La renégociation de l’ALENA se poursuivra au Mexique dans un mois

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le représentant américain du Commerce, Robert Lighthizer (à droite), et leur homologue mexicain, Ildefonso Guajardo Villarrea
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le représentant américain du Commerce, Robert Lighthizer (à droite), et leur homologue mexicain, Ildefonso Guajardo Villarrea

La renégociation de l’ALENA a peu avancé sur les enjeux litigieux, la dernière semaine, à Montréal, mais les trois pays participants ont convenu de poursuivre leurs efforts et de se retrouver dans un mois au Mexique.

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a déploré que les négociations n’avancent pas plus vite, a rejeté du revers de la main la solution avancée par le Canada pour répondre aux demandes controversées des États-Unis dans le domaine de l’automobile et a vilipendé Ottawa pour ses attaques frontales devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en tombée de rideau du sixième cycle de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui se tenait depuis huit jours à Montréal. « Certains progrès ont été faits », a-t-il néanmoins admis en conférence de presse aux côtés de ses deux homologues du Canada et du Mexique avec lesquels il venait de convenir qu’un septième cycle de négociations devrait se tenir vers la fin du mois prochain à Mexico. « Nous sommes engagés à aller de l’avant [et] j’ai confiance dans le fait que les progrès vont s’accélérer bientôt. »

Un chapitre consacré aux dispositions anticorruption a ainsi été bouclé, comme on l’avait déjà fait lors de discussions précédentes en matière de PME et de compétition. On serait aussi très près d’une entente en matière notamment de télécommunication, de mesures sanitaires et phytosanitaires, de facilitation des échanges aux frontières et de barrières techniques au commerce.

On a tâché également d’apporter une réponse aux propositions « sans précédent » et « non conventionnelles » des États-Unis, a expliqué la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Entre autres « solutions créatives » imaginées par les négociateurs canadiens, on a suggéré une nouvelle façon de calculer le contenu national dans la fabrication automobile qui aiderait les entreprises nord-américaines à profiter de la part grandissante occupée par les nouvelles technologies. On a aussi lancé l’idée que les États-Unis se retirent complètement de la disposition de l’ALENA permettant à une compagnie de poursuivre un gouvernement (chapitre 11) alors que le Canada et le Mexique continueraient avec une version améliorée de la règle.

On serait ouvert aussi à une renégociation de l’accord dans cinq ans, mais avec l’assentiment des trois pays.

Le représentant américain n’est pas revenu, en conférence de presse, sur ces deux dernières idées, mais a estimé que celle sur l’industrie de l’automobile était non seulement insuffisante, mais allait « dans le sens contraire de ce que nous essayons de faire ». Il a accusé le Canada d’avoir caché dans ses propositions des « pilules empoisonnées ». Il lui a aussi reproché de nouveau sa récente « attaque massive contre toutes nos lois du commerce » devant l’OMC. Ce à quoi son homologue canadienne a répondu que cette plainte devant l’OMC était liée au conflit du bois d’oeuvre et que si les États-Unis voulaient la voir retirée, il leur suffisait de négocier une entente avec le Canada.

Échanges musclés

Bien que moins acrimonieux que lors de leur dernière conférence de presse commune, en octobre à Washington, les échanges entre Robert Lighthizer et Chrystia Freeland sont tout de même restés musclés lundi. Citant des données canadiennes sur le commerce des biens entre les deux pays, l’Américain a affirmé que le Canada profitait d’un surplus commercial inéquitable. Citant pour sa part des données américaines sur le commerce des biens et services ainsi que sur le commerce des biens manufacturiers, Chrystia Freeland a rétorqué que c’était au contraire les États-Unis qui avaient un modeste avantage et que, de toute façon, c’était une façon trop étriquée de mesurer les retombées positives du libre-échange. Robert Lighthizer a fait remarquer qu’il lui serait probablement plus facile de négocier avec le Mexique et le Canada séparément. Chrystia Freeland a mis en garde les États-Unis contre la menace que fait peser leur attitude sur les « chaînes de valeurs transfrontalières » et la « compétitivité nord-américaine ».

Alors que Chrystia Freeland a continué d’évoquer la tenue, après la rencontre prévue au Mexique, d’au moins un autre cycle de négociations à Washington, en avril, Robert Lighthizer s’en est tenu à parler du travail « urgent » à faire d’ici la réunion de Mexico.

Interrogée par la suite lors d’une conférence de presse distincte, la ministre canadienne ne s’est pas montrée plus émue qu’il se doit du ton de certains de ses échanges avec son homologue américain. « J’avais prévenu, en début de négociation cet été, qu’il y aurait du drame. C’est toujours comme cela dans les négociations commerciales. » Quant au risque que le président américain, Donald Trump, annonce quand même, au cours des prochaines semaines, la sortie de son pays de l’ALENA, la ministre canadienne a servi sa réponse habituelle. « Le président américain a déjà évoqué plusieurs fois cette éventualité et nous prenons ses déclarations au sérieux. Aussi, nous espérons le mieux et nous nous préparons au pire. »

« Modérément positif »

Négociateur en chef pour le Québec, Raymond Bachand a dressé un bilan « modérément positif » de la dernière semaine. En entretien téléphonique au Devoir, il a salué la rigueur et la fermeté des négociateurs canadiens, notamment en matière de défense du système de gestion de l’offre en agriculture et de protection de l’exception culturelle. Il s’est réjoui également de la visite en fin de semaine à Montréal de membres d’un important comité du Congrès américain. Il y voit le signe d’une mobilisation grandissante des élus, gens d’affaires et experts américains pour défendre l’ALENA. « La pression se fait de plus en plus forte sur Robert Lighthizer. Mais ça promet d’être spectaculaire jusqu’à la fin. »

D’abord prévue pour la fin de 2017, la conclusion de la renégociation de l’ALENA entreprise en août a été officiellement reportée à la fin du mois de mars. Le président Trump s’est toutefois dit prêt à prolonger ces discussions au-delà des élections générales mexicaines en juillet, et même des élections américaines de mi-mandat en novembre, ce qui reporterait vraisemblablement un éventuel accord final à 2019.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Inscrit 30 janvier 2018 08 h 12

    Une ALENA renouvelée?

    Si réellementTrump doit avaler une pilule - ce que serait lerenouvellement de l'ALENA ( selon ses dires le plus mauvais accord jamais signé par les USA,, ce sera à son corps défendant le résultats probable des pressions des membres du Congrès surtout républicains qui craignent comme la peste l'abandon de cet accord. Bien entendu le «twitter» hargneux en chef verra dans des modifications devenues probablement nécessaires une grande victoire «believe him». Mais au moins, il y aura accord et, souhaitons-le, pas trop dommageable pour le Canada (et surtout le Québec) et le Mexique.