Inglewood dit non à Wal-Mart

Inglewood a refusé hier la construction d’un Wal-Mart géant, illustrant les craintes croissantes devant les méthodes du numéro un mondial de la distribution, accusé de tuer le petit commerce et de piétiner les droits de ses salariés. Lors d’un
Photo: Agence Reuters Inglewood a refusé hier la construction d’un Wal-Mart géant, illustrant les craintes croissantes devant les méthodes du numéro un mondial de la distribution, accusé de tuer le petit commerce et de piétiner les droits de ses salariés. Lors d’un

New York — Une banlieue de Los Angeles a refusé hier la construction d'un Wal-Mart géant, illustrant les craintes croissantes devant les méthodes du numéro un mondial de la distribution, accusé de tuer le petit commerce et de piétiner les droits de ses salariés.

Lors d'un référendum, les électeurs de la ville californienne d'Inglewood ont rejeté à 66 % le projet d'installation d'un mégamarché Wal-Mart sur le territoire de la commune.

Wal-Mart, qui avait lui-même poussé à la tenue de ce référendum et dépensé près d'un million $US en campagne pour contrer le refus des autorités locales, espérait ainsi construire son magasin sans passer par les études de faisabilité, d'impact sur l'environnement et les auditions publiques.

La ville d'Oakland, près de San Francisco, a l'an dernier empêché l'implantation d'un Wal-Mart sur son territoire, mais le groupe avait réussi à contourner l'opposition d'autres communes, au moyen de référendums.

À Inglewood, Wal-Mart faisait miroiter la perspective de 1200 nouveaux emplois pour cette banlieue déprimée, trois à cinq millions $US annuels de retombées fiscales pour la commune, sans oublier les prix défiant toute concurrence pratiqués par le distributeur. «C'est important que les consommateurs d'Inglewood aient les mêmes occasions d'achat que ceux des communes voisines», faisait valoir le porte-parole de Wal-Mart, Peter Kanelos, dans la presse locale.

Mais les arguments économiques n'ont pas fait le poids alors que l'expansion de Wal-Mart en Californie, où le groupe prévoit d'ouvrir 40 nouveaux magasins, a pris depuis plusieurs mois une tournure politique et sociale loin du simple projet d'entreprise.

Un ogre

Grâce à ses tarifs défiants toute concurrence, Wal-Mart est devenu aux yeux de ses détracteurs un ogre qui menace le commerce local. Mobilisé contre le distributeur, le révérend Jesse Jackson s'était impliqué dans le référendum, déclarant mardi qu'il y a «à Inglewood une peur légitime, la peur de voir un cheval de Troie économique faire le vide autour de lui».

«Ils vont pratiquer des tarifs très faibles pour prendre la place [de leurs concurrents] et quand ces derniers seront tous partis, alors ils augmenteront leurs prix de nouveau», accusait la représentante démocrate Maxine Waters.

Wal-Mart traîne aussi derrière lui une réputation douteuse en matière de pratiques sociales. Le syndicat américain de la distribution l'accuse régulièrement de sous-payer ses employés, d'empêcher toute syndicalisation et de mener une politique discrimininatoire envers les femmes.

Le distributeur est également accusé de faire pression sur ses fournisseurs, «forcés» de délocaliser leurs productions pour conserver leurs contrats, une question désormais brûlante, au coeur de la campagne pour la présidentielle en novembre.

Champion de la mondialisation économique, Wal-Mart ne fait «rien pour globaliser les normes du travail, de la santé, de l'environnement ou de la condition féminine», a résumé Jesse Jackson.

Sans oublier les accusations plus sordides: au début de l'année, le quotidien New York Times avait affirmé que Wal-Mart enfermait ses travailleurs de nuit à l'intérieur de certains magasins, pour mieux les surveiller et empêcher les vols. Et, fin 2003, des centaines de clandestins avaient été découverts travaillant chez Wal-Mart, par l'entremise de sous-traitants assurant le nettoyage.

Le groupe qui emploie plus de 1,3 million de personnes comptait à la fin de l'exercice 2002-03 plus de 3200 magasins aux États-Unis et plus de 1100 à l'étranger.

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