À Detroit, les VUS et camionnettes sont rois

Les véhicules «musclés» tiennent le haut de l’affiche au plus influent salon automobile du monde.
Photo: Scott Olson Getty Images/Agence France-Presse Les véhicules «musclés» tiennent le haut de l’affiche au plus influent salon automobile du monde.

Plus « musclés », plus massifs et truffés de technologies : camionnettes, VUS et multisegments, ces véhicules prisés par les Américains, tenaient le haut de l’affiche lundi au deuxième jour du salon automobile de Detroit.

Des « Trois Grands » américains (GM, Ford et Fiat Chrysler) aux géants allemands Volkswagen et BMW en passant par les japonais Toyota et Nissan, la plupart des grands constructeurs automobiles ont dévoilé l’un de ces gros véhicules très gourmands en carburant et aux émissions polluantes plus importantes que les « petites » voitures.

« Les camionnettes et VUS ne sont plus seulement des véhicules pratiques. Ils sont de plus en plus considérés comme des voitures familiales », explique l’analyste Rebecca Lindland pour justifier cette euphorie autour de ces véhicules, revenus au premier plan depuis trois ans après avoir été délaissés par les Américains dans la foulée de la crise financière de 2008.

Depuis, l’économie américaine a rebondi, les prix de l’essence à la pompe et le taux de chômage sont au plus bas et les banques sont plus enclines à octroyer du crédit.

Conséquence : les goûts ont de nouveau changé, donnant la priorité aux grosses voitures au détriment des « petites », dont la demande est en forte baisse. L’an dernier, les camionnettes, VUS et multisegments ont représenté les deux tiers des 17,23 millions de véhicules vendus aux États-Unis.

« Les marques qui ont le plus crû l’an dernier sont celles disposant d’une grande variété de multisegments et de VUS », selon Mme Lindland.

La camionnette F-150 de Ford, ses concurrents Chevy Silverado (GM), Ram 1500 (Fiat-Chrysler), le RAV4 (Toyota) et le VUS Nissan Rogue ont été les cinq modèles les plus vendus en 2017 aux États-Unis.

Cette dynamique devrait se poursuivre cette année, car « les multisegments et les VUS sont le segment du marché qui va croître en 2018 », estime Jonathan Smoke, chef économiste chez Cox Automotive.

Ces voitures « incarnent des valeurs qui reflètent la culture américaine », souligne Sergio Marchionne, p.-d.g. de Fiat Chrysler, dont les modèles Jeep connaissent beaucoup de succès.

Surenchère technologique

Pour séduire les Américains, les camionnettes, VUS et multisegments présentés à Detroit sont encore plus sophistiqués. Le design est recherché, les intérieurs pullulent d’équipements ultramodernes et de technologies. La carrosserie est luxueuse.

Ils ont néanmoins gardé leur taille imposante et se veulent même plus « musclés », élément mis en avant par General Motors lors de la présentation de la nouvelle version du Chevrolet Silverado.

« Nous avons des clients qui veulent un niveau de confort, de technologies et de raffinement égaux aux véhicules de luxe », explique Michael Simcoe, en charge du design chez Chevrolet.

« Pour ces acheteurs, nous offrons des fonctionnalités haut de gamme et c’est le segment du marché qui croît le plus vite », ajoute-t-il.

L’italo-américain Fiat Chrysler a dépoussiéré sa marque de camionnettes Ram avec trois nouveaux modèles — «Laramie», «Rebel» et «Limited» — disposant de technologies multifonctions, de ports USB et des systèmes embarqués Android Auto (Google) et CarPlay (Apple).

Face à la nostalgie de mise chez son rival Mercedes-Benz avec la nouvelle génération de l’emblématique Classe G, BMW a choisi une allure sportive avec une nouvelle voiture, le VUS X2, pour compléter sa gamme.

Lincoln, marque premium de Ford, devrait pour sa part exploiter dans les prochaines semaines la récompense du « gros VUS » de l’année attribuée à son modèle Navigator pour tenter de s’imposer.

Des sources de profit

Les camionnettes, VUS et multisegments sont les vaches à lait des constructeurs automobiles sur le marché américain.

Leurs coûts de production sont relativement bas lorsqu’on les compare à ceux des berlines et citadines, ce qui offre de belles marges aux constructeurs.

Le prix moyen du F-150, véhicule le plus vendu aux États-Unis, était en moyenne de 58 000 $ l’an dernier, selon Cox Automotive, soit près de deux fois son coût de production.

La demande devrait en outre être alimentée par les baisses massives d’impôts adoptées récemment par l’administration Trump. Elles seront marquées dans les États ruraux, où les distances sont importantes et la voiture le principal moyen de transport.

« Les baisses d’impôts vont bénéficier à ceux qui achètent les camionnettes et les VUS », affirme Rebecca Lindland, ajoutant toutefois que les « petites » voitures vont résister notamment dans des États comme la Californie où les taxes sur le carburant sont élevées.

La berline Toyota Camry était ainsi la sixième voiture la plus vendue en 2017 aux États-Unis. Ce marché pourrait rebondir avec la hausse du prix de l’essence constatée ces derniers mois.