Postes Canada n’abolira pas la livraison à domicile, mais gardera les boîtes communautaires

En campagne électorale, Justin Trudeau s’était engagé à rétablir le service de livraison du courrier à domicile.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne En campagne électorale, Justin Trudeau s’était engagé à rétablir le service de livraison du courrier à domicile.

Ottawa annule la conversion du courrier à domicile vers des boîtes communautaires, mais ne reviendra pas, à la déception des facteurs, sur les quelque 840 000 adresses qui ont perdu ce service pendant la réforme de Postes Canada mise en oeuvre par le gouvernement Harper.

L’annonce, faite mercredi après des mois de réflexion, constitue la réponse du gouvernement à un engagement majeur pris pendant la campagne électorale de 2015, à une époque où Justin Trudeau évoquait l’objectif de « restaurer le service à domicile ». Quant aux nouveaux quartiers, Ottawa prévoit que Postes Canada continuera d’installer des boîtes communautaires.

Le plan stratégique prévoit aussi que Postes Canada devra améliorer l’accessibilité aux boîtes communautaires pour les aînés et les personnes à mobilité réduite, ce que le réseau FADOQ suivra de près. Aussi, la société d’État devra améliorer les relations avec ses parties prenantes, dont ses employés, et pourra réinvestir ses profits au lieu de verser un dividende.

La ministre des Services publics, Carla Qualtrough, a dit que les « bases du renouvellement » permettront à Postes Canada de s’adapter au nouvel environnement. Dans une brève déclaration, Postes Canada a accueilli « favorablement » le plan.

Comme d’autres services semblables dans le monde, Postes Canada, passée de ministère à société d’État en 1981, est aux prises avec un déclin de ses volumes de courrier tandis que l’expansion du commerce électronique a donné des ailes à la livraison de colis.

Les facteurs sont déçus de la décision de ne pas redonner le service de livraison du courrier à domicile à ceux qui l’ont perdu, a affirmé en conférence de presse le président du Syndicat des travailleuses et travailleurs des postes (STTP), Mike Palecek. « Le premier ministre a brisé une promesse. Il avait clairement dit, en campagne, qu’un gouvernement libéral allait restaurer le service à domicile pour ceux l’ayant perdu. Il semble que le gouvernement prend ses distances d’avec ça aujourd’hui. » Cela dit, a-t-il ajouté dans un communiqué, « au moins les suppressions de service vont cesser ».

Alors que le NPD a accusé Ottawa de briser un engagement, le député conservateur Gérard Deltell a affirmé que la conversion aux boîtes n’était pas forcément populaire, mais qu’il s’agissait d’une décision « responsable ».

Postes Canada a enregistré des bénéfices nets de 99 millions en 2015, de 81 millions en 2016 et de 86 millions de janvier à septembre 2017. La remise sur pied du service à domicile entraînera un coût initial de 195 millions et des dépenses récurrentes de 95 millions, selon ce qui a été dit lors d’une séance d’information technique mercredi.

Promesse électorale

Le 3 septembre 2015, en compagnie du maire de Montréal, Denis Coderre, Justin Trudeau avait affirmé que « nous nous engageons à restaurer le service à domicile », car la population pouvait « s’attendre à un certain niveau de service » de la part du gouvernement.

Un mois plus tard, l’engagement formel de la plateforme indiquait que les libéraux allaient « revenir » sur la décision du gouvernement Harper « de mettre fin à la livraison du courrier à domicile ». Le document évoquait aussi un « nouvel examen des activités de Postes Canada ».

Le plan stratégique survient alors que le STTP et la direction de Postes Canada viennent à peine d’entamer les négociations pour renouveler les conventions collectives.

Conventions courtes

Lors de la négociation de 2016, les parties avaient convenu de ne renouveler les conventions que pour deux ans, question de se donner le temps de défricher le terrain des grands enjeux. Parmi ceux-ci figure aussi le régime de retraite à prestations déterminées, que la direction de Postes Canada voit comme un boulet.

Quelques mois plus tard, en décembre 2016, un comité parlementaire recommandait le maintien du moratoire sur la conversion aux boîtes communautaires en souhaitant que Postes Canada « élabore un plan » pour redonner la livraison à domicile à ceux l’ayant perdue.



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