Une même voix contre Trump. Et après?

Des gens manifestent à Zurich, mardi, contre la présence du président Donald Trump au Forum économique mondial.
Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse Des gens manifestent à Zurich, mardi, contre la présence du président Donald Trump au Forum économique mondial.

Le président américain n’est pas encore arrivé à Davos que, déjà, deux visions du monde s’affrontent. La version de Donald Trump sur le thème de « L’Amérique d’abord » vient cristalliser une opposition ou une résistance autrefois polarisée, recherchant désormais une convergence des discours… Le temps d’une autre édition du Forum économique mondial.

Le schisme politique et social est palpable depuis le début de cette 48e édition du Forum économique mondial. C’est la dialectique des uns contre l’autre qui retrouve une certaine saveur en Suisse. Le président des États-Unis arrive à ce rendez-vous annuel réunissant une certaine élite économique et politique avec, pour seul appui, l’effet euphorique d’une réforme fiscale inflationniste.

Cette cristallisation avait été pour la première fois observée après la décision de Donald Trump de soustraire les États-Unis de l’Accord de Paris. Sur le terrain, grandes entreprises et investisseurs institutionnels n’avaient pas attendu que la valse diplomatique prenne fin pour passer à l’action et s’engager dans le « business » de la décarbonisation. Les États américains ne se sont également pas laissé ralentir par les cibles « frileuses » de la COP21, auxquelles ils ne sont pas soumis, a-t-il déjà été écrit.

Mais il est vrai que cet élan a été, depuis, ralenti par l’absence d’une guidance politique toujours souhaitable, qui n’est pas étrangère à l’intensification désormais chiffrée du schiste et du charbon dans l’offre énergétique américaine.

À Davos, l’actuelle édition du rendez-vous annuel a été placée sous le sceau d’une économie fracturée. Symbole puissant s’il en est, elle tombe sous la présidence partagée par sept femmes défendant des intérêts variés. On pense à Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, à Isabelle Kocher, patronne du groupe énergétique Engie, à Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération internationale des syndicats, à la première ministre norvégienne, Erna Solberg, à Fabiola Gianotti, directrice générale de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, à Virginia Rometty, patronne d’IBM, et à l’activiste indienne Chetna Sinha.

Sur le plan politique, Angela Merkel et Emmanuel Macron — lequel venait pourtant de sortir d’un sommet « Choose France » attirant 140 chefs d’entreprise — se sont inscrits en faux contre cette mondialisation « vers le bas », dénonçant le protectionnisme et le repli sur soi et empruntant la revendication d’un « nouveau contrat mondial ». Une revendication partagée par Sharan Burrow, qui plaide en faveur d’une négociation d’un « nouveau contrat social » favorisant un partage plus démocratisé de la prospérité. « Le monde est trois fois plus riche aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 30 ans. Et pourtant, nous ne voyons toujours pas des salaires minimums viables », illustre-t-elle.

Et la directrice de l’ONG Oxfam, Winnie Byanyima, de revenir sur le fameux 82 % de la richesse mondiale créée l’an dernier, et qui est accaparée par 1 % de la population, pour évoquer des « inégalités hors de contrôle ».

Mais Donald Trump arrive à Davos avec pour seule mission de vendre « L’Amérique d’abord », s’appuyant sur un auditoire de grands patrons et de dirigeants de multinationales galvanisé par sa réforme fiscale et l’assouplissement réglementaire en cours. L’effet de séduction chez les multinationales est tel que la grogne des gens d’affaires américains au discours protectionniste du président, à ses entraves au libre-échange et à son opposition aux accords commerciaux multilatéraux ne trouve pas d’écho.

Et c’est lui qui aura le dernier mot.


 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 26 janvier 2018 11 h 28

    Comme avant.

    Plus d'argent pour les riches, de la résignation pour les autres; pourtant,une prise de consciense fait son chemin.L'espoir naît tout doucement.