Les entrepreneurs québécois investiront beaucoup plus cette année, selon la BDC

Selon l’enquête menée auprès de 4019 propriétaires entre le 1er août et le 29 septembre 2017, les PME envisagent d’investir environ 140,5 milliards en 2018.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon l’enquête menée auprès de 4019 propriétaires entre le 1er août et le 29 septembre 2017, les PME envisagent d’investir environ 140,5 milliards en 2018.

Optimistes, les entrepreneurs, particulièrement ceux du Québec, comptent investir davantage cette année, selon une étude de la Banque de développement du Canada (BDC), qui ne croit pas que les incertitudes entourant l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pourraient venir assombrir le portrait.

D’ici la fin de décembre, les propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME) du Québec prévoient d’investir 24,5 milliards, en hausse de 11 % comparativement à la dernière année. À l’échelle nationale, cette performance place la province au troisième rang des juridictions au chapitre de la croissance, derrière la Colombie-Britannique, à 17 %, et l’Alberta, à 12 %.

« La conjoncture économique est en quelque sorte parfaite, a observé le vice-président à la recherche et économiste de la BDC, Pierre Cléroux, au cours d’un entretien téléphonique. Nos exportations sont en hausse et les gouvernements dépensent davantage. » Pour le Québec, ce changement est significatif, étant donné qu’en 2017 les entrepreneurs sondés n’anticipaient qu’une croissance de 0,6 % de leurs investissements.

Selon l’enquête de la BDC menée auprès de 4019 propriétaires entre le 1er août et le 29 septembre 2017, les PME envisagent d’investir environ 140,5 milliards en 2018, ce qui constitue une croissance de 3 %.

Près de 80 % des entrepreneurs canadiens — une tendance observable au Québec — ont l’intention d’investir un montant de 18,9 milliards cette année afin d’acquérir d’autres sociétés dans le but d’asseoir leur croissance. « C’est une bonne nouvelle, parce qu’avec 60 % des entrepreneurs qui ont plus de 50 ans, cela signifie qu’il y a des gens d’affaires plus jeunes qui souhaitent reprendre d’autres compagnies », a analysé M. Cléroux.

Au moment où les technologies progressent à un rythme fulgurant, ce dernier s’est toutefois inquiété de constater que seulement le quart des PME comptaient investir dans la robotisation ainsi que dans l’automatisation.

La main-d’oeuvre, un frein important

Bien que la BDC anticipe une augmentation des investissements des PME, la rareté de la main-d’oeuvre ralentit la croissance des dépenses en plus de forcer les compagnies à modifier leurs façons d’investir. Au total, c’est 20,4 % des dépenses prévues qui seront consacrées à la formation des employés, en hausse de 1,7 point de pourcentage comparativement à 2017. « Sur le terrain, on se fait dire qu’il est difficile de recruter des employés, ce qui freine vraiment la capacité des PME et autres compagnies à accepter des contrats ou de faire croître leur entreprise », a commenté M. Cléroux.

D’après l’étude, quelque 46 % des répondants ont indiqué que le manque de personnel qualifié était la principale raison qui pourrait limiter leurs investissements au cours des 12 prochains mois. Le document de 21 pages souligne des pénuries de personnel plus marquées dans les zones rurales au Québec ainsi qu’en Nouvelle-Écosse.

L’ALENA, peu d’impacts ?

Alors que l’ALENA s’apprête à entrer dans une phase difficile, diverses rumeurs ont ressurgi en ce qui a trait à la possibilité que le président américain, Donald Trump, annonce le retrait des États-Unis de l’entente commerciale. D’après M. Cléroux, le contexte actuel ne devrait pas assombrir l’optimisme qui règne chez les entrepreneurs et les inciter à renoncer à leurs projets d’investissements. « Il n’y a qu’environ 10 % des entreprises qui exportent, donc, pour une majorité de compagnies, l’ALENA ne constitue pas un facteur important », a fait valoir l’économiste de la BDC.

Sans libre-échange, les pays seraient libres d’appliquer leurs tarifs internationaux. Ces derniers atteignent en moyenne 3,5 % pour les produits importés aux États-Unis, 4,1 % au Canada et 7 % au Mexique.

Certains produits sont cependant soumis à des tarifs beaucoup plus élevés que d’autres.

« Le principal danger, ce n’est pas tant la fin de l’ALENA que des mesures précises, comme les taxes frontalières imposées aux importations canadiennes de bois d’oeuvre et de papier journal ainsi que les tarifs qui frappent la CSeries de Bombardier », a précisé M. Cléroux.