L’isolationnisme s’invite à Davos

Près de quatre répondants sur cinq chiffrent en hausse les risques d’une guerre impliquant les grandes puissances.
Photo: Natalia Dobryszycka Agence France-Presse Près de quatre répondants sur cinq chiffrent en hausse les risques d’une guerre impliquant les grandes puissances.

Le rapport 2018 sur les risques mondiaux de la 48e édition du Forum économique de Davos n’a jamais été aussi dramatique. Réchauffement climatique, guerres, cyberattaques… La mondialisation des risques dans un univers toujours plus interrelié nécessite une réponse collective s’inscrivant à l’opposé de l’isolationnisme et du repli sur soi qui se répandent à l’échelle planétaire.

Une préoccupation constante depuis au moins 2007, les événements climatiques extrêmes sont passés, en janvier dernier, au premier rang des risques les plus susceptibles de se matérialiser. L’année 2017, avec sa facture record de 306 milliards $US associée aux désastres naturels aux États-Unis seulement, a donné raison aux experts consultés par le Forum économique. Ils récidivent cette année, laissant les enjeux environnementaux au sommet de la liste. Et si l’an dernier la dénonciation portait sur la lenteur de la réponse au défi posé, on donne cette année dans le pessimisme et le drame, évoquant que l’enjeu est passé au stade de l’urgence.

Une hausse des émissions de GES en 2018, qui devrait s’ajouter à une première progression en quatre ans mesurée l’an dernier, les ratés des efforts d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques, les catastrophes naturelles et liées à l’activité humaine et la perte accélérée de biodiversité coiffent la liste des principales inquiétudes pour 2018.

Déclin du multilatéralisme

Le millier d’experts et de décideurs consultés dans ce rapport déposé en marge du Forum économique mondial de la semaine prochaine misent encore sur la capacité technologique et scientifique de l’humanité. Mais si, il y a un an, ils classaient le Brexit et l’élection de Donald Trump au rang d’un populisme circonstanciel, ils observent aujourd’hui un déclin structurel du « multilatéralisme fondé sur les règles », et une généralisation du protectionnisme, voire de l’isolationnisme. Bref, de tout ce qui va à l’encontre de la nécessité d’une réponse collective forte à des menaces mondiales toujours plus complexes et à portée systémique planétaire.

D’où ces autres préoccupations, très présentes dans l’édition 2018 du rapport, avec 93 % des répondants anticipant une escalade des tensions géopolitiques et une prolifération des affrontements économiques et politiques, sous l’impuissance des organisations internationales. Ainsi, 59 % des répondants anticipent une intensification des risques en 2018, contre 7 % seulement qui misent sur une atténuation. Pire, près de quatre répondants sur cinq chiffrent en hausse les risques d’une guerre impliquant les grandes puissances.

À plus long terme, sur la trentaine de risques susceptibles de se matérialiser sur une période de dix ans, les risques environnementaux et de cyberattaques à grande échelle dominent la liste. Et tous les futurs chocs perceptibles sur le radar des potentialités ne peuvent que renforcer le repli sur soi des États. Les experts parlent d’une crise alimentaire, d’une expansion mal contrôlée de l’intelligence artificielle, de l’escalade des conflits commerciaux, du déplacement à grande échelle des populations et de la montée des crises identitaires comme autant de causes possibles à un creusement des inégalités, entre les personnes, mais aussi entre les États, menaçant les démocraties et alimentant la montée de l’autoritarisme.

Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, a lancé mardi un appel aux gouvernements, aux entreprises et à la société civile à « une action concertée et collaborative », plaçant la 48e édition annuelle du Forum sous le thème « Construire un avenir commun dans un monde fracturé ».

1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 18 janvier 2018 13 h 01

    La prise de conscience.

    Toute solution à un problème commence par la prise de conscience. Votre texte est alarmant, mais porteur d'espoir, puisqu'il nous indique une plus grande ouverture des consciences.

    Souhaitons que Davos soit le chemin de Damas de Trump.