriculture est de 2 à 4 %. Leur seul intérêt : favoriser la spéculation et, à terme, le rendement », a-t-il lancé.

La Caisse de dépôt répond qu’elle ne commente pas les cibles de rendement spécifiques à chacun de ses investissements, tandis que le Fonds de solidarité FTQ affirme que son investissement dans Pangea vise à appuyer la relève agricole en lui offrant une nouvelle option.

« Nous sommes heureux de voir Pangea participer à l’étude demandée par le ministre Lessard et nous en attendons les conclusions », a précisé le porte-parole du Fonds, Patrick McQuilken.

Modèle différent

De son côté, Pangea s’est toujours défendue en soutenant que son modèle permet aux agriculteurs d’avoir accès à une plus grande superficie cultivable, tout en réduisant les risques liés à la production.

L’entreprise achète des terres et s’associe à des agriculteurs pour créer une société de production agricole. Le producteur et Pangea demeurent propriétaires de leurs terres respectives, mais ils mettent leurs équipements et leurs efforts en commun pour assurer la production de grandes cultures céréalières sur l’ensemble des terres. Les bénéfices de l’exploitation agricole sont ensuite répartis entre le producteur (51 %) et Pangea (49 %).

La compagnie répète qu’elle n’est pas responsable de la hausse de la valeur des terres agricoles, puisqu’elle offre un prix qui correspond à la valeur marchande, qu’elle ne fait pas de surenchère et qu’elle se retire si elle constate qu’un autre agriculteur a déposé une meilleure offre.

Distinction claire

L’impact de Pangea sur l’écosystème agricole du Québec sera d’ailleurs à l’ordre du jour ce mardi, alors qu’un spécialiste de l’accaparement et de la financiarisation des terres agricoles prendra la parole lors d’une séance de réflexion du conseil général de l’UPA, à La Prairie.

Le professeur André Magnan, qui enseigne à l’Université de Regina, ne voit cependant pas l’entreprise québécoise d’un oeil aussi méfiant que le syndicat agricole. À son avis, il faut faire une distinction claire entre Pangea et les investisseurs qui ne font qu’acheter des terres sans assumer les risques associés à la production, comme l’ont déjà fait certaines banques.

« Puisque Pangea partage le risque et les bénéfices auxquels font face les agriculteurs, je pense que c’est un modèle qui est un peu plus équitable. Cela dit, c’est une société qui a acheté une assez grande superficie de terres et qui entre en concurrence avec les agriculteurs qui voudraient agrandir leur exploitation agricole », explique-t-il en entrevue, plaidant lui aussi pour une analyse en profondeur de ce modèle.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 31 janvier 2018 10 h 15

    Une plus grande superficie cultivable?

    Et où vont se situer ces nouvelles terres agricoles?