Le salaire minimum à 12$ l’heure provoque des tirs croisés

La ministre du Travail, Dominique Vien, a pris certains employeurs par surprise en annonçant que le salaire minimum passera à 12 $ l’heure au Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre du Travail, Dominique Vien, a pris certains employeurs par surprise en annonçant que le salaire minimum passera à 12 $ l’heure au Québec.

Le gouvernement Couillard a dû essuyer des tirs croisés mercredi après avoir proposé une hausse du salaire minimum plus rapide que prévu. Les entreprises dénoncent une augmentation inattendue aux impacts potentiellement néfastes, tandis que les syndicats estiment que Québec doit en faire encore plus.

La ministre du Travail, Dominique Vien, a pris certains employeurs par surprise en annonçant que le salaire minimum passera à 12 $ l’heure au Québec à compter du 1er mai 2018, ce qui correspond à une hausse de 0,75 $. « Il s’agit, en dollars, de la hausse du salaire minimum la plus importante de l’histoire du Québec », s’est targué le gouvernement.

Cette augmentation est supérieure à celle prévue dans le plan sur quatre ans présenté il y a douze mois par la ministre Vien. Elle avait alors annoncé que le gouvernement du Québec augmenterait le salaire minimum de manière graduelle pour qu’il corresponde en 2020 à 50 % du salaire horaire moyen.

Québec prévoyait alors des hausses de 0,50 $ en 2018 et de 0,35 $ en 2019 et en 2020, afin d’atteindre un taux « de l’ordre » de 12,45 $ l’heure. « La fixation du taux du salaire minimum fera toujours l’objet de décisions annuelles, pour s’ajuster à l’évolution de l’économie québécoise », avait-on précisé.

Or, la vitalité de l’économie québécoise a modifié les prévisions et le salaire horaire moyen au Québec devrait être de 24,25 $ l’heure en 2018-2019, plutôt que de 23,73 $. L’objectif est toujours d’atteindre le ratio de 50 % du salaire moyen en 2020, a-t-on précisé.

Réactions opposées

Sans tarder, les groupes représentant les employeurs québécois ont bondi de leur siège. « Cette augmentation inattendue de 6,7 % représente une fois et demie ce qui avait été prévu pour 2018 », a fait remarquer la vice-présidente et porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Martine Hébert.

À son avis, plusieurs PME « subiront une pression à la hausse accrue sur la masse salariale » et devront par exemple retarder des plans d’embauche, couper dans les heures travaillées ou augmenter leurs prix.

« Dans ce contexte, une réduction significative de leurs taxes sur la masse salariale et de leur taux d’imposition dans le prochain budget du Québec nous apparaît incontournable », a-t-elle ajouté.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a lui aussi plaidé pour un allégement fiscal pour les entreprises québécoises. Son président-directeur général, Yves-Thomas Dorval, a par ailleurs invité le gouvernement et tous les partis politiques à la prudence « face aux effets observés dans les provinces qui ont fait des choix plus téméraires », comme l’Ontario et l’Alberta. La province voisine passera à 15 $ l’heure le 1er janvier 2019, tandis que l’Alberta y parviendra le 1er octobre prochain.

À l’inverse, les syndicats engagés depuis près d’un an et demi dans une campagne réclamant la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure sont demeurés sur leur faim.

« L’augmentation […] est un pas dans la bonne direction, mais c’est encore trop peu. Il faut faire preuve de courage politique, à l’instar d’autres gouvernements comme celui de l’Ontario », a plaidé le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau.

« Le gouvernement du Québec aurait pu faire un effort et s’engager à atteindre les 15 $ l’heure le plus rapidement possible », a renchéri le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer.

 

 

Même plan de match

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, a répondu aux critiques des entreprises en affirmant que le plan de match n’a pas changé. « C’est un chemin annoncé d’avance, graduel, prévisible, pour que le salaire minimum atteigne 50 % du salaire moyen. À mon avis, c’est très modeste. »

« On a déjà dit qu’on s’engagerait, dans le prochain budget, à mettre en place des mesures pour compenser en partie ces enjeux-là d’augmentation de coûts pour les entreprises, surtout les PME. Donc, dans le budget, il y aura des mesures dans cette direction-là », a-t-il ajouté.

« C’est sûr qu’on demande un effort supplémentaire [aux entreprises], mais c’est pour le mieux-être des personnes au salaire minimum », a pour sa part souligné le ministre de l’Emploi, François Blais.

0,75 $
Il s’agit du montant de la hausse prévue au 1er mai 2018. C’est, « en dollars, la hausse du salaire minimum la plus importante de l’histoire du Québec », dit le gouvernement.
3 commentaires
  • Bernard Dupuis - Abonné 18 janvier 2018 10 h 39

    Le élections donent un nouveau sens aux politiques libérales

    On ne peut pas dire que cette augmentation soudaine n’a rien d’électoraliste. On voit qu’en vue des prochaines élections, le gouvernement Couillard veut se donner une image plus humaine et moins « séraphine ». Le ministre Coiteux semble avoir découvert qu’une société est plus difficile à administrer qu’un dépanneur Couche-tard.

    Même si le gouvernement s’attire les foudres de ses amis du patronat, il risque le tout pour le tout. Ce patronat reprend son discours catastrophiste et son chantage habituel. Le gouvernement est capable d’endurer ces paroles bien ingrates. Car, M. Leatao a pris bien soin de dire que cette augmentation est bien modeste et qu’il en coûtera très peu aux entreprises puisqu’il y aura des mesures d’atténuation pour les entreprises dans le prochain budget.

    En bout de piste, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui paieront pour ces augmentations du salaire minimum, car il faudra bien que quelqu’un paie les impôts dont seront exemptés les employeurs. À moins que le gouvernement Couillard, après les prochaines élections, remette en vigueur sa politique d’austérité et de coupures dans les services publics. Ce qui revient au même.

    Bernard Dupuis,
    Berthierville, 18/01/2018

  • Claire Beauchemin - Abonnée 18 janvier 2018 14 h 07

    Salaire minimum à 15$ dès 2018 - une nécessité

    Les travailleurs qui sont au salaire minimum sont les plus touchés par la hausse du prix du logement, de la nourriture, des frais scolaires, des transports en commun. C'est 15 $ minimum dès 2018 qu'il faut leur assurer. Eux travaillent souvent fort loin de chez eux et oint des frais pour aller travailler. Sans compter l'écart de revenus qui s'accroît d'année en année entre eux et les riches - les détenteurs du 1% et aussi les détenteurs du 10 %. Remettre à plus tard ce serait leur accorder moins que 15$ l'heure en dollards constants. Sans compter qu'ainsi, pour plusieurs, il devient ainsi financièrement moins difficile pour joindre les deux bouts en ayant recours au bien-être social au lieu d'aller travailler. Enfin, des études sérieuses ont démontré que la hausse du salaire minimum entraîne peu de pertes d'emplois. Claire Beauchemin, abonnée retraitée

  • Steeve Gagnon - Abonné 18 janvier 2018 17 h 09

    On se garde une petite gêne

    Le patronat est plutôt sans gêne quand il vient le temps de commenter le salaire minimum qui n'est jamais assez bas à son goût. Faudrait qu'en contrepartie, les travailleurs puissent fixer un salaire maximum, au-delà duquel l'argent doit être réparti entre les travailleurs....